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 Que le canon tonne à l'arrière ...

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MessageSujet: Que le canon tonne à l'arrière ...   Jeu 29 Nov - 20:29

[...]
Que le canon tonne à l'avant
Et sur nos flancs que le tonnerre
Irradie le ciel scintillant.

Que la mitraille et ses éclairs
Poussant les portes de l'enfer
Les conduisent au port délétère
Où n'accostent pas les vivants.


PROLOGUE

02 juin 2524, 1002 heures (calendrier militaire).
New Jerusalem, centre de soin orbital St. James.

Je me réveillais en sursaut dans cette pièce inconnue, j'ignorais bien totalement la – ou les – raisons de ma présence en ce lieu. Les derniers souvenirs que je possédais concernaient la coursive de l'astrodock où je travaillais. Je devais m'y rendre afin d'y faire quelques réparations. Certes, habituellement, ce n'était pas mon travail car je n'étais qu'un simple agent de sécurité mais l'équipe d'ingénieurs se trouvait alors totalement débordée. Je disposais à mon actif de quelques connaissances en ingénierie spatiale, ce fut ce qui motiva mes supérieurs à m’appeler pour cette tâche.

Il s'agissait – après tout – de refermer ou, au pire, de réparer une vanne hydraulique qui semblait avoir quelques ratés, rien d'insurmontable donc, même pour quelqu'un avec mes maigres connaissances en la matière.

Je réfléchissais toujours tandis que je tentai de faire l'effort de me sortir de ce maudit lit, mais, à peine mon arrière-train n'eut pu le soutient du matelas que mes jambes flanchèrent sous mon poids. Je sentis alors une profonde envie de vomir, envie que je ne pu retenir, déversant alors de la bile au sol ainsi que sur ma chemisette d'hôpital. Je ressentais parfaitement le mouvement rotatif de la station ainsi que la force invisible qui me clouait au sol et tout cela me donnait d'affreuses nausées qui me refirent à nouveau vomir au sol.

Combien de temps mon inconscience a-t-elle bien pus durer ? Depuis combien de jours n'avais-je pas pris mon traitement ? En effet, je reconnaissais parfaitement ces symptômes pour les avoir ressentis un nombre incalculable de fois.
Je m'estimais toutefois chanceuse dans le sens où ils me semblait assez faibles en ce moment. Bien que cette impression pouvait être due à mes nausées.

Je voulus appeler à l'aide mais tout ce qui sortit de ma bouche fut une autre rincée de bile venant arroser le sol blanc et aseptisé de cette étrange chambre. Je compris, enfin, quel était ce lieu. Il s'agissait tout simplement d'un hôpital.

Je devais me trouver dans un état plutôt pitoyable – et ce aussi bien physiquement que mentalement – pour ne pas m'en être rendue compte avant. Malheureusement cela ne disait toujours pas ce que je faisais ici.

Je me revoyais clairement ouvrir la trappe menant à la vanne hydraulique que je devais réparer mais après c'était le noir total. Après ça, je me retrouvais ici, dans cette situation, dans cette chambre qui m'était toujours inconnue.
Ce trou de mémoire m'énervait profondément. Je me demandais bien ce que j'avais pu faire pour me retrouver ainsi. A mon grand dam, me poser une nouvelle la question n'apporta pas plus de réponse mais uniquement de nouvelles nausées. Ces dernières suivies d'un énième vomissement.

J'entendis alors un petit grincement que j'associai aisément à l'ouverture d'une porte. Une paire de pied fut ensuite entraperçue. Cette dernière pénétrant dans cette chambre sans même avoir la décence d'attendre que je me sente mieux.
Je n'avais pas la force de faire le mouvement pour voir autre chose que cette paire de pieds et la flaque nauséabonde que formait l'ancien contenu de mon estomac.

Une voix stridente sortit alors de nul part déclenchant de nouvelles nausées, elles-même suivies de l'habituel concerto de vomissements.

Il ne fallut que quelques secondes pour qu'une autre paires de pieds fasse son apparition.

Apparemment ma visiteuse venait d'appeler à l'aide et ce n'était pas pour me déplaire. On allait enfin pouvoir m'extirper de cette dérangeante et humiliante situation.
Toutefois si ces quelques secondes – ou minutes – passées depuis mon réveil puissent paraître courtes pour un observateur extérieur. A mes yeux, elles parurent durer des heures.

Une voix plus grave que la précédente retentit alors. Contrairement à cette dernière d'ailleurs, elle avait au moins le mérite d'être audible et compréhensible.

- Mademoiselle Dostya, exact ?

Une voix d'homme, au moins je savais à peu près qui était mon nouveau visiteur. Toutefois ce dernier paraissait tout aussi incompétente que l'hystérique qui, précédemment, m'avait assourdie.

En effet, il paraissait incapable de comprendre que me trouvais dans l'impossibilité de lui répondre.

Toutefois, je crois que la bile qu'il reçu sur ses chaussures de cuir l'y aida fortement. J'étouffai d'ailleurs un certains sentiment de culpabilité à cette action tout en espérant que la facture ne me retomberait pas dessus.

- Hum je vois, nausées, fatigue musculaire, etc. Vous voulez peut être qu'on vous relève mademoiselle.

Une certaine ironie se faisait sentir dans le ton de cet homme. Il y avait un bon coté à cela, il ne semblait pas m'en vouloir pour ses chaussures.
Cependant je me demandais dans quel genre d'hôpital je me trouvais pour que le personnel se permette de se moquer ainsi de ses patients.

Bien évidemment, mon incapacité à lui répondre était toujours de mise et ce dernier finit, enfin, par le remarquer.

- Difficulté à articuler ou peut être tout simplement même à parler.

L'homme marqua une pause rapide ou, du moins, c'est ce que je perçus. J'espérais sincèrement qu'il n'attendait pas une réponse de ma part. Heureusement il finit par reprendre, me donnant ainsi de plus amples informations sur l'hystérique qui l'accompagnait.

- Infirmière, relevez mademoiselle et faîtes lui prendre une douche avant que je l'examine.

Je ne vis rien mais je supposai que la-dite infirmière acquiesça à l'injonction de celui qui devait occuper un poste de médecin. En effet, très rapidement, cette dernière me releva avant de me guider vers l'unique pièce attenante.

Elle m'aida alors à retirer ma chemisette d'hôpital alors couverte de bile et d'autres résidus de provenance inconnue. Elle me guida ensuite vers la douche qui semblait comme trôner au fond de cette petite pièce toujours aussi blanc. La lumière semblait cependant quelque peu plus tamisée, ce qui ne me déplaisait nullement.
L’agression lumineuse se faisant beaucoup moins palpable, l'étau resserrant mon crâne diminua. Mes nausées ne tardèrent d'ailleurs pas à faire de même.

Malheureusement, seules ces points précis de mon état pitoyable s'améliorèrent. Je me trouvais toujours incapable de tenir debout par mes seuls appuis.
L’infirmière faisait de son mieux pour m'assister. Elle me maintenait tant bien que mal tout en tentant de me laver. Toutefois elle n'avait guère de succès avec l'une ou l'autre de ces actions.

Il faut dire que je n'étais pas totalement inactive, tentant mollement de me débattre pour m'extraire de cette situation pour le moins humiliante.
Je n'avais que vingt ans et il n'était pas dans mon intention de me faire traiter comme une vulgaire personne du troisième âge.

Je me rendis bien compte que je n'avais que peu de succès dans ma tentative. Mes tentatives ne semblaient même pas être remarquées par la jeune femme toujours occupée à me laver et à me maintenir sur mes deux jambes.
Je cessai donc ces efforts, visiblement inutiles, qui ne faisait qu’accroître la pression de l'étau qui semblait entourer mon crâne.

Ainsi, je me retrouvais réduite à l'état de simple légume. Je devenais dépendante des autres pour chacun de mes gestes, même les plus simples. Il y maintenant quelques années je commençais un traitement qui était censé m'éviter ce genre de désagréments, ce genre d'humiliation. Néanmoins celui-ci ne semblait plus avoir d'effet ou alors ce médecin visiblement incompétent avait oublié de me le prescrire. En écho à ces pensées, un profond sentiment de lassitude s'empara de moi, l'impression de revivre les années les plus noires de ma vie commençant à se faire de plus en plus présente. Je n'avais alors que la sensation apaisante de l'eau chaude coulant le long de mon corps pour m'empêcher de sombrer totalement dans le désespoir. Malheureusement cette dernière ne tarda pas à s'arrêter.

Toujours incapable de me débrouiller par moi-même, l’infirmière m'aida à me sécher et à me rhabiller. J'enfilai par conséquent une nouvelle chemisette d’hôpital, sensiblement identique à la précédente à la différence près que cette dernière était totalement propre, d'un blanc aussi immaculé que le reste de la pièce.
Ensuite vint le retour dans cette pièce aux lumières aveuglantes.

Le médecin était toujours là, occupé à admirer le paysage qui s'étendait au-delà. Une clope au bec, allumée,, il semblait admirer les lumières nocturnes de New Jerusalem City visibles malgré les nombreux kilomètres qui nous séparaient d'elles.
Il ne me fut pas difficile de reconnaître cette ville car, non loin de cette dernière, d'autres étaient visibles. Il s'agissait des lumières de l'ancienne ville garnison de Caprica, une ville attenante à la capitale planétaire susmentionnée. De plus, dans un coin du hublot, celles de Samarie, commençaient à être visibles. Il s'agissait des trois principales métropoles occupant la surface de la colonie intérieure de New Jerusalem.

Je me sentais un peu mieux à présent puisque j'arrivais à tenir quelque peu sur mes jambes, pas au point de me passer d'appui toutefois. J'arrivais donc à présent à voir le visage de cet étrange médecin. Ce dernier ne me semblait pas plus âgé que cela, une trentaine d'années environ, quarante tout au plus s'il avait déjà utilisé à quelques occasions un caisson cryogénique.

L'infirmière m'aida ensuite à m'allonger, la seule position vraiment viable pour moi dans l'état où je me trouvais. Le médecin en profita pour s'approcher, sans prendre la peine d'éteindre sa cigarette. Il remarqua d'ailleurs sans peine ma gêne à ce sujet.

- Désolé mademoiselle, j'ouvrirais bien la fenêtre pour aérer mais bon …

Ce médecin disposait, décidément, d'un sens de l'humour réellement particulier. Pendant ce temps, l'infirmière continuait sa besogne en rebranchant les perfusions détachées après ma chute. Une fois qu'elle eut fini, ledit médecin s'approcha de moi, sa clope toujours fumante.

- Bien, bien, bien. Vous êtes bien l'officier de sécurité Ivana Malena Dostya non ?

J’acquiesçais d'un bref signe de tête pour répondre à la question de l'homme en blouse blanche. Il s'empara ensuite d'un dossier qu'il avait négligemment posé sur une table, dans un coin de la pièce. Lorsqu'il l'ouvrit pour commencer à lire je pu voir mon nom sur la couverture, il s'agissait sans nul doute de mon dossier médical.

- Il est noté ici que vous souffrez d'une anomalie génétique de type G- aggravée, l'homme marqua une courte pause avant de reprendre, légèrement embarrassé. Je n'ai jamais été confronté à une telle particularité génétique. Vous pouvez m'en parler mademoiselle ?

J'étais bien évidemment forcé d'obtempérer car il était maintenant clair que cet incapable ne m'avait pas prescrit mon traitement durant mon inconscience. D'ailleurs, combien de temps cette dernier avait bien pu durer ?

Des heures ?

Des jours ?

Ou plus ?

Je commençai donc à raconter les débuts de ma vie à cet incapable en blouse blanche. Ma naissance sur le cargo civil sur lequel servait mes parents. Il s'agissait du Sailling Stellar, un simple cargo civil de classe Laden. Une naissance dans le sous-espace, durant un voyage entre Capella et New Jerusalem alors que notre système de gravité artificielle été tombé en panne faute de pièces détachées suffisantes. J'étais resté ainsi pendant un ou deux mois, ma mémoire n'était plus vraiment exacte sur ce point. Une fois arrivée sur New Jerusalem, le diagnostique tomba. J'avais passé trop de temps avec une gravité trop faible voire sans aucune gravité d'aucune sorte, aussi bien après, qu'avant ma naissance. Mon corps n'aurait donc jamais pu supporter une gravité terrestre standard.

La seule solution viable était de me faire vivre sur une station orbitale avant de m'habituer lentement à une gravité standard. Les séquelles dues à un tel traitement se sentiraient toujours à mon âge. Cependant, elles ne seraient pas aussi importantes que celles dont je souffrais aujourd'hui.

- Pourquoi vos parents n'ont pas suivit ce traitement dans ce cas mademoiselle Dostya.

Je lui lançai un regard aussi noir que possible, essayant d'ignorer la douleur ainsi que le mal de crâne qui réapparaissait.
Il osait insinuer que mes parents avaient délibérément voulu me faire du mal, mes parents qui étaient morts quelques années plus tard sans que je puisse réellement les connaître. Il y avait bien quelque chose de pire que de manquer de respect à quelqu'un, c'était de manquer de respect à des personnes mortes inutilement.

- Vous en connaissez beaucoup des nourrices vivants sur une station spatiale vous ?

Le ton de ma voix avait été délibérément mordant et le médecin dû avouer qu'il n'en connaissait aucune. Cependant il avança que n’importe quel centre de soin aurait pu me prendre en charge, voire même un laboratoire indépendant, si mes parents acceptaient que je serve de sujet d'étude.

- C'est vrai que le salaire combiné d'une technicienne et d'un pilote de seconde zone pouvait facilement couvrir les frais d'une hospitalisation de longue durée, monsieur. D'autant plus quand l'un d'eux vient d'une colonies extérieures, en l’occurrence ma mère.

L'homme en blouse blanche dû s'avouer vaincu et reconnaître qu'il n'y avait effectivement pas eut d'autres option que celle de me garder sur le cargo.
Il en profita alors pour allumer une autre cigarette tandis qu'il écrasait la précédente dans un verre situé à proximité.
De plus la compagnie ne pouvait pas dire grand chose, elle n'était pas prête à payer mon hospitalisation pour se débarrasser de moi.

Ma mère mourut quelques mois plus tard, un accident dans la salle des machines à cause la compagnie qui ne souhaitait pas remplacer une des pièces du circuit énergétique secondaire du vaisseau. Bien évidemment, ce n'est pas ce que conclut l'enquête qui suivit, selon cette dernière, la faute en revenait à ma mère. Elle devait avoir commis une erreur, c'était la seule explication selon les enquêteurs mais c'était des foutaises, ma mère était la meilleure ingénieure de tout le vaisseau, de toute la compagnie même.

En somme, ma famille n'eut droit à aucune indemnisation et je dû rester à bord du cargo tandis que mon père sombrait dans une dépression qu'il ne soignait que par le biais l'alcool.

Évidemment j'épargnai ces détails à mon cher docteur pour seulement lui dire qu'il arrivait à mon père de couper la gravité dans nos quartiers uniquement pour que je cesse de pleurer, de gémir ou de quémander quoique ce soit. C'est une habitude que je gardai jusqu'à la fin de mon adolescence, lorsqu'on m'annonça que ma maladie génétique avait encore empirée et que je faisais partie des rares atteint d'une altération G- aggravée.

Ainsi, avec cette maladie – si on pouvait dire ainsi – je ne pourrais jamais poser le pieds sur une planète et sans efforts constants et une excellente condition physique, le simple fait de vivre en orbite pouvait même se révéler être un véritable enfer. De plus je vivais dans un vaisseau spatial et avais donc dû subir de nombreuses cryogénisations. Ces dernières ralentissant drastiquement ma croissance, quelque chose qui n'était jamais bon pour un enfant.

Cependant je ne pouvais en vouloir à personne sur ce point, à bord du Sailling Stellar, ce qui nous tenait lieu de médecin de bord n'était qu'un simple infirmier n'ayant même pas terminé ses études. Comment aurait-il pu deviner les effets de la cryogénie sur le corps d'une enfant.

- Hum je vois, cela explique votre dossier si spécial, si unique. Cependant votre employeur m'a assuré que vous portiez plutôt bien, qu'il vous arrivait même de descendre à la surface de New Jerusalem.
- Effectivement doc', je suis un traitement expérimental permettant à mes tissus musculaires de se développer un peu plus, à légèrement augmenter la solidité de mes os ainsi qu'à éviter les perturbations de l'oreille interne et autres problèmes au niveau du cerveau. Je marquai une courte pause tout en fixant l'homme en blouse blanche droit dans les yeux. Ne me demandez pas comment ça marche, ce n'est pas moi le médecin dans cette pièce.

Tandis qu'il allumait sa troisième cigarette depuis qu'il était dans cette chambre, l'étrange médecin sembla plutôt pensif. Il se replongea ensuite dans la lecture de mon dossier pendant que l'infirmière, ayant finit son travail, quittait ma chambre. On me laissait donc seule avec mes pensées, mes doutes et mes questions. Je me surpris à penser que ce médecin paraissait plutôt mignon avec cet air songeur, ses cheveux bruns coupés courts et ses sourcils froncés de la même teinte. Je chassai rapidement ces pensées étranges, il n'était rien d'autre qu'un incapable qui avait oublié mon traitement. Il devait avoir obtenu son diplôme, sa blouse et son poste par piston, cela ne m'aurait pas surpris en tout cas. Mes maux de tête commencèrent alors à refaire leur apparition, pour mon plus grand malheur.

- Doc', puis-je poser une question à mon tour ?

Le médecin releva lentement sa tête, tira une bouffée sur sa cigarette tout en me fixant. Il n'avait pas perdu son air songeur comme si il hésitait à me répondre positivement, comme si il avait peur de la question qui allait suivre.
A moins qu'il ne fasse cela seulement pour me faire mariner et m'énerver encore plus que je ne l'étais déjà. Il finit toutefois pas hocher, prudemment, la tête verticalement.

- Qu'est-ce que je fous ici ?

Il parut véritablement surpris par ma question et resta silencieux pendant de longues secondes.
Pendant ce temps, mon mal de crâne ne cessa d'empirer.
Il finit par me demander si je me souvenais réellement de rien, le regard noir qui suivit lui fit comprendre à quel point sa question était idiote et peu appréciée. Il me répondit alors que j'avais eut un accident alors que je procédais aux réparations sur le spatiodock en orbite géosynchrone au-dessus de Samarie. Apparemment un des conduits d'alimentation avait subit une malencontreuse surcharge pour ensuite exploser.
Apparemment, j'avais eut le bon réflexe de m'écarter à temps et la chance de m'écarter suffisamment loin.

Pourquoi et surtout comment  ?
Je ne m'en rappelais malheureusement plus.

Cependant certains n'avait pas eut autant de chance, la surcharge du conduit ayant aussi entraîné la mort de deux personnes et blessé grièvement un autre de mes collègues. Des pensées et des doutes aussi divers que variés m'assaillirent alors, cet accident était-il de ma faute ?

C'était impossible, j'avais suivit la procédure à la lettre près mais qu'est-ce qui s'était donc passé ?

Je m’obtiendrais sûrement jamais la réponse à cette question, sauf, si ma mémoire me revenait subitement, comme par miracle.
Bien sûr, cela était hautement improbable.

Je ressentis alors le besoin intense de me voir, de voir à quoi je ressemblais à présent. Il y avait un miroir, à droite du lit d'hôpital dans lequel je me trouvais couchée et je me tournai donc lentement vers ce dernier. J'y vis bien mon visage mais je ne me reconnus pas tout de suite.

En effet, sans cheveux j'eus du mal à comprendre qu'il s'agissait bien de mon reflet.

Cette surprise intensifia mes maux de tête tandis que le médecin, voyant mon air surpris, m'indiquait clairement les opérations que j'avais subies. On avait dû me greffer de nouveaux poumons, clonés à partir de mes échantillons ADN, idem pour mes rétines et une grande parties de ma peau et des mes muscles.

Il s'excusa alors de ne pas me l'avoir avoué tout de suite, il avait peur que cela me cause un trop gros choc. Il avait tout à fait raison puisque ce qui me restait de bile se déversa à un nouvel endroit sur le sol aseptisé de la chambre. L'homme en blouse blanche ne réagit pas tout de suite.

- Le simple fait que vous soyez encore en vie tient du miracle, vos deux collègues n'ont pas eut cette chance.

Je vomis à nouveau mais, cette fois, ce fut surtout de honte et de dégoût. Cependant, cette fois, ce fut du sang qui sortit de ma bouche en compagnie de ce qui me restait de bile.

Je n'étais pas médecin mais cela ne me surpris pas, il était déjà étonnant que j'ai pu régurgiter autant de choses depuis mon réveil. C'est alors que le médecin réagit et appuya sur un bouton à proximité du lit d'hôpital.
Quelques minutes plus tard, une infirmière apparut sur le pas de la porte, visiblement essoufflée et légèrement apeurée. Elle commença donc par ne nettoyer sommairement avant de s'attaquer au sol de la chambre. Pendant ce temps le médecin s'était remis à lire mon dossier sans, cette fois, rallumer de cigarette. Le silence emplit soudainement la petite chambre d'hôpital et plus rien ne se fit entendre pendant plusieurs minutes.

A la fin de cette période plutôt sinistre, l'infirmière fit quelques pas vers la sortie avant que le médecin ne lève les yeux de mon dossier pour lui dire de rester. Elle fit alors quelques pas avant de s'arrêter dans un coin de la pièce, à quelques pas du hublot par lequel on pouvait voir la surface de New Jerusalem.

L'homme en blouse blanche se tourna alors vers moi et me fixa dans le blanc des yeux pendant quelques secondes avant de reprendre la parole. Il m'expliqua alors toute la thérapie que j'allais suivre ici. Il allait d'abord demander à ce que je récupère mon traitement avant de stimuler mon tissu osseux et capillaire afin que je retrouve des cheveux et des muscles suffisant pour me tenir debout avec plus ou moins d'aide. J'en profitai pour lui demander combien de temps j'étais resté ici, allongée sur ce lit, inconsciente. Il me répondit rapidement, sans lever les yeux de sa fiche de soin.

J'étais restée ici pendant un plus de deux semaines. En tout cas cela expliquait maintenant mes symptômes.

- Maintenant vous allez dormir, on va vous plonger dans un coma artificiel le temps que l'on récupère votre traitement.

J'eus seulement le temps d'afficher un air surpris, le docteur et son infirmière étaient déjà sur moi, une aiguille plantée dans le tuyau de plastique d'une de mes perfusions.

Ainsi, je n'eus nullement l'occasion de protester, mes yeux se fermant sur le hublot et la vue magnifique de New Jerusalem qu'il offrait.

Mes yeux se rouvrirent sur un écran d'ordinateur, un vieux modèle comme celui que nous avions, mon père et moi dans nos quartiers sur le Sailling Stellar. Je me retournai rapidement mais ce mouvement me fit voltiger dans la pièce, il n'y avait aucune gravité artificielle et cela expliquait pourquoi je me sentais si libre, sans se poids constant sur mes épaules.

D'un habile mouvement je parvins à stabiliser ma trajectoire pour éviter de me cogner contre le mur vers lequel je me dirigeais. Mes yeux croisèrent alors mon reflet, au détour d'un miroir, j'étais si, si, petite. Je me reconnus alors telle que j'étais plusieurs années auparavant, lorsque j'avais quatre ans.

Comment cela était-il possible ? Avais-je rêvé toute ma vie ou nageais-je littéralement en plein rêve ?

Je ne parvins pas à répondre à cette question, mon esprit était si embrouillé.

Je retournai donc m'asseoir devant l'ordinateur, continuer ce que j'avais commencé. J'étais visiblement en train de m'amuser à dessiner, il devait s'agir d'une navette, je pense. Il était vrai que le sujet de ce dessin était difficile à voir, je n'avais jamais eu la fibre artistique. Je pris donc la décision de continuer ce dessin, après tout je n'avais rien de mieux à faire. Je fus alors surprise par la petite taille de mes mains laiteuses glissant sur l'écran pour continuer de dessiner ce qui était la navette de mon père. Une navette avec laquelle il effectuait la plupart de ses livraisons.

Cet instant magique dura plusieurs minutes, minutes durant lesquelles je me sentis emplie d'une joie intense, intense et simple. Malgré tout, je me sentais bien, pour la première fois depuis bien longtemps.

Je finis rapidement ce dessin et un sourire m’emparai lorsque je vis le résultat final, je n'étais pas plus douée à quatre ans qu'à vingt. Un geste de la jambe me désolidarisa du siège, me faisant voler dans les airs. Le geste suivant, de la main cette fois, m’amena près du hublot le plus proche. A travers ce dernier on pouvait clairement voir la surface d'une planète, je mis un bout de temps pour la reconnaître, il s'agissait d'Eridanus II. Cette planète me rappelait quelque chose, il s'était passé quelque chose ici mais je n'arrivais pas à me rappeler quoi. Je restai donc, ainsi les yeux vides fixés sur la surface de la principale colonie du système Eridanus.

La porte s'ouvrit lorsque je me rappelai ce qui s'était passé ici. Je me retournai prudemment afin de ne pas voltiger dans la pièce comme la dernière fois.
L'homme qui pénétrait mes quartiers était le capitaine du Stellar, un homme d'âge mûr, sympathique et généreux envers son équipage mais tout aussi exigeant. Du moins c'est ainsi qu'il était dans mes souvenirs.

Une soudaine et intense tristesse m'envahit rapidement, je me rappelais exactement ce qui allait se passer ici et maintenant. Je ne voulais absolument pas revivre cela, non, je ne le voulais pas.

- Ma petite Ivana, assis toi s'il te plaît.

Je voulais m'enfuir, loin de cette cabine, loin de ce vaisseau maudit, loin de tout. Cependant j'obéis au capitaine et je m’asseyais sur le canapé trônant au centre du salon dans lequel je me trouvais. Mon petit corps ne voulait plus m'obéir, j'étais réduite au rôle d'observatrice de ma propre vie et cela dans mon propre corps.

- J'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer jeune demoiselle.

Les yeux du capitaine était emplis d'une tristesse non feinte et je savais pertinemment pourquoi. Il passerait ensuite toute sa vie à regretter ce moment, tout comme moi d'ailleurs.
Je voulais lui hurler de se taire, de partir et de me laisser seule mais je ne renvoyais qu'un regard inquiet et interrogateur plein d'innocence.

- Ivy, ton père, ton père a eut un accident, un accident très grave.

Mes yeux renvoyaient toujours ce même regard stupide, la petite fille de quatre ans ne comprenait pas les sous-entendus du capitaine mais la femme de vingt ans les comprenait parfaitement, elle.
Je voulus pleurer, hurler de rage, faire quelque chose mais ce stupide corps, cette stupide gamine n'en fit rien, elle se contentait de fixer le capitaine avec le même putain de regard.

- Ivana, ton père est mort dans un terrible accident sur Eridanus.

Des larmes coulèrent sur les joues du capitaine qui s'en voulait d'avoir à annoncer cette nouvelle. Il n'avait jamais particulièrement apprécié mon père mais sa mort ne le réjouissait pas pour autant, d'autant plus qu'il laissait une orpheline derrière lui, moi. La petite fille de quatre ans se leva pour essuyer les larmes du capitaine avec ses petites mains.
Le concept de mortalité lui était totalement étranger mais il ne l'était pas du tout pour moi.

- Y revient quand mon papa, c'pt'ain ?

La voix de cette gamine ne fit qu'augmenter ma colère, ma rage.
Comment pouvait-elle être aussi ignorante et stupide ?
Il y eut alors plus de larmes sur la joue de l'homme qui se tenait devant moi, devant cette petite enfant. Cette dernière cessa alors de les essuyer, son regard et sa petite moue devenant franchement inquiet.

- Jamais Ivy, jamais, il est partit rejoindre ta maman.

L'enfant recula soudainement mais fut retenue par la main du capitaine qui la fit s'asseoir sur ses genoux avant de la serrer contre lui. Je sentis ses larmes couler contre mes cheveux, contre les cheveux de cette gamine qui ne connaissait rien à la réalité de l'existence. Des larmes commencèrent alors à couler sur mes joues, cette enfant de quatre ans comprenant alors enfin ce que voulait dire ce capitaine. Ce dernier commença alors à la bercer et à lui murmurer des mots doux et rassurants. Mes yeux se fixèrent alors sur l'écran d'ordinateur où l'horrible représentation de la navette de mon père était encore visible et ce fut le noir complet.


Dernière édition par Clavicus Vile le Sam 6 Juil - 21:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Sam 1 Déc - 18:21

CHAPITRE PREMIER


10 juin 2524, 1408 heures (calendrier militaire).
New Jerusalem, centre de soin orbital St. James.

Le réfectoire du centre de soin était aussi bondé qu'à son habitude. Il était peint de la même façon que tout le reste du centre, dans un blanc éclatant et aveuglant. Je me demandais bien pourquoi ils avaient choisit cette couleur, le blanc ne nous aiderait pas à guérir plus vite. C'était même précisément le contraire dans mon cas, cette couleur éclatante me donnant d'affreuses migraines en fin de journée. De plus, au bout d'une semaine je commençais un peu à en avoir marre de ces salles blanches, de ces couloirs blancs qui n'en finissait pas, d'autant plus quand on se déplaçait en déambulateur. Au moins, mes cheveux avaient commencés à repousser, c'était sûrement la seule chose positive qui s'était passée durant cette satanée semaine.

Je me levai de la table où j'étais assise et pris mon déambulateur tandis qu'une infirmière venait débarrasser mon plateau. En tout cas, il n'y avait pas à dire, on s'occupait plutôt bien de moi ici. En même temps, ce centre était l'un des plus réputés dans les colonies, il ne devait pas faire mentir sa réputation. Je me demandais bien pourquoi la compagnie m'avait envoyée ici, cela avait dû leur coûter un sacré petit paquet de crédit. Il devait encore s'agir d'une histoire d'image et de publicité, il était vrai que laisser mourir un employé ne servait pas vraiment la compagnie. En revanche lui proposer les meilleurs soins disponibles, si. Enfin ce n'était pas mes affaires, qu'importe les raisons qui avaient motivées mes employeurs la seule chose qui importait était que je me tire de cette station le plus rapidement possible et pour cela je devais retrouver ma condition physique d'avant mon accident. Il n'y avait aucune autre issue possible.

Je me mis alors à avancer aussi vite que possible dans les larges couloirs du centre orbital. J'avais une séance de soin dans quelques minutes et, plus vite j'y arrivais, plus vite elle serait terminée. Toutefois, ce satané déambulateur me ralentissait trop. J'avais beau savoir que, sans lui, je ne pourrais pas tenir debout, mon seul souhait était de m'en débarrasser. D'un certain coté, ma situation actuelle me rappelait celle que j'avais connue durant les mois qui suivirent la mort de mon père, seize années auparavant. A cette époque, tout le monde cherchait à prendre soin de moi, à me protéger et tout autres sortes de niaiserie alors que je cherchais seulement à être seule. Il en allait de même entre ces maudits murs blancs.

C'est alors que je mis les pieds au sein de cette salle de rééducation que je n'avais déjà que trop vue au cours de mon séjour. Il y avait de nombreuses machines de sport ainsi que de nombreux autres appareils. Je pouvais aussi constater que, comme à l'accoutumée, de nombreuses infirmières et aides-soignants parcouraient la pièce de long, en large et en travers. L'une de ces infirmières avança alors vers moi, une feuille de papier entre les mains. Elle confirma mon identité avant de me guider vers l'aide qui m'était attribué. Ce dernier était plutôt sympathique et avait plus ou moins le même âge que moi. Toutefois, il avait la fâcheuse tendance à toujours vouloir me materner et m'éviter des efforts inutiles, ce qui, à mes yeux, ralentissait ma thérapie. Ainsi, lorsqu'il m’aperçut, une sourire éclaira son visage tandis qu'il me serrait la main, il me guida ensuite vers un tapis roulant.

- On commencera doucement mademoiselle Dostya.

Il procéda ensuite au réglage de l'appareil alors que l'infirmière m'aidait à monter sur la machine. Une fois que je fus montée tant bien que mal sur la machine, en me tenant où je pouvais pour rester debout, l'aide-soignant la mit en marche. Le tapis sous mes pieds avançait lentement mais malgré tout, il m'était difficile de suivre le rythme. Cependant je faisais de mon mieux, même si il avait quelques ratés et en voyant cela le jeune aide-soignant me proposa d'arrêter ici pour reprendre des exercices plus classique. Il était encore en train de me materner, ce n'était pas en abandonnant à chaque fois que j'allais progresser et c'est pour cela que je refusai son offre pour, à la place, lui demander d’accroître la vitesse de l'appareil. Il fallait que j'en finisse au plus vite, en une semaine ce n'était que la deuxième fois que je montais sur ce satané tapis et, disons que la première fois, j'avais finie les quatre fers en l'air dès le début. Depuis tout ce temps, je n'avais fait que des exercices visant à renforcer le tissu musculaire de mes jambes, rien de bien passionnant donc et ce n'était sûrement pas cela qui allait me faire progresser.

La vitesse du tapis augmenta donc légèrement sans toutefois trop me déstabiliser et heureusement, je pense que j'aurais que peu apprécié une telle humiliation. Évidemment, le nombre de raté augmenta lui aussi mais j'arrivais à me maintenir sans problème, même si j'avais toujours besoin de quelques appuis pour rester debout. Visiblement, mon jeune aide-soignant n'était pas tellement rassuré par mon excès de ''témérité'' comme il disait. Cependant, il eut le bon sens de ne rien dire, se contenant de m'observer pour voir comment je me débrouillais. Il demanda alors à l'infirmière la feuille que tenait cette dernière avant de lui dire qu'elle pouvait dès à présent se retirer. Pendant quelques secondes, le jeune homme nota quelques lignes avant de me dire qu'on pouvait arrêter là l'exercice. Il voulait, encore une fois, me materner car il paraissait évident qu'il s'agissait là d'une excuse pour que je stoppe mes efforts qu'il jugeait téméraire vu mon état.

- Non merci, mon bon monsieur, je continuerais bien encore un peu.

Le sourire narquois que j'eus affiché pendant que je prononçais ces paroles ne parut pas lui plaire et il insista à nouveau. C'est alors que je commis une regrettable erreur. En effet, par réflexe, je levai mon bras droit pour appuyer le poids des paroles qui allaient sortir de ma bouche. Cependant, j'avais oublié que si je tenais debout c'était uniquement car je m'appuyais sur les rambardes de l'appareil. C'est donc avant même que je prononçai le moindre mot que ma tête heurta violemment le tapis tandis que ce dernier m’entraînait en arrière sans que je puisse me retenir. L'aide-soignant se précipita alors sur moi et tandis qu'il m'aidait à me relever, sa bouche faisait pleuvoir les reproches. Il m’entraîna alors, bien malgré moi, vers une autre partie de la salle. Une partie où j'avais passé l'essentiel de la semaine passée. Il m'annonça alors qu'il souhaitait que je travaille essentiellement mon dos car selon lui, c'était essentiellement pour cela que je n'arrivais pas à tenir debout sans aide ni appui. A mon grand dam, je fus bien forcée d'obtempérer.

Tandis que je m’entraînais sur une machine ou sur un autre, je ne pu m'empêcher de repenser à mon enfance. Il fallait avouer qu'il n'était pas difficile de faire le parallèle. Bien qu'après la mort de mon père, les choses reprirent leur cours normal assez rapidement, en à peine quelques mois. Je devins rapidement une sorte de mascotte pour l'équipage du Sailling Stellar, En effet, le capitaine du navire avait obtenu, je ne sais trop comment, le droit de m'adopter. J'étais bien évidemment la seule enfant à bord du cargo, ce qui me valait une sorte de traitement de faveur, d'autant plus que c'était le capitaine qui s'occupait de moi après la mort de mes deux parents. En tout cas, si je ne sus jamais comment le capitaine avait réussit à obtenir ma garde, je sus encore moins pourquoi il avait fait cette demande, il ne répondit jamais à mes questions sur ce sujet. Il n'était pourtant pas très proche de mon père même si il évitait astucieusement ce sujet en ma présence. De plus il avait toujours ce regard triste lorsqu'il posait ses yeux sur moi, il l'avait toujours, du moins c'est ce que je croyais constater lorsque je lui rendais visite en prison.

- Mademoiselle Dostya, veuillez vous concentrer un peu sur ce que vous faites !

Il s'agissait de mon aide-soignant. Apparemment, perdue dans mes pensées, j'avais quelque peu négligé l'exercice qu'il m'avait demandé de faire. Je repris rapidement mes esprits pour me concentrer autant que possible sur le mouvement que le jeune homme m'avait demandé de faire. Cependant je n'y arrivais pas, je n'y arrivais plus, j'en avais marre de cette existence misérable, cloîtrée dans cet hôpital de malheur. Tant bien que mal, je me levai de la machine et dans un excès de fierté je voulus quitter la pièce sans mon déambulateur. A peine mes mains abandonnèrent toute prise que mon corps s'affala bruyamment sur le sol, attirant tous les regards. Au-dessus de moi se trouvait mon aide-soignant, un sourire malicieux aux lèvres. Il eut au moins le bon sens de ne pas me proposer son aide tandis que je tentais de me relever par mes propres moyens et, à contre le cœur, je dû lui tendre ma main pour qu'il m'aide.

Il parut hésiter un moment, comme amusé par la situation mais il finit par la saisir et me releva aisément. Il me porta ensuite jusqu'au banc le plus proche pour m'y aider à m'asseoir, une fois ceci fait, il fit de même. Ensuite, il planta son regard dans le mien. Nous restâmes ainsi pendant quelques minutes, quelques longues minutes. Il y avait comme une étrange lueur dans son regard, comme si la situation avait provoquée une certaine jouissance en lui, on aurait presque dit de la joie. Cependant, je devais me tromper, assurément, et je n'avais jamais vraiment été douée pour juger les autres de toute façon.

- Vous faites preuve d'une telle, il leva les yeux au plafond, comme si il cherchait le mot qui convenaient, arrogance mademoiselle. Si vous pensez que vous n'avez besoin de personne laissez moi vous dire que vous vous trompez lourdement, on a tous …
- Avoir besoin des autres est signe de faiblesse, fis-je en lui coupant la parole.

Il me fixa encore longuement, avec un regard plein de reproche. Je ne sus jamais pourquoi d'ailleurs, était-ce pour lui avoir coupé la parole ou pour l'avoir contredis ? Il ne me répondit pas, il contenta de rester là, à me fixer avant de sortir de la pièce. Il pensait peut être que j'allais le rappeler, ne serait-ce que pour il me ramène à mon fichu déambulateur. Il se trompait, j'attendis qu'il eut quitté la pièce pour me relever par mes propres moyens. Je ne nie pas que ce fus difficile, je dû utiliser tous les appuis disponibles pour atteindre ce satané appareil mais au moins réussis-je, seule. Il me fallut encore un peu plus de temps pour quitter cette salle de malheur et une fois dans le couleur je soufflai de soulagement, la partie la plus exaspérante de la journée était enfin terminée.

Je déambulai ensuite dans le large et profond couloir blanc du centre hospitalier, lentement, et perdue dans mes pensées. Je croisai plusieurs personnes au fur et à mesure que j'avançai dans ce couloir, toutes me saluèrent d'un simple signe de la tête que je ne pris pas la peine de leur rendre. Il y avait quelques chose qui me tracassait, qui m'énervait, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Je cherchais toujours en arrivant devant l'ascenseur principal du complexe de soin et c'était encore le cas lorsque je pressai le bouton d'appel de ce dernier. Il ne tarda pas à arriver et je rejoignis les quelques personnes qui étaient déjà présentes. Personne ne parla durant le cours voyage qui nous mena à l'aile des dortoirs, quelques étages au-dessus. C'est donc après ces longues seconds de silence que l'ascenseur s'arrêta pour que je puisse sortir, moi, et les autres par la même occasion. Il me fallut encore plusieurs minutes pour atteindre ma propre chambre pourtant située à quelques mètres de l'ascenseur. Cependant, ce n'était pas ce satané déambulateur qui allait me permettre de marcher rapidement, même si j'en avais réellement envie.

Une fois devant celle-ci, j'ouvris lentement la porte avant de m'approcher de mon lit et de, enfin, m'y allonger. Je restai ainsi pendant de nombreuses minutes, à regarder le plafond blanc et immaculé, avant de tourner ma tête vers le seul hublot de cette petite pièce. On y voyait le vide intersidéral et de petites lumières mouvantes provenant des vaisseaux qui s'y déplaçaient. Ces derniers semblaient glisser sur une sorte d'océan noir et profond, je trouvais ce spectacle vraiment magnifique, magnifique, calme et reposant. Je repensais à ma vie à bord du Sailling Stellar, le cargo sur lequel j'avais grandi, sur lequel j'avais passé le plus clair de mon enfance. Instinctivement, j'exécutais une rapide et silencieuse prière à sainte Elisa, la patronne des pilotes spatiaux et de tout ceux qui faisaient leur vie dans cet espace vide, aussi magnifique que dangereux. Ma vie à bord était plutôt simple, je faisais les cours qu'on me transmettaient lorsque on se trouvaient en orbite et je m'amusais quand je le pouvais. Ensuite, je retournais dans mon cryopod dès que l'on partait avant de recommencer ce cycle à la prochaine escale. D'ailleurs ce rythme de vie m'avait valu quelques problèmes. En effet, à cause de la cryogénie, à vingt ans, je n'avais toujours pas finie ma croissance et je continuais à grandir, bien que le phénomène semblait s'être ralentit depuis que je m'étais établie sur New Jerusalem. Voilà à quoi se résumait mon enfance, à voyager entre différent lieux et à profiter de mes rares moments de conscience pour travailler ou m'amuser. A cette époque là, je m'en rappelle, j'adorais couper la gravité dans mes quartiers et travailler assise sur le plafond, la tête à l'envers, tout en écoutant mon professeur qui me parlait par le biais d'une liaison subspatiale. J'aurais tant voulu que cette époque ne s'arrête jamais.

Rapidement, je me mis à aider les employés de mon père adoptif, le capitaine du-dit cargo, principalement en salle des machines, là où travaillaient ma mère avant sa mort, de nombreuses années auparavant. Il fallait avouer qu'au bout de quelques années, je commençais à connaître ce vaisseau dans ses moindres recoins. De plus je n'avais pas vraiment d'amis de mon âge à bord, j'étais la seule enfant. Enfin, il m'arrivait d'avoir la visite de quelques enfants, grâce à mon professeur qui me faisait correspondre avec plusieurs d'entre eux à travers les colonies et, parfois, j'avais la chance de me rendre sur leurs colonies et de les accueillir à bord pour quelque temps. Il s'agissait de mes seuls contacts avec les enfants de mon âge. Dans mes lettres, je leur expliquais la vie que l'on menait à bord d'un cargo, la plupart avaient l'air enthousiastes, sans doute car cette vie leur paraissait exotique et pleines d'aventures aussi diverses que variées, même si il en était rien, bien au contraire. Je tombai d'ailleurs dans une profonde dépression, vers mes quinze ou seize ans, car je me sentais perdue, condamnée à vivre dans un vaisseau et à ne jamais poser les pieds sur une station ou même sur la terre ferme. Il y eu même une, ou deux, tentatives de suicide de ma part, une partie de ma vie que j'aurais préféré oublier.

J'eus cependant de la chance. En effet, quelques années plus tard, vers mes dix-sept ans, je fus contactée pour devenir un cobaye pour un traitement expérimental créé et financé par une société privée basée ici, sur New Jerusalem. Ainsi, si ce dernier fonctionnait comme les scientifiques l'entendaient, je pourrais enfin poser les pieds sur une planète et vivre à peu près normalement. On m'avait toutefois avertie, les effets ne seraient pas immédiats et il me faudrait quelques années pour pouvoir supporter une gravité normale. De plus les risques et les effets secondaires n'étaient pas à négliger, c'était pourquoi mon père adoptif n'était pas vraiment tenté par ce traitement malgré les promesses qu'il présentait. Cependant, contrairement à lui, je n'étais pas prête à laisser passer une telle chance et les risques importaient peu à mes yeux. Il ne me fallut que peu de temps pour convaincre cet homme au regard toujours aussi triste.

C'est ainsi que, un an plus tard, je pu passer mon examen de fin d'étude sur la terre ferme, à New Jerusalem. Il s'agissait de la première fois où je posais les pieds sur autre chose que les ponts métalliques d'un vaisseau ou d'une station orbitale. C'est pourquoi ce jour restera à jamais gravé dans ma mémoire et c'est à cela que je pensais lorsque la surface de la planète apparut derrière mon unique hublot après que la station eut finit sa rotation. Ensuite, New Jerusalem disparut lentement tandis que le mouvement inexorable du centre de soin orbital m'amenait à nouveau à admirer le vide orbital. C'est alors que, coupant court mes pensées, quelqu'un ouvrit la porte de ma chambre. Ma défiance naturelle, peut être était-ce de la paranoïa même, me força à me retourner afin de m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une menace, même si je savais pertinemment qu'il n'y avait aucun risque. Je ne m'étais pas trompée, il ne s'agissait que du médecin. J'avais vraiment dû me perdre dans mes réflexions pour que le temps passe ainsi, sans que je ne m'en rende compte.

- Bonsoir mademoiselle Dostya, ou bonjour, je ne sais plus. Il faut dire qu'il est difficile de savoir l'heure qu'il est dans cette station.

En disant cela, il arborait son grand sourire habituel. En fait Il s'agissait du même médecin qui m'avait accueillis dans ce centre de soin. Enfin, accueillir était un bien grand mot, il s'était plutôt contenté de me regarder si mes souvenirs étaient exacts. Il effectua ensuite les examens usuels, prise de sang et autres vérifications de routine. Il passa ainsi une dizaine de minutes en ma compagnie avant de repartir en direction du couloir et il serait sortit si je ne l'en avais pas empêché.

- Euh doc', vous n'oubliez pas quelque chose ?


Ce médecin avait toujours la fâcheuse tendance d'oublier une chose ou deux à chaque visite. Je me demandais bien comment il avait pu avoir son diplôme. Enfin, si il avait eu un poste dans un centre de soin aussi prestigieux, c'était sûrement qu'il devait être un tantinet compétent.

- Non mademoiselle, vous aurez votre traitement après votre repas, comme auparavant. Quant aux cachets magiques, il sortit une boite de calmants de la poche de sa blouse blanche, c'est terminé maintenant.

Il partit ensuite sans se retourner, me laissant là avec ma mine assurément dépitée. Ils osaient, lui et tout sa clique pseudo médicale, me laisser souffrir ainsi ? Je devais sûrement cela à ce satané aide-soignant qui n'avait pas dû digéré notre petite prise de bec, quelques heures auparavant. Je ne demandais pas ce traitement par simple plaisir, ma rééducation me faisait souffrir le martyr et sans se traitement je n'étais pas sûre de pouvoir continuer. J'arrivais déjà à peine à faire ce que l'on me demandait ou même à me déplacer par moi-même et ils voulaient maintenant m'enlever la seule chose qui me permettait de ne pas souffrir. Je n'allais sûrement pas laisser cela se produire. Enfin, cela ne voulait pas dire que je retournerais à la charge auprès de ce soit-disant médecin immédiatement. En effet, j'étais quasiment certaine qu'il allait rejeter ma demande aussi sec, comme si j'étais une vulgaire camée. De plus je n'étais même pas sûre de pouvoir le rattraper avec ce déambulateur et le connaissant, il n'allait assurément pas s'arrêter pour écouter ce que j'avais à dire. Non, j'attendrais patiemment le lendemain pour faire ma demande, après tout, je n'étais pas une droguée et je pouvais facilement attendre une nuit pour lui faire entendre raison et reprendre mon traitement.

C'est ainsi que sur ces pensées, ma tête retomba sur l'oreiller de mon lit sur lequel je m'étais assise le temps de mon examen journalier. Mon regard vide était fixé sur ce plafond aussi blanc et immaculé que le reste de cette pièce. Pendant ce temps mes pensées et ma vie défilèrent devant mes yeux sur ce fameux plafond. Je repensais à ma vie sur ce cargo avec mon père adoptif qui n'avait jamais perdu ce regard triste, à la limite des larmes, et cela qu'importe le nombre d'années passées. Je repensais aussi à ce qu'il m'avait fait subir, à ce qui m'était arrivé par sa faute, à cause de ses actions irréfléchies. En effet, suite à mon diplôme – que j'avais reçu avec les honneurs – j'avais décidé de poursuivre une formation d'ingénieur en aérospatiale, le seule domaine auquel je pouvais véritablement prétendre à cause de ma condition génétique particulière. J'avais beau profiter de ce fameux traitement expérimental, je me voyais mal passer ma vie derrière un bureau, les pieds sur la terre ferme. De plus, il n'était même pas sûr que je puisse supporter pendant aussi longtemps une gravité de type terrestre.

Quoiqu'il en soit, mon école, à cause de ma formation et de mes études singulières, avait exigé que je suive un stage d'un an à bord d'un vaisseau, stage pendant lequel on m'apprendrais les grandes lignes de l’ingénierie spatiale. Il va de soit que le lieux du-dit stage ne fut pas difficile à trouver et je me tournais donc vers le Sailling Stellar, ma seule, unique et véritable famille. Évidemment, je n'eus aucun mal à être acceptée et le responsable de ma formation fut même un vieil ami de ma défunte mère, celui qui avait hérité de son poste d'ingénieur en chef à bord du vaisseau cargo. En réalité, c'était lui qui avait expressément demandé à être mon responsable, chose que mon père adoptif n'avait d'abord pas vraiment acceptée. Cependant, quelques semaines avant le début de ce stage, il avait finit par se rétracter.

Ainsi, j'en appris plus durant ces instants passés en sa compagnie que durant toutes les années précédentes. C'est donc durant la journée, ou tout du moins ce qui était ma journée à bord du cargo, puisqu'il n'y avait pas de jour à proprement parler et que deux équipes se relayaient, leurs ''journées'' étant alors diamétralement opposées. Donc, ce fut durant cette-dite journée que je travaillais aux cotés de l'ami de feu ma mère tandis que le soir je revoyais tout ce que j'avais appris au cours de la journée avant de rejoindre ma chambre pour profiter d'un sommeil que j'estimais alors bien mérité. Malheureusement, cela ne dura pas. En effet, quelques mois après le début de ce stage, qui comptait alors tellement à mes yeux. Mon père, adoptif, avait commis la plus grosse erreur de sa vie et avait condamné la mienne par la même occasion. En quelques instants tout s'écroulait sous mes pieds, mon stage terminé et l'école que je comptais intégrer coupa tout contact et c'est ainsi que je fus forcée de prendre cet emploi ennuyant d'agent de sécurité dans le spatiodock de Samarie pour, quelques années plus tard, finir dans ce centre de soin de malheur. J'avais tout perdu à cause de lui. En fait, ce n'était pas vraiment pour cela que je lui en voulais mais surtout parce qu'il n'avait même pas pris la peine de me prévenir ou même de m'en parler. Il en allait de même pour une grande partie de l'équipage du Sailling Stellar qui souffrit alors des mêmes répercussions que moi puisqu'ils perdirent leur emploi tandis que leur vie, comme la mienne, s'écroulait.

Je me forçai à oublier, à stopper ces pensées douloureuses tout en baissant le regard vers l'unique hublot de ma petite chambre, hublot par lequel on pouvait apercevoir le vide spatial si rassurant à mes yeux. Il fallait que j'occupe mes pensées, je ne voulais plus avoir à revivre ces moments horribles et tout aussi douloureux pour moi. Enfin, le bon coté des choses était que je n'avais pas perdu mon traitement qui me permettait de vivre autre part que sur un vaisseau. En effet, la compagnie pharmaceutique s'occupant de son développement jugea qu'il serait trop coûteux de changer de cobaye à une période aussi avancée des tests. Ainsi, il y avait tout de même un bon coté à mon malheur, je n'avais pas réellement tout perdu et peut être que dans quelques années, je pourrais refaire ma vie, repartir de zéro. Enfin, j'aurais pu, si il n'y avait pas eu ce fichu incident dans ce spatiodock de malheur.

Afin de stopper ces pensées douloureuses, je saisis une télécommande multifonction, qui reposait alors d'une façon hasardeuse sur ma table de chevet. Ensuite, d'un simple geste, j'allumais l'écran incrusté dans le mur situé devant moi. Il me fallut encore quelques minutes pour trouver une chaîne d'information locale correcte. En résumé, une chaîne qui déblatérait autre chose que le classique discours de propagande de la machine de guerre de l'United Earth Government. J'eus donc le loisir de regarder quelques reportages sur la vie sur New Jerusalem, quelques autres sur les faits divers les plus récents et la montée en flèche de la criminalité à Samarie. Je ne m'y intéressais pas réellement mais cela avait au moins le bon coté de distraire mes pensées et de m'éviter de songer à nouveau à ses souvenirs malheureux et douloureux. C'est alors que l'on frappa à ma porte.

D'un geste instinctif et automatique je coupais le son de l'écran avant d'autoriser l'inconnu à pénétrer dans ma, sinistre et tout aussi impersonnelle, chambre. Il s'agissait peut être du médecin qui était revenu sur sa décision de me priver de calmants et je ne voulais surtout pas passer cette chance. En fait, il ne s'agissait que d'une simple infirmière qui se contentait de m'apporter mon dîner. Elle semblait plutôt jeune, sûrement une nouvelle recrue au sein du centre saint James étant donné qu’apparemment on lui confiait des tâches simplistes. Personnellement, je ne tolérerais jamais que l'on me traite ainsi. Cependant tout le monde ne semblait pas avoir la même fierté que moi et c'était dommage pour eux. Je la remerciai d'un simple signe de la tête en m'emparant de mon plateau avant de lui souhaiter une bonne soirée tandis qu'elle se rabattait vers le couloir afin de distribuer toujours le même plat infâme à mes voisins. Elle ferma la porte au moment même où je rallumais le son sur mon téléviseur. Je pris alors une bouchée de mon plat peu ragoûtant ressemblant à une sorte de purée. Visiblement, la réputation des hôpitaux ne prenait pas en compte les qualités de leurs cuistots. En soit la nourriture n'était pas mauvaise à proprement parler mais lorsque votre purée avait un goût de poulet, on pouvait effectivement commencer à se poser des questions. Toutefois j'avais trop faim pour commencer à faire la fine bouche. Je commençais donc à manger cette étrange purée au goût de poulet tandis que sur mon écran, une journaliste annonçait les thèmes principaux de son magazine d'information.

- Aujourd'hui nous reviendrons sur le terrible drame ayant eut lieu dans le spatioport de Samarie. En effet, si on suspectait d'abord un violent règlement de compte entre bandes rivales, des sources proches de l'enquête nous ont appris qu'elle se dirigeait maintenant dans une direction totalement différente. Ensuite nous parlerons des récents …


Je levai la tête brusquement tandis que la purée que je me préparais à avaler tombait de ma fourchette pour s'écraser sur mes draps. Je ne m'en préoccupai pas et je saisis la télécommande multifonctions afin d’augmenter le son de l'écran.

- Nous nous rappelons tous le terrible incident datant de quelques semaines et qui à coûté la vie à deux personnes et sérieusement blessées deux autres. Bien qu'au départ, les forces de police semblaient suspecter l'une des nombreuses bandes de criminels sévissant à Samarie, il semblerait que la direction de l'enquête ait drastiquement changée puisqu'une de nos sources nous aurait assuré qu'il s'agirait en fait d'un sabotage volontaire commis par l'une des employées de la compagnie dont nous terrons le nom jusqu'à que cette informations soit confirmée.

Quoi ? Je n'en croyais pas mes oreilles, si j'avais bien compris ce que venait de dire cette journaleux, on me suspectait, moi, d'avoir commis un sabotage ? Je devais être en train de faire un mauvais rêve, cela n'allait tout de même pas recommencer.

- Malgré nos appels et questions répétées, la police de Samarie n'a souhaité faire aucun commentaire sur ces allégations. Toutefois une enquête minutieuse réalisée par notre rédaction semblerait avoir révélé que l'employée en question aurait déjà eut à faire avec la justice de le cadre de la tristement célèbre affaire du Sailling Stellar.

Il n'y avait plus aucun doute possible, cette satanée journaliste parlait bien de moi. J'étais suspectée d'avoir commis un sabotage volontaire, en d'autre terme un attentat. J'espérais sincèrement que cela ne soit qu'un mauvais rêve, ou au pire, une simple erreur. Je ne voulais pas revivre cela à nouveau. Cette pseudo journaliste m'accusait d'avoir tué mes collègues et de m'être gravement blessée mais, bon sang, pour quoi aurais-je fais cela ?

- Bande de connards, je ne vous servirais pas de bouc-émissaire car votre incompétence vous empêche de trouver le véritable coupable !


La télécommande vola vers cet écran et cette journaliste qui ne semblait pas vouloir cesser de parler et sortir ses inepties. Mon assiette et mon étrange purée ne tardèrent pas à la suivre, produisant l'effet escompté en éteignant cet écran de malheur. Malgré tout, mon plateau complet finit quand même par volet aux quatre coins de la pièce. J'avais toujours faim mais j'étais alors bien trop énervée pour prêter la moindre attention aux exigences de mon estomac. Je ne sais pas pourquoi je n'avais pas vu le coup venir plus tôt. En effet, pourquoi se démener à chercher un coupable tandis que vous en aviez une servie sur un plateau d'argent, d'autant plus que la police de Samarie devait être aussi pourrie, pour ne pas dire plus, que le reste de la population de cette ville damnée.

Épuisée, je me laissai tomber en arrière, ma tête rebondissant légèrement sur mon oreiller tandis que, d'un geste de la main, j'éteignais les lumières de ma chambre. Les paroles de la journaliste n'arrêtaient pas de tourner en boucle dans mon crâne tandis que mon estomac gargouilla bruyamment pour me rappeler ses exigences. Malheureusement, je n'avais plus rien pour la satisfaire, mon dîner gisant ici et là, répandu sur le sol de cette sinistre chambre blanche. Mes yeux mirent un certain temps à se fermer tandis que ce que je ressassais ce que je venais d'entendre.

Mes yeux finirent cependant par se rouvrir mais pas pour voir le plafond blanc et oppressant de cette chambre d'hôpital mais plutôt celui grisâtre de mon ancienne chambre à bord du Sailling Stellar. Mon réveil ne tarda pas à sonner et malgré le fait que j'étais toujours un peu sonnée, je pris la décision de me lever. Une rapide douche me permit de me remettre les idées en place, puis, les événements passés me revinrent en tête et tandis que je me préparais mon café matinal je me posais la question de savoir si j'avais rêvé de tout cela ou si cela c'était vraiment produit. Malgré mes longues introspections et mon bol de café bien noir, je ne pu répondre à cette question. Un rapide coup d’œil à l'affiche numérique de mon réveil me confirma ce que je pensais, il était temps de s'habiller et de partir rejoindre mon équipe de travail. Il me fallut toutefois un certains temps pour me préparer même si je me contentai d'un simple coup de peigne pour recoiffer rapidement mes cheveux roux et un rapide coup de maquillage sous mes yeux clairs pour masquer l'horrible nuit que je venais de passer.

Finalement, j’arrivai en retard pour mon service, ce qui me valut une sévère réprimande de la part du responsable de mon stage, un ami de ma mère disparue. Il finit toutefois par troquer sa moue réprobatrice pour un grand sourire chaleureux avant de me confier à l'un de ses subordonné et m'affecter à l'entretient du réacteur nucléaire alimentant l'énorme cargo. Cette tâche me convenait parfaitement, il n'y avait pas vraiment grand chose à faire à ce poste si ce n'était surveiller que le programme de gestion automatique ne souffrait d'aucun problème et vu mon état encore quelque peu catatonique, c'était sûrement la seule tâche que je pourrais réaliser sans grands risques.

En réalité, ma tâche était si simple et si peu chronophage que je réussis à m'endormir quelques temps toutefois les événements précédant mon réveil ne cessait de tourner dans ma tête, je ne pouvais pas avoir réellement rêvé de tout cela ou alors c'était que j'avais des tendances masochistes cachées. L'ingénieur qui devait me surveiller et s'occuper de moi ne prit pas la peine e me réveiller, il n'y avait rien de vraiment capital à faire ou même à apprendre. Non, ce ne fut pas lui qui me réveilla mais l'alarme du vaisseau.

- Ici la passerelle à tout le personnel ! Une petite variation de la gravité artificielle suivit cette phrase, Préparez vous un saut d'urgence dans le sous-espace, que tout le personnel non essentiel rejoigne son cryopod et que les équipes de sécurité, d’ingénierie et de contrôle des dommages se tiennent prêtes à intervenir.

Une autre petite variation du vecteur de gravité se fit à nouveau sentir, le cargo devait être en train d’enchaîner des virages à grande vitesse. Il s'agissait sûrement de manœuvres d'évasion répétées, le Sailling Stellar semblait vouloir échapper à quelque chose, mais quoi ? Pendant un instant, j'eus un bref sentiment de déjà-vu, comme si j'avais préalablement vécue cette journée mais cela était totalement impossible. Mon collègue se leva alors brusquement en me faisant signe de le suivre, ce que je fis. Il allait probablement prendre ses instructions auprès de l'ingénieur en chef, comme le prévoyait le protocole en vigueur à bord du cargo. Il nous fallut à peine une minute pour parcourir les différentes coursives afin de rejoindre le reste de l'équipe d'ingénierie et leur chef.

Ce dernier ne tarda pas à nous affecter à un poste et, voulant me garder à ses cotés, il me confia la tâche difficile de coordonner le travail de l'équipe et de lui transmettre les différentes informations envoyées par chacun de ses subordonnés. Heureusement que l'alarme avait finit de me réveiller, l'adrénaline me rendant plus efficace que jamais. Ainsi, pendant un temps, nous parvînmes à maintenir le vaisseau en état et lorsque je pensais que tout était enfin terminé, une explosion fit trembler le vaisseau. Je n'y étais pas du tout préparée et l'onde de choc me fit tomber de mon siège à l'instar de la plupart de mes collègues.

Je n'eus même pas le temps de me relever que toutes les lumières de la salle s'éteignirent, bientôt suivies de l'essentiel du matériel électronique présent autours de moi. Le chef ingénieur fut le premier à se relever au sein de cette salle maintenant plongée dans l'obscurité. Il me regarda pendant un instant, comme pour vérifier si j'allais bien, avant de me faire signe de le suivre. J'étais alors encore légèrement sonnée par ma récente chute mais j’obtempérais, le suivant du mieux que je le pouvais avec mon pas titubant. Il me fallut un certain temps pour reconnaître les coursives qui menaient au centre de contrôle du réacteur nucléaire et encore un peu plus de temps pour comprendre pourquoi on allait là-bas. En effet, une fois mes esprits récupérés je compris ce qui nous était arrivé, on avait été frappé par une onde électromagnétique. Par conséquent, tout le matériel électronique devait être hors-fonction, y compris les systèmes de régulation du corps nucléaire car, si les vaisseaux les plus récents étaient équipés de matériaux ablatifs dans les sections les plus critiques, mais, le Sailling Stellar était loin d'être un vaisseau récent.

Nous finîmes par entrer dans la salle de contrôle, les quelques ingénieurs présents gisaient sur le sol, morts ou inconscients, j'étais totalement incapable de le savoir. Le chef ingénieur pianota quelques instant sur le clavier du moniteur de contrôle sans obtenir aucune réaction de la part de ce dernier. Il jura avant de me faire signe.

- Ivy' il faut stopper la réaction, aides moi à débrancher les barres de combustibles, VITE !

J’acquiesçai d'un simple signe de la tête avant de me diriger vers une porte de sécurité ornée d'un panneau danger difficile à rater. Le stress, l'adrénaline et le manque de lumière n'aidant pas, je mis plusieurs précieuses seconde à ouvrir cette porte de sûreté mais une fois à l'intérieur, il me suffit de baisser une simple poignée tandis que mon supérieur faisait de même dans la pièce précédente. Il n'y eut aucun signe de notre réussite ou de notre échec mais le simple fait d'être encore en vie me fit penser que l'on devait avoir réussis.

D'un pas lent, je quittais la pièce pour rejoindre le chef ingénieur, qui ferma la porte de sûreté derrière moi, avant de m'écrouler de tout mon long contre le mur le plus proche. Je n'avais jamais été particulièrement sportive ou endurante, la faute à ma vie de stellaire sans nul doute. Un sourire barra alors le visage de mon collègue et supérieur, qui en profita alors pour me féliciter tandis qu'il se laisser glisser contre le mur à son tour. Je ne savais pas ce qu'on devait éviter mais n'ayant plus entendu aucune explosion, je supposai que l'on avait réussit. Des rayons de lumières blanches apparurent alors dans l'unique couloir menant à cette pièce, l'ingénieur en chef se retourna alors vers moi avec un sourire.

- Ça doit être l'équipe de contrôle des dommages, suis moi …


Pendant qu'il parlait l'ingénieur commença à se relever mais il n'eut pas le temps de faire un pas que des individus surgirent dans la pièce, armes au poing.

- UNSC Marine Corps, tout le monde à terre !

Mon collègue me jeta alors un regard emplit de surprise et de peur, une peur que je ne compris pas. Ensuite, une étrange lueur passa dans son regard qui reprit alors son aplomb habituel tandis qu'il me faisait signe de fuir et de me cacher. Je roulai sous une table juste à temps pour le voir glisser sa main sous son uniforme et en sortir un pistolet qu'il leva en direction des inconnus.

- Baissez votre arme ou nous nous verrons contraints d'ouvrir le feu ! Immédiatement ! Posez là bien en évidence sur le sol !

L'ingénieur en chef n'eut pas le temps de presser la détente, plusieurs rafales le transperçant de part en part et frappant le mur et le moniteur situé derrière lui. J'étouffai un cris de peur en sortant de ma cachette et en courant vers la porte de sûreté que j'avais déjà franchie quelques minutes auparavant. Je n'eus cependant pas le temps de l'atteindre, une balle ou plusieurs pénétrant dans ma cuisse, me faisant tomber au sol dans un cri de douleur. Je sentis l'adrénaline redescendre et la douleur croître tandis que l'un des inconnus se jetait sur moi en prononçant des paroles inintelligibles. Toutefois je crus comprendre qu'il parlait d'insurrectionnistes à arrêter puis se fut le noir total, l'affreuse douleur me faisant sombrer dans le coma.

Je finis par me réveiller en sursaut, dans cette oppressante chambre d'hôpital. Il ne s'agissait que d'un cauchemar, encore. Je venais de revivre ce que l'on appelait maintenant poliment, l'affaire du Sailling Stellar. Cette affaire qui avait gâché toute ma vie et m'avait vu comparaître, pour la première fois de ma vie, devant un tribunal. Heureusement j'avais été reconnue innocente, avec raison, puisque je ne savais pas du tout que notre capitaine – mon père adoptif – et la grande majorité des officiers supérieurs soutenaient la cause des rebelles et profitaient de leurs voyages commerciaux pour leur faire parvenir ressources, matériel et armes.

Je me relevai alors pour m'asseoir sur mon lit tout en dégageant mes draps poisseux de sueurs après ce cauchemar riche en émotions. Ma respiration était toujours haletante, comme si je venais réellement de vivre ces événements. Cependant, ils ne provenaient que de ma mémoire, ce n'était que l'un des nombreux événement douloureux de ma vie passée. Quelques larmes coulèrent lentement sur mes joues, larmes que je m'empressai d'essuyer avec mon poignet. Je voulais oublier ces événements, tout comme je ne voulais plus penser à ce qu'il allait advenir de moi d'ici quelques jours. Pendant un instant, le visage triste mais souriant de mon père adoptif me revint à l'esprit, me redonnant du baume au cœur.

Je pris alors l'initiative, de dormir ''à l'ancienne'', comme j'aimais le dire. Il ne me fallut que quelques secondes pour trouver une trappe d'accès au câblage local de la station puis seulement quelques minutes pour débrancher l'alimentation du placage gravitationnel de ma chambre. Lentement, mes pieds se détachèrent du sol et, gracieusement, je me mis en mouvement vers le plafond de la pièce, le corps entouré par ma couverture. Enfin, je me blottis dans un coin du plafond avant de commencer à m'endormir, sereinement, comme durant mon enfance. Pendant un instant, un sourire apparut même sur mon visage en imaginant la tête de l'infirmière qui me retrouverait ainsi, le lendemain matin.
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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Sam 8 Déc - 10:31

CHAPITRE DEUXIEME


01 juillet 2524, 2141 heures (calendrier militaire).
New Jerusalem, ville de Samarie.


On était début juillet, cela faisait plusieurs semaines que j'avais atteint la surface de New Jerusalem, dans la ville de Samarie plus exactement. Une ville connue pour sa croissance rapide aussi bien que pour sa criminalité, qui profitait d'ailleurs d'une croissance tout aussi rapide. Il faisait encore jour même si ce dernier était déclinant et que les lumières des habitations avoisinantes commençaient à remplacer le soleil plongeant vers l'horizon. Dans la rue où je me trouvais plusieurs véhicules passaient lentement, observant celles qui se pavanaient sur les trottoirs. En effet les conducteurs étaient à la recherche d'occupation et de compagnie pour la nuit qui se profilait. J'étais l'une de ces filles, attendant patiemment sur ce trottoir dans ce quartier malfamé de cette ville qui l'était tout autant. A certains moments, je me demandais bien ce qui pouvait m'avoir conduit ici, à une existence aussi misérable et les événements des dernières semaines me revenaient en mémoire.

Je me rappelais mon procès pour meurtre et action à caractère terroriste qui s'était déroulé ici, dans un tribunal à quelques pâtés de maison. Je me rappelais tout autant cette nouvelle qui m'avait l'effet d'un coup de poignard en plein cœur, lorsque j'avais appris que j'étais inculpée du meurtre de mes collègue lors de l'incident qui avait eut lieu dans le spatiodock de Samarie et qui m'avait valu un séjour de longue durée dans ce maudit centre de soin. Apparemment la police corrompue de cette ville de malheur en avait eut marre de chercher à accumuler les preuves fabriquées et avait décidée de passer à la vitesse supérieure en m'accusant de cet acte ignoble sans pour autant me trouver de véritable mobile. Enfin j'exagérais, ils avaient bien inventés un mobile, selon eux j'avais cela pour soutenir la cause des rebelles et, pour appuyer cette allégation, ils se basaient sur mon implication dans l'affaire du Sailling Stellar. Il ne s'agissait que de vulgaire foutaises, des mensonges fabriqués de toutes pièces car ces incapables n'avaient pas réussis à trouver les véritables coupables. Malheureusement pour eux – et pour moi – la population et les familles des victimes réclamaient quelqu'un à blâmer, une personne à rendre responsable de cet acte impardonnable. Cependant je n'avais commis aucun meurtre, pas plus que je n'avais fait une erreur.

Heureusement, ou malheureusement, je ne serais vraiment le dire, j'avais été acquittée. Ainsi, dit comme ça, on pourrait penser qu'il s'agissait d'une bonne chose mais ce ne fut pas le cas. La compagnie de sécurité pour laquelle je travaillais n'avait en effet plus vraiment confiance en moi après cet incident. Je fus donc plus ou moins remerciée et renvoyée car je devenais soudainement médicalement inapte à assurer mon poste. Il va sans dire, qu'étant donné la médiatisation de mon procès sur New Jerusalem, il m'était devenu impossible de retrouver un travail convenable. De plus, comme si cela ne suffisait pas, le mince pécule que j'avais reçu fut intégralement reversé au centre de soin saint James pour rembourser mon hospitalisation. En effet, ne faisant plus partie de la compagnie qui m'employait auparavant, cette dernière n'avait plus aucune raison de me payer mon hospitalisation que je devais maintenant rembourser intégralement par moi même sans pour autant en avoir les moyens. En quelques jours, j'avais tout perdu, mon logement, mes biens, tout et je me retrouvais à la rue avec cette immense dette sur mon dos qui pesait maintenant sur mes épaule, bien plus lourdement que ma maladie génétique. Il ne me restait qu'une seule chose, mon traitement car le laboratoire qui m'employait comme cobaye était le seul à ne pas avoir coupé les ponts avec moi. Au moins cela me permettait de prendre une véritable douche trois ou quatre fois par mois.

Cependant, cela ne me permettait pas de manger et bien qu'au début j'en fus réduite à chercher parmi les déchets de la société qui m'entourait, on me proposa bien vite une solution beaucoup plus efficace, un travail. Malheureusement, ce travail était loin d'être valorisant, il faut dire que j'en avais pas bien compris le sens lorsque l'on me le proposa et une fois entrée dans l'engrenage, il était difficile d'en sortir, à mon grand dam. C'est ce travail qui me força à faire des signes équivoques à un inconnu qui passait lentement devant moi, dans sa belle voiture de luxe. Pendant un instant, ce dernier parut intéressé par ce que je lui proposais puis, il finit par me reconnaître et porta alors son dévolu sur une autre de mes collègues qui partit le rejoindre quelques secondes plus tard. Elle grimpa alors avec lui et l'homme disparu dans la noirceur de la nuit tombante, bientôt suivit par les phares arrières de son véhicule. Ainsi, même dans ce lieu damné, ma réputation me suivait à la trace.

Il y eut d'autres hommes qui passèrent devant moi, de plus en plus nombreux tandis que la soirée avançait. Cependant, aucun d'entre eux n'accepta ce que je leur proposais et je dû rapidement me faire à l'évidence que, ce soir, je ne profiterais ni d'un toit où dormir ni de quoi m'acheter une nourriture correcte. La nourriture insipide de l'hôpital commençait presque à me manquer, presque. Les hommes, leurs véhicules et le temps continuèrent de défiler devant mes yeux de plus en plus fatigués. Mes paupières commençaient à se faire lourdes lorsque j'entendis une voix derrière moi. Un rapide frisson me parcouru l'échine tandis que cette voix me sortait avec fracas de ma somnolence.

- Eh ! Toi la petite rouquine, tu peux approcher une seconde ?

J'avais un drôle, et mauvais, pressentiment mais mon estomac vide me rappela violemment mon besoin de gagner un peu d'argent. C'est ainsi que, lentement, je m'approchai des deux inconnus qui m'avaient interpellés. Il étaient plutôt attirants, bien bâtis et tout deux vêtus d'un simple tee shirt L'un deux, légèrement typé asiatique portait un tatouage sur son épaule gauche, qu'à cause de la noirceur environnante, je n'arrivais pas à identifier. L'épaule de l'autre homme était malheureusement hors de ma vue.

- Tu t'appelles bien Dostya non ?


Inquiète, j'acquiesçais lentement d'un signe de la tête.

- Voilà, notre patron recherche une compagnie un peu particulière et je crois bien que tu corresponds parfaitement à la description qu'il nous a faite. Voudrais …

Il n'eut pas le temps de ma phrase que je commençai à reculer, d'abord lentement puis de plus en plus rapidement. Cependant, à peine eus-je fais volte-face que des bras puissants me ceinturèrent. C'est alors que je pu apercevoir plus clairement le tatouage que j'avais auparavant aperçu et je me maudis de ne pas y avoir prêter plus d'attention à ce moment là. On me tira ensuite en arrière malgré le fait que je me débattais de toutes mes forces. Malheureusement, ces dernières étaient bien plus faibles que celles de mon opposant. Je parvins tout de même à desserrer suffisamment son étreinte pour glisser ma main droite dans ma robe largement découverte et à effleurer le manche du couteau qui y était caché. Quelques mouvements d'épaules plus tard, ma doigts se refermèrent sur le manche de l'arme blanche. Cependant, ce fut cet instant précis que choisis le second inconnu pour intervenir et se saisir de ma main, faisant tomber mon couteau au sol et mon dernier espoir de me sortir de cette situation épineuse sombra au même moment.

Il n'y eut personne pour esquisser le moindre geste tandis que les deux inconnus me tiraient en arrière. Je devais avouer que je n'avais tissée aucune relation particulière avec mes collègues, ce qui devait expliquer en partie pourquoi aucune ne réagit tandis que l'on m'enlevait. Je repensais à ce tatouage qu'arboraient les deux hommes, il spécifiait leur appartenance à une des bandes criminelles pullulant dans cette ville infâme. Cette dernière n'était pas spécialement violente en soi, elle faisait surtout de la contrebande et du trafic de tout un tas de marchandises prohibées, de la drogue, des armes, tout ce qui avait un tant soit peu de valeur. Je n'avais pas reconnu ce tatouage par chance mais tout simplement que, lorsque j'étais encore officier de sécurité à bord du spatioport, j'avais déjà eut à faire à des individus de cette bande. En effet, on m'avait plusieurs fois versé des sommes plus ou moins importantes pour fermer les yeux sur certaines marchandises qui n'auraient jamais dues passer les contrôles. Enfin, ce n'était pas vraiment de la corruption. Je m'assurais, presque, tout le temps que ces cargaisons n'étaient pas réellement dangereuses, pas d'armes lourdes, d'explosifs ou pire. Cependant, je savais bien que lorsque je refusais, ils faisaient appel à un autre de mes collègues mais cela je ne pouvais pas réellement l’empêcher. De plus ce marché me permettait de mettre la main sur des cargaisons, parfois bien plus dangereuses, appartenant aux rivaux de ceux qui me rémunéraient Il fallait aussi avouer que nous étions payer une misère et qu'il fallait bien faire quelque chose pour arrondir les fins de mois et nos emplois du temps chargés ne nous laissaient pas véritablement le choix.

Les inconnus me jetèrent alors à l'arrière de ce qui semblait être un petit van. Le jeune asiatique monta alors avec moi tandis que son camarade fermait la porte derrière lui. J'eus à peine le temps de me remettre que le véhicule démarra, m'enlevant tout espoir de m'échapper. L'homme s'approcha alors de moi, un simple morceau de tissu dans sa main droite. A ce moment là, j'étais toujours sous le choc des événements récents et je mis à certains temps à comprendre ce qu'il comptait faire. Malheureusement, lorsque je compris enfin, il était trop tard, l'étrange odeur se dégageant du morceau de tissu venant m'étouffer et remplacer l'air de mes poumons. Mes paupières commencèrent alors à se faire lourdes et, quelques secondes plus tard, je sombrais dans l'inconscience.

Ainsi, lorsque mes yeux se rouvrirent, je mis plusieurs minutes à reprendre mes esprits. De longues minutes à me demander où j'étais, quelle heure il était et surtout qu'est-ce que je faisais ici. Il me fallut encore de nombreuses minutes pour sentir à nouveau toutes les extrémités de mon corps et me rendre compte que j'avais été allongée dans un lit. Mes yeux s'adaptèrent ensuite à l'obscurité ambiante et il ne me fallut que peu de temps pour trouver l'interrupteur d'une lampe de chevet posée sur un petit guéridon à proximité du lit. La lumière qui apparut me permit de me faire une idée plus précise du lieu où je me trouvais. En effet, il s'agissait d'une simple chambre avec simplement un lit double, un petit guéridon et une armoire comme meubles. Les volets étaient fermés et je n’aperçus aucun réveil ou tout autre moyen de me faire une idée de l'heure qu'il était. Il ne restait donc qu'un seul moyen pour avoir les réponses à mes questions, sortir de cette pièce. Je me levais donc lentement du lit pour me rendre compte, une fois debout, que l'on m'avait retiré mes vêtements. Une nouvelle question émergea alors dans mon esprit, que c'était-il passé durant mon inconscience ? Je me mis à imaginer le pire mais je dû rapidement relativiser, ces scénarii n'expliquaient pas pourquoi on m'avait laissée seule dans cette chambre. En tout cas, si cela voulait dire une chose, c'est que je n'étais pas aussi réveillée que je le croyais, si je ne l'avais pas remarqué avant. Je me mis donc en quête d'une tenue plus complète que de simples sous-vêtements, en commençant par chercher dans l'armoire. Apparemment le, ou les, individus responsables de tout ceci avaient pensé à tout puisque la-dite armoire contenait justement une tenue correspondant parfaitement à ma taille.

Il ne me fallut que peu de temps pour l'enfiler et remettre un peu d'ordre dans mes cheveux. Il ne s'agissait pas de la tenue que je portais auparavant. En effet, celle que je portais était beaucoup plus couverte et surtout, beaucoup plus coûteuse, tout du moins à première vue. Toutefois, cela ne me dérangeais nullement, bien au contraire même. C'est donc une fois vêtue correctement que je pris la décision de passer par l'unique porte de la pièce et ainsi – peut être – trouver des réponses à mes questions. La lumière du soleil, qui était bien évidemment beaucoup plus forte que celle de la lampe de chevet, m'éblouit d'un coup et me força à fermer les yeux pendant quelques secondes. Lorsque ces derniers se rouvrirent, ils virent le grand et luxueux salon d'un appartement du centre-ville de Samarie, le genre de logement que je ne pourrais jamais me payer, surtout actuellement. D'un coté, on pouvait admirer, par d'immenses baies vitrées menant sur un balcon fleurit, la vue de cette ville en pleine expansion. Je resta ainsi pendant quelques minutes, juste pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. Assurément, cette découverte amena de nouvelles questions, qui avait bien pu m'amener ici pour ensuite me laisser seule et, surtout, pourquoi. Je ne tardai pas à avoir ma réponse, un homme en costume pénétrant dans le luxueux appartement par ce qui semblait être la porte d'entrée de celui-ci, porte qui était situé du coté opposé aux baies vitrées.

- Mademoiselle Dostya vous êtes enfin réveillée.

Je me retournai d'un coup sec pour apercevoir plus clairement l'inconnu, il était présentable et avait l'air plus que respectable, une chose rare dans cette ville. Cependant, cela n'expliquait toujours pas ce que je faisais ici et ce fut la première question que je lui posai.

- Pourtant cela me paraît évident mademoiselle, vous êtes ici pour me rencontrer.

Pendant un instant, ma surprise fut clairement visible dans mon regard mais l'homme ne parut par l remarquer ou, alors, il ne s'en soucia pas. En effet, il se retourna quasiment immédiatement et avança vers la table basse cerclée de deux fauteuils, située à proximité. Une fois qu'il fut assis, il m'invita à le rejoindre, ce que je fis lentement, et, avec appréhension. Une fois que je fus assise, l'homme fit glisser, sur la table et dans ma direction, l'un des deux verres situés devant lui. Il s'empara par la suite d'une bouteille située à ses pieds, bouteille avec laquelle il remplit son verre. Il la tendit ensuite dans la direction, je pris toutefois le temps de bien regarder la-dite bouteille avant de l'autoriser à me servir. Il s'agissait d'un vin blanc, produit localement sur New Jerusalem. Il ne s'agissait donc pas de l'une des plus grandes cuvées coloniale. Toutefois vu le standing de cet appartement, je me doutais bien qu'il ne devait pas non plus s'agir d'une boisson premier prix, comme celles dont j'avais l'habitude. Un simple hochement de tête suffit à faire comprendre à l'inconnu en costume qu'il pouvait me servir.

- Désolé de vous imposer une telle boisson dès votre réveil mademoiselle mais c'est ainsi que j'aime procéder lors de négociations délicates.
- Des négociations ? Ma surprise devait être maintenant clairement visible sur mon visage, quelles négociations ?

L'homme esquissa alors un petit sourire et cela ne me rassura guère. En réalité, il croyait simplement que je plaisantais mais, après quelques secondes de silence – durant lesquelles mon regard était toujours aussi surpris et interrogateur –, il prit la peine de m'expliquer ce qu'il faisait ici et qu'elles étaient ces négociations.

- Mes hommes ne vous l'ont pas dit, je vous veux Ivana, je vous veux à mon service.

Cette phrase ne pu que m'inquiéter, enfin, m'inquiéter plus que je ne l'étais déjà, d'autant plus que son sens était plus que sibyllin. D'ailleurs pourquoi voudrait-on de quelqu'un comme moi à son service, c'est vrai, je n'avais jamais accompli de choses réellement compliquées ou même réalisé des actions notables. Qu'est-ce que me voulait cet homme ? Ce dernier remarque d'ailleurs que je ne lui répondit pas et, après un certain temps de silence commun, à se regarder dans le blanc des yeux, il reprit la parole.

- Désolé, je comprends que ma dernière phrase est pu paraître quelque peu, sa main gauche se porta à son menton et l'homme marqua un court silence, déplacée au vue de vos récentes activités mais, si cela peu vous rassurer, ce que je vous propose n'a rien à voir avec cela.

Je dû bien évidemment avouer que cet homme commençait à m'intriguer. Je ne savais pas le moins du monde dans quoi il voulait que je m'embarque et encore moins pourquoi. Cependant, au vu des circonstances de notre rencontre, ça m'étonnerait qu'il me laisse réellement refuser sa proposition. Sinon, il n'aurait pas eut recours à toute cette mise en scène. De plus, il se pourrait que cela soit la seule chance que je n'aurais jamais de me sortir de cette situation difficile que je vivais actuellement. Cependant, cela ne m’empêcherais pas d'écouter plus qu'attentivement cette proposition, car malgré ma situation indélicate, je ne comptais pas encore vendre mon âme au diable. L'homme semblait vouloir me laisser réfléchir puisque pendant ma réflexion, il se contenta de me fixer. Il finit par sortir et allumer une cigarette juste avant que ne je lui réponde que j'étais prête à entendre cette fameuse proposition.

- Ivana, je peux vous appeler ainsi ? Je lui répondis d'un simple signe de la main, pour lui faire comprendre que cela ne m'importait guère, bien, donc Ivana, ma société, ou mon organisation pour être plus exact, aurait besoin de quelqu'un comme vous, de quelqu'un avec vos connaissances et vos compétences.

A la suite de cette phrase, l'homme s'empara du verre posé devant lui et prit une petite gorgée avant de relever sa tête dans ma direction. Cette phrase eut le mérite de répondre à certaines de mes questions mais, à mon grand dam, elle en fit aussi apparaître de nouvelles tout aussi mystérieuses. L'inconnu en costume tira alors une autre bouffée de tabac sur sa cigarette, visiblement, il semblait attendre une réponse de ma part. Malheureusement, pour lui, je n'avais encore que trop peu d'informations pour prendre une réelle décision. Il me fallait encore des réponses et je comptais bien les obtenir. Cependant, pour cela, il fallait que je reprenne la totalité de mes esprits et que je cesse d'être aussi émotionnelle et, par extension, facile à décrypter. Je fis donc tout ce que je pouvais pour paraître aussi neutre que possible, ce qui ne fut pas aisé étant donné l'état d'anxiété dans lequel je me trouvais. Une fois que je fus suffisamment concentrée et flegmatique à mon goût, je posai la première question qui me vint à l'esprit.

- De quelles connaissances, de quelles compétences parlez-vous donc ?

Suite à ma question, l'homme esquissa un rapide et petit rictus avant de me répondre.

- Voyons Ivana, cela me paraît pourtant évident, celles en rapport avec votre emploi précédent

Il parlait de mon emploi d'officier de sécurité ? Je ne voyais vraiment pas en quoi mes compétences, plus que douteuses à mon humble avis, et mes connaissances de simple douanière pouvait bien lui être d'une quelconque utilité. C'est à ce moment précis que tout redevins clair dans mon esprit, lorsque les événements de la soirée précédentes se rejouèrent clairement devant mes yeux. Je revis alors le tatouage que j'avais aperçu chez cet homme en tee shirt, l'un de ceux qui m'avaient enlevé pour m'amener ici, devant cet homme. Je compris donc bien mieux pourquoi lui et son organisation avaient besoin de ''mes connaissances et mes capacités''.

- Je vois, je marquai une courte pause, le temps de réfléchir aux mots que je comptais employer. Vous êtes James Ullerup, le patron d'une de ces bandes de criminels locaux qui font dans la contrebande et le trafic en tout genre. Je me trompe ?

En effet qu'est-ce qu'un mafieux, car c'était bien ce qu'il était, pouvait avoir de mieux pour l'aider dans ses affaires de contrebande qu'une ancienne officière de sécurité ? Je connaissais la plupart des contrôles possibles ainsi que la presque totalités des protocoles de routine, de quoi lui éviter de nombreuses pertes et saisies qui pouvaient un jour le conduire devant un juge, même si il devait avoir quelques membres des forces de l'ordre dans la poche pour éviter cela.

- Bien, vous êtes donc perspicace en plus d'être agréable à regarder, il esquissa un franc sourire que mon regard noir lui fit rapidement ravaler, hum, quoiqu'il en soit

Bien que cette réponse soit venue confirmer mon hypothèse, elle ne faisait que m'inquiéter encore plus que je ne l'étais déjà. En effet, cela me confortait dans l'idée que je n'avais sûrement pas la moindre chance de refuser cette d'offre. D'autant plus qu'il venait d'avouer indirectement d'être responsables de certains méfaits pouvant le faire croupir dans une prison de haute sécurité et que jamais il ne me laisserait le mettre en danger, peu importait la relative gentillesse dont il semblait faire preuve. De plus il s'avérait maintenant que je m'étais trompé dans l'appréciation initiale que j'avais eu de cet homme, il ressemblait bien à un homme respectable, mais, d'après ce que j'avais entendu, il était bien loin de l'être. En même temps ce n'était pas étonnant pour un mafieux qui comptait parmi les plus grandes fortunes de cette ville et peut être même, de toute la colonie. Le simple fait de penser à cela me donnait des frissons, il fallait que je trouve un moyen de me sortir de ce mauvais pas. Enfin, cela ne m’empêcherais pas d'écouter sa proposition jusqu'au bout, après tout, il avait peut être un marché honnête à me faire passer, ne savait on jamais. Toutefois, je n'hésitai pas à lui faire remarquer qu'il y avait sûrement d'autres personnes beaucoup plus compétentes que moi qu'il pourrait engager à ma place. Je lui fis cette remarque dans le vain espoir qu'il reconnaisse son erreur et me laisse repartir, en vie. Bien évidemment et, malheureusement, ce ne fut pas le cas.

- Peut être bien mais je ne connais pas ces hypothétiques personnes aussi bien que je vous connais Ivana.

Un violent frisson me parcourut l'échine et, prise de court, ma surprise apparut clairement sur mon visage sans que je puisse la retenir. Cette réaction impromptue déclenchant un court rictus chez mon interlocuteur. Cet homme prétendait me connaître alors que je ne l'avais jamais rencontré. Enfin, d'une certaine façon si, mais seulement par le biais d'intermédiaires, lorsqu'on me rémunérait pour laisser passer deux ou trois petites cargaisons lors de mes heures de service. Toutefois cela m'aurait étonné si il surveillait les contacts de chaque membre de ce qu'il appelait son organisation. Enfin, ce genre de criminel devait aussi souffrir de paranoïa, sûrement un mal pour un bien dans ce milieu. Quoiqu'il en était, je décidai de trouver la réponse à cette question de la manière la plus simple qui soit, en demandant directement à l'intéressé.

- Disons que nous avons une connaissance en commun, il s'arrêta ensuite mais un rapide signe de tête lui fit comprendre que j'aimerais bien entendre la suite. Cette connaissance vous connaissait plutôt bien et était un ami que je considérais comme relativement proche.

L'inconnu ne semblait pas vouloir me dire l'identité de cette personne. Cependant je ne savais vraiment pas pourquoi, ce n'était pas comme si …

- Mon père ? Vous parlez là de mon père adoptif ?!


Il ne pouvait s'agir que de lui car je ne voyais aucune autre de mes connaissances qui aurait pu côtoyer un criminel aussi notoire, et trafiquant d'arme par dessus le marché, au point de se faire appeler ''un ami'' par ce dernier. Je ne savais vraiment pas pourquoi je ne l'avais pas deviné avant, après tout mon père devait bien trouver quelque part les armes qu'il livrait aux rebelles. Il s'agissait exactement de ce pour quoi je n'étais jamais allé le voir en prison et que les derniers mots que je lui avais adressé furent aussi acerbes. Je n'en revenais pas que mon père, adoptif ou non, ait pu me mentir et me trahir ainsi. Lui, lui qui avait un regard si mélancolique, à la limite de la tristesse aussi loin que je puisse m'en souvenir. Je ne voulais plus jamais avoir à faire avec lui ou avec les gens qu'il avait côtoyé.

- Si vous êtes un ami de mon père alors nous n'avons plus rien à nous dire, monsieur !

Mon cœur n'était plus que rage et colère, j'étais totalement incapable de me contrôler. Mon visage, lui, devait assurément refléter le pourpre de ces deux émotions tandis que je me levai pour quitter cet appartement sans me retourner. Je ne voulais plus revivre ces événements ou même y penser et c'est pour cette raison que je fis ce geste aussi stupide. En effet, il était évident que cet homme, après tout le mal qu'il s'était donné pour me faire venir, n'allait pas me laisser repartir aussi facilement.

- Vous ne voulez vraiment pas faire cela Ivana.

Sa voix était calme, plate, monotone et sans émotion. Ainsi, si j'avais été dans un état normal j'aurais prêté attention à ce détail qui ne prédisait rien de bon. Ma main était maintenant sur la poignée et je n'avais alors qu'une envie, dire à cet homme d'aller se faire voir en claquant cette porte de malheur. Heureusement, dans un élan de lucidité, je me retins et je restai là, immobile, pendant quelques instants pour tenter de réfléchir à ce que j'allais faire et cela malgré la rage qui bouillonnait en moi. Je parvins toutefois à faire abstraction de cette dernière et à me retourner pour ainsi pouvoir fixer ce James dans le blanc des yeux.

- Comment pourrais-je faire confiance à un type qui se dit l'ami d'un homme qui m'a mentit, qui m'a trahit ?
- C'est une bonne question et je vais y répondre simplement : je vous connais Ivana.

Il croyait réellement que cela allait suffire à me convaincre, il n'avait pourtant pas l'air d'être un individu si crédule. Je sentais cette même rage remonter en moi, il devait vraiment me prendre pour une imbécile, c'était la seule explication. Ma main retomba à nouveau sur la poignée de la porte tandis que mes yeux ne cessèrent pas de fixer celui de l'homme en costume. Je voulais partir, quitter cette pièce ici et maintenant. Cependant je savais qu'en faisant cela je signerais probablement mon arrêt de mort et je n'y étais pas encore résolue. Enfin, peut être que ça ne serait pas le cas mais je n'étais pas sûre de vouloir prendre ce risque. J'avais encore besoin de réponses à certaines de mes questions comme, par exemple, qu'est-ce que cet inconnu voulait dire en disant me connaître. Je devais le savoir avoir de prendre quelque décision que ce soit. Bien évidemment je n'avais qu'un unique moyen pour obtenir cette réponse, le lui demander directement. Un sourire barra son visage lorsque ces mots sortirent de ma bouche, il resta ensuite légèrement pensif. Je ne sus jamais si s'était pour chercher ses mots ou tout simplement pour me narguer mais à ce moment cela ne m'importait guère puisqu'il me donna la réponse tant espérée.

- Ivana, je vous connais c'est tout, je sais que vous êtes une personne qui ne tolère pas la trahison et dont le pardon est difficile à acquérir mais je sais aussi que vous savez vous montrer généreuse envers les gens qui vous aide. Je sais que dans ce cas là vous êtes prompte à rembourser la dette que vous contractez et c'est pour cela que je vous ai contacté.

Cet homme pensait donc pouvoir m'aider. En tout cas, il n'avait pas mentit en disant me connaître et j'appréciais cela. Toutefois je ne savais pas où il avait pu obtenir ces informations, peut être était-il tout simplement un fin psychologue et il avait tiré ces conclusion de lui-même. De toute façon, je n'aurais jamais la réponse à cette question puisque, lorsque je lui la posai, il évita habilement le sujet en me réinvitant à m'asseoir. Cependant, je pris vraiment mal cette manœuvre, aussi habile qu'elle était. Comment pourrais-je accorder ma confiance à un homme pour qui cela n'était réciproque ? Personnellement, cela m'était totalement impossible.

- Ma chère Ivana, je suis heureux vous n'ayez pas pris la décision de nous quitter si précipitamment. Les conséquences d'un tel acte auraient été malheureuses, autant pour moi que pour vous.

Je crus sentir mon cœur s'arrêter de battre pendant quelques instants en entendant cette phrase. En effet, le sous-entendu qu'elle contenait n'était pas difficile à comprendre. Afin de faire passer ce sentiment de mal-être, je pris une grande gorgée du verre posé devant moi avant de me rappeler qu'il s'agissait d'un verre de vin et, lorsque j'en sentis le goût, je faillis tout recracher, ce dernier étant plutôt désagréable au réveil. Cependant je réussis à me forcer à déglutir devant le regard amusé de ce James Ullerup qui avait clairement perçu sur mon visage ma surprise première et mon soudain dégoût. Je repris toutefois mes esprits assez rapidement et, énervée par ce que je prenais pour une moquerie et par son refus ultérieur de me répondre, je n'hésitai pas à lui faire savoir le fond de ma pensée ainsi qu'à réitérer ma question.

- Disons simplement que j'ai le bras long, il marqua une pause rapide avant de reprendre, quant à cette épineuse question de confiance sachez que vous détenez déjà la mienne mais tout homme à ses secrets. Un long silence suivit cette phrase, le mafieux estimant sûrement qu'il n'avait rien à ajouter, toutefois, le regard que je luis adressais sembla le faire changer d'avis. Cependant, en gage de ma sympathie et, de ma confiance, veuillez accepter cette petite chose.

Il plongea sa main droite dans son costume pendant quelques instants avant d'en sortir d'un objet noir mat. Il fallut un certain temps pour reconnaître le-dit objet, il s'agissait ni plus ni moins d'un pistolet dont le canon était pointé dans ma direction. Je sentis clairement la peur m'envahir et me paralyser alors que j’imaginais clairement la suite des événements. Le mafieux tendit alors son bras dans ma direction avant de lâcher la poignée, laissant glisser l'arme autours de son doigt. Une émotion de franche surprise traversa mon visage pendant que l'homme en costume me faisait signe de prendre l'arme. J'obéis prudemment et, lentement, ma main s'approcha de la poignée de l'arme de poing avant de la saisir. Je rapprochai l'arme pour l'analyser plus en détail tandis que le mafieux ramenait son bras vers son verre afin de se prendre une nouvelle gorgée sans pour autant me quitter des yeux. L'arme était plutôt basique, il devait s'agir d'un M6A et, par curiosité, je jetai un œil rapide au numéro de série inscrit sur le flanc de cette dernière.

Qu'elle ne fut pas ma surprise de reconnaître le-dit numéro, il s'agissait de mon ancienne arme de service, du temps où j'étais encore officière de sécurité. Comment un individu tel que cet homme avait pu se procurer cette arme ? Je me retins toutefois de poser la question puisque la réponse qu'il allait assurément me donner apparut clairement dans mon esprit. ''J'ai le bras long ma chère Ivana'', voilà la seule réponse que j'aurais obtenue avec cette question. Je poussai alors ma curiosité un peu plus loin en vérifiant le chargeur tandis que le criminel en costume sirotait toujours son verre. Ce dernier ne bougea pas d'un centimètre lorsque je réinsérai le chargeur plein dans l'arme pour ensuite la pointer dans sa direction. Je ne voulais absolument pas travailler pour un criminel de son genre, même si d'une certaine manière je l'avais déjà fait. Toutefois il y avait un immense fossé entre fermer les yeux sur quelques cargaisons plus ou moins légales et accepter ce qu'il me proposait d'autant que je pouvais très bien me passer de la soi-disant aide qu'il me proposait. Ce dernier ne me quitta pas des yeux tandis qu'il reposait doucement son verre sur la table basse qui nous séparait. Une lueur de défi brillait dans son regard, comme si il me croyait incapable de presser la détente, ou, comme si il savait que je ne le ferais jamais. Toutefois, je comptais bien lui donner tord, enfin, uniquement s'il ne me laissait aucune autre option. L'homme plongea à nouveau sa main dans son costume, je tendis alors encore un peu plus mon bras afin de lui faire comprendre que je voulais qu'il arrête. Je ne savais pas le moins du monde se qu'il comptait faire ou si il possédait une seconde arme sur lui. Cependant il continua à farfouiller dans sa veste avant d'en sortir un paquet de cigarette qu'il mis bien en évidence avant d'en sortir une et de commencer à la fumer. Il ne semblait pas du tout inquiet du retournement de situation.

- Laissez moi sortir ou je vous descends !


L'homme laissa échapper un petit sourire en entendant ma phrase. Il prit alors une bouffée sur sa cigarette avant de me répondre.

- Vous me tuerez ? Vous me tuerez alors que je peux vous livrer ceux qui ont tué vos collègues, vous ont envoyé à l'hôpital pour ensuite vous faire accuser de leur crime abject ? Vous me tuerez alors que je vous donne une occasion unique de vous venger ?

Le mafieux n'avait toujours pas perdu son sourire qui était à présent presque narquois tandis que la surprise me paralysait. Ainsi, c'était cette aide qu'il me proposait, il voulait m'aider à me venger. Mon bras s'affaissa alors légèrement et mon arme cessa d'être pointée en direction de ce James qui ne lâcha aucun soupir de soulagement comme s'il avait déjà prévus tous ces événements. Je fis ce que je pouvais pour relever mon arme mais mon bras était toujours tremblant, je ne savais plus vraiment quoi faire. Quoiqu'il 'en fut, j'exigeai du criminel de me remettre ses informations à ce sujet et de me laisser partir. Seulement il savait à présent que je n'oserais pas le tuer et il ne dit rien, il ne bougea pas non plus d'un pouce, se contentant simplement de me fixer en fumant sa cigarette.

- Voyons Ivana, vous, mieux que personne, savez que tout se mérite et, pour ces informations, vous allez devoir travailler un certain temps pour moi.

Il me tenait en son pouvoir et mon arme se baissa, définitivement. Je lui la tendis en signe de ma reddition mais il refusa de la reprendre en me disant clairement qu'elle m'appartenait à présent, je la posai donc devant moi, sur la table basse qui nous séparait. Toutefois je ne me sentais par vraiment prête à accepter ce travail, je me doutais que, malheureusement, je n'aurais sans doute pas véritablement le choix. Cependant cela ne m'empêcha pas de tenter de me trouver des excuses afin de tenter d'éviter ce choix irrémédiable. Il me vint alors à l'esprit que mon employeur, celui qui récoltait mes gains ''d'hôtesse et d'accompagnatrice de nuit'' – comme ce dernier se plaisait à me décrire – ne serait pas forcément heureux que je quitte son service.

- Ma chère, comment vous a-t-on trouvé à votre avis ? Pourquoi personne n'a réagit quand mes hommes se sont emparé de vous ? Ivana, l'homme lâcha alors un court soupir de déception, je vous croyais quand même bien plus perspicace que cela.

Je ne pus dire si ce mafieux disait la stricte vérité mais cela était plus que probable et je m'en voulus de ne pas avoir ne serait-ce qu'envisager cette possibilité. Je ne n'avais donc plus le choix, je ne pourrais pas quitter cette pièce sans avoir accepté ce contrat. De plus, ce James semblait avoir bien préparer son coup et rien ne pourrait m'éviter d'accepter ce nouveau travail, d'autant plus qu'il allait me permettre de faire payer les lâches qui voulaient me faire emprisonner. Je tendis alors ma main au criminel en costume, à mon nouveau patron, en signe d'accord. Ce dernier s'empressa de me la serrer en me félicitant pour ce choix sage et judicieux, bien que cela n'aurait pas été précisément les mots que j'aurais choisis. Il m'annonça alors qu'il s'occuperait personnellement de mes dettes et ds autres ennuis que j'avais avec la justice, il ajouta que c'était sa façon de me remercier d'avoir accepté son offre. Je me retins de le contredire car, en vérité, ce n'était pas comme si j'avais véritablement eu la possibilité de refuser la-dite offre ou tout du moins s'était mon ressentit. James se leva alors rapidement et sortit un papier de la poche intérieure de son costume avant de me le tendre, dessus était inscrit une adresse qui m'était totalement inconnue. Il m'intima ensuite l'ordre de le rejoindre à cette adresse dès le lendemain matin, lorsque je serais suffisamment reposée pour accepter mon premier travail, ensuite, il s'avança vers la porte avant de l'ouvrir d'un geste sec. Il serait sortit si je ne l'avais pas interpellé.

- Euh, je suis censée rester ici ? Je dois faire quoi ?
- Exactement, bienvenue chez vous Ivana. Quant à votre dernière question, vous trouverez bien la réponse vous-même. Je n'ai aucun doute là-dessus.

Il conclut sa phrase d'un rapide sourire avant de s'avancer dans l’entrebâillement de la porte. Je ne sus quoi répondre tandis que mon nouvel employeur disparaissait en fermant la porte derrière lui, me laissant seul dans cet appartement qui me semblait tout à coup, immense. Ainsi, plusieurs secondes passèrent, tandis que je me tenais immobile, réanalysant patiemment toute la discutions que je venais d'avoir avec cet Ullerup. Je ne savais pas vraiment quoi penser, du jour au lendemain, littéralement, je me retrouvais d'une situation précaire à celle d'une jeune femme disposant d'un logement dans l'un des quartiers les plus huppés de Samarie. Je ne savais comment expliquer ce retournement de situation, je n'étais pas croyante mais si cela avait été le cas, j'aurais bien remercié le seigneur. Je m'avançais alors vers les immenses fenêtres délimitant une partie de mon nouveau logement et, par delà le verre, on pouvait apercevoir une ville grouillant d'activité. Tout d'un coup, Samarie cessa, à mes yeux, d'être une ville hostile et malfamé pour devenir une ville pleine d'opportunités. J'ouvris alors la porte-fenêtre située devant moi et je sentis le vent s'engouffrer par cette nouvelle ouverture. Je m'en étais enfin sortie.

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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Lun 17 Déc - 15:10

CHAPITRE TROISIEME


06 juillet 2524, 1820 heures (calendrier militaire).
New Jerusalem, spatiodock orbital de Samarie.


Je marchais à nouveau en ces lieux dans lesquels j'avais passé les deux dernières années de ma vie, enfin, plus ou moins. Ces couloirs austères rappelèrent à moi des réminiscences d'une vie dédiée au travail dans une vaine tentative d'oublier les malheureux souvenirs de mon passé dont faisaient partis, entre autre chose, les tristes événements ayant eut lieu à bord du Sailling Stellar, le vaisseau cargo dans lequel j'avais passé mon enfance. La porte menant à la conduite de l'ascenseur orbital se trouvait juste derrière moi et, tandis que je vérifiais instinctivement que mon arme était toujours attachée à ma ceinture, un jeune homme en sortit. Il s'agissait d'un jeune homme, typé asiatique, la même personne qui m'avait enlevé quelques jours auparavant. Paradoxalement, c'était aussi la première personne de cette ''organisation'' que je venais de rejoindre que j'appréciais le plus et c'était pour cette raison que j'avais demandée à ce qu'il m'accompagne. Depuis lors j'avais eu le temps d'apprendre quelque peu à le connaître, il s’appelait Marnid Sajjiad et avait grandit dans les colonies extérieures, sur Emerald Cove si j'avais bonne mémoire, avant de venir sur New Jerusalem afin d'y trouver un emploi plus stable que ceux qu'il avait eut sur sa planète natale. En un sens, il avait trouvé ce qu'il cherchait, même si je ne pense pas que ce fils de pêcheur avait pensé à devenir un membre actif du crime organisé local en arrivant sur ce monde.

D'un commun accord, nous décidâmes d'avancer dans l'étroit et austère couloir après avoir bien vérifier que nos armes étaient chargées et prêtes à l'emploi. Il peut paraître étrange que deux criminels puissent monter en arme dans une station aussi importante mais lorsqu'on savait que j'avais tout fait pour déjouer les contrôles de sécurité et que notre employeur s'était arrangé pour que ou trois agents de sécurité ferment les yeux sur quelques anomalies, cela n'avait plus rien d'étrange. De plus, l'accès à cet étage était un peu moins surveillé, il s'agissait juste de hangars sans grande importance et aucun lieu ou objectif d'importance s'y trouvait. Il était donc beaucoup plus facile d'y faire entrer ou sortir des choses discrètement

Après quelques minutes de marche lente et silencieuse, au détour d'un couloir, nous arrivâmes à un poste de sécurité grossièrement équipé. En effet, ce dernier devait être plutôt récent, sûrement installé suite à l'attentat dont j'avais été injustement accusée. et l'équipement de contrôle laissait à désirer. Il n'y avait qu'un simple scanner et un unique garde, autant dire que la sécurité serait facile à déjouer. L'homme, visiblement lassé par sa journée de travail ennuyeuse, répétitive et lassante, se contenta de palper rapidement nos vêtements et de passer notre unique sac au scanner. Pendant qu'il me fouillait sans grande attention, mes pensées se perdirent en réflexions sur les récents événements. Mon nouveau patron n'avait pas cessé de me faire servir ses intérêts depuis que nous avions conclu ce marché mais, jusqu'à présent, je n'avais eu aucune information sur les responsables de mon accusation mensongère. Les paroles d'Ullerup, cinq jours auparavant m'avaient laissé entendre qu'il avait déjà ces informations mais ce n'était nullement le cas, il venait à peine de commencer sa petite enquête privée. Enfin, il avait déjà eu quelques indices, visiblement mon père pourrait avoir quelques informations sur les individus responsables de cet acte aussi lâche qu'abject. Malheureusement, dans sa prison de haute-sécurité, seuls les proches pouvaient lui rendre visite et cela ne m'enchantait guère de le faire. Mon nouvel employeur s'était toutefois arrangé pour organiser une rencontre sans oreilles indiscrètes mais, en échange, je devais accomplir un petit travail pour lui. Je devais sortir une petite cargaison, dont le contenu m'était totalement inconnu, de ce spatiodock, et, cela sans éveiller les soupçons.

Soudainement les mains de l'agent cessèrent d'effleurer mes hanches et ce dernier, sortit de sa torpeur machinale, se mit à reculer lentement, sa main gauche sur son holster. Son visage exprimait maintenant une tension nouvelle, il y avait visiblement eut un accroc mais je ne savais pas lequel. L'agent de sécurité, voyant que nous ne réagissions pas, sortit son arme de service et d'un geste rapide avec le canon de son arme, il désigna mon flanc gauche. La vérité me frappa comme un jet de pierre en pleine figure, mon arme de poing, j'avais oublié de dissimuler sa crosse et c'est cela que le garde avait dû sentir. Je pestai silencieusement contre en moi-même en plongeant ma main de la poche gauche de mon pantalon. J'en sortis un lecteur magnétique de bordereaux d'expédition, un outil plutôt classique pour quelqu'un qui venait chercher une cargaison quelconque. Je le tendis devant l'agent de sécurité qui sembla se calmer, puis, quelques secondes plus tard, ce dernier rangea son arme en baragouinant des excuses pour son zèle. D'un signe de la main je lui fis signe que ce n'était rien et que je comprenais parfaitement sa réaction, de son coté Marnid n'avait toujours pas bougé d'un seul centimètre, la réaction du garde l'ayant comme paralysé. Un sourire moqueur aux lèvres je lui tapotai l'épaule pour lui signifier que tout allait bien. Il salua le garde d'un air gêné avant de me suivre dans les couloirs situés au-delà du poste de sécurité. C'est une fois qu'on se fut suffisamment éloigné de celui-ci que Marnid m'interpella, son visage pourpre reflétant sa colère. J'eus ainsi droit à de sévères remontrances pour mon inattention, le jeune criminel n'ayant apparemment pas apprécié le fait d'avoir été à deux doigts de voir sa couverture sauter aussi bêtement et mes maigres excuses n'y changèrent rien.

Il nous fallut encore de nombreuses minutes d'errance dans ces couloirs d'un gris ternes et tous sensiblement identique. De plus le manque d'affichage ne rendait pas facile l'orientation en ce lieu et Marnid semblait totalement perdu, ne sachant véritablement où je l'emmenais. Nous finîmes cependant par arriver devant l'entrée du hangar de stockage où nous devions nous rendre après les maintes et maintes remarques et plaintes du jeune criminel à propos de l'impossibilité de s'orienter en ce lieu. Apparemment il n'avait jamais participé à ce genre d'opération, ce qui en soit était étrange puisque, à ce que je savais, il s'agissait de celles générant le plus de revenus pour notre employeur commun. La porte translucide du hangar nous laissait entrevoir l'intérieur de ce dernier et me renvoyait par la même mon reflet. J'eus d'ailleurs du mal à me reconnaître avec mes cheveux teints en blond et mes yeux ayant à présent une teinte brune différent énormément de la couleur naturelle de ces derniers. Enfin, si j'avais du mal à me reconnaître moi-même c'était plutôt bon signe car c'était spécifiquement le but recherché. Il faut dire que vu la médiatisation dont avait bénéficié mon procès, j'aurais eu vraiment du mal à passer inaperçue, d'autant plus que j'avais dû devenir persona non grata à bord de cette station.

Afin de déverrouiller la-dite porte, je m’emparais du carte magnétique que l'on m'avait confié avant d'emprunter l'ascenseur orbital. Pendant ce temps, Marnid surveillait les alentours, la main à l'intérieur de sa veste, main qui devait sûrement serrer la poignée de son propre pistolet. La porte s'ouvrit lentement et les lumières du hangar s'allumèrent presque aussitôt éclairant une immense salle, haute de plafond et remplit de caisses et de cargaisons de toute sorte. Cependant, et contrairement à Marnid, je ne vis pas les différentes caméras de sécurité ornant les différents murs de ce hangar. Ce dernier me retins par l'épaule alors que je commençais à entrer dans le hangar, normalement.

- Ivana les caméras, il m'en montra quelques une du doigt tandis que je lui renvoyais un regard gêné, bon continue, cherche la cargaison, je m'occupe de les désactiver.


Il lâcha un soupir de désespoir en s'éloignant, discrètement dans un coin du hangar tandis que moi je continuais droit devant moi. J'avais comme un drôle de pressentiment, je ne me sentais pas du tout rassurée comme si ces fameuses caméras me menaçait directement. Toutefois cela ne m'empêcha pas de m'approcher d'une des caisses et de scanner son bordereau d'expédition à l'aide du scanner que je sortis de ma poche gauche. Cependant je ne pus empêcher mon bras de trembler en réalisant cette tâche, le fait de pouvoir est démasquée à tout moment me faisait froid dans le dos. Autant la confrontation avec l'agent de sécurité s'était passée relativement rapidement, sans me laisser le temps de réfléchir aux conséquences mais, ici, le temps semblait découler plus lentement. Ainsi, mon scanner mit de longues minutes à analyser le bordereau magnétique, j'eus même l'impression de passer plusieurs heures, ici, accroupie devant cette caisse métallique. Soudainement, le scanner émit une petite alarme qui me fit sursauter, ce n'était pas la bonne caisse, plus qu'à réessayer autre part.

Je dû encore analyser trois autres caisses et autres conteneurs avant que Marnid ne me rejoigne en m'annonçant avoir désactivé les caméras de surveillance du hangar. Il m'expliqua rapidement la manœuvre tout en m'aidant dans ma recherche de la cargaison que l'on devait extraire de ce lieu. Apparemment, si j'avais bien compris ce qu'il m'expliquait, il avait remplacé les signaux actuellement envoyés par les caméras par d'autres que son ordinateur, maintenant connecté au câblage de la station, générait de lui-même. Cependant, les agents de sécurité risquaient, à un moment où un autre, de se rendre compte de la supercherie. Enfin si ce n'était déjà fait. Marnid cessa tout d'un coup de parler et, afin de voir ce qui n'allait pas, je stoppai l'analyse que j'étais en train d'effectuer. Le jeune criminel me vit signe de main rapide pour me faire comprendre de le rejoindre, un peu plus loin dans le hangar pour me parler en chuchotant, comme si il craignait que quelqu'un nous entende.

- Ivana, tu vas peut être trouver cela crétin, mais il y a pas moyen de fermer cette satanée porte, je m'en sens pas vraiment en sûreté ainsi.


Je me retins de lancer une petite pique à son encontre, après tout j'avais eu exactement la mauvaise impression avec les caméras de sécurité. En revanche je n'avais pas du tout fait attention à cette porte, ouverte, qui donnait sur le couloir que nous avions emprunté quelques minutes auparavant. Il était vrai qu'un agent de sécurité pouvait y passer à tout moment et nous surprendre faisant, par extension, sauter nos couvertures respectives. Enfin, il fallait dire que je n'avais jamais circulé dans ces couloirs dans le but d'accomplir une quelconque action illégale, c'était la première fois que je faisais cela. Je n'avais donc jamais spécifiquement remarqué la présence des caméras ou eut peur d'être attrapée en ces lieux.

- Non, désolée, c'est une procédure de sécurité, on ne peut pas fermer la porte sans retirer le pass magnétique et je ne connais aucun moyen de l'ouvrir de l'intérieur sans alerter un agent de sécurité.


Marnid lâcha un soupir de désespoir avant de se remettre au travail, à la recherche de notre cargaison. Quant à moi, je repartais analyser la caisse métallique que j'avais laissée derrière moi. Je restai pensive tandis que le scanner magnétique analysait le bordereau d'expédition. Je commençais à ressentir un sentiment de mal-être de plus en plus fort à force de rester ici à la recherche d'une cargaison de drogue, d'armes volées ou de je ne sais quoi d'autre. Cependant j'avais promis à ce mafieux de l'aider, de plus, je devais absolument faire cela si je voulais mettre la main sur ceux qui m'avaient fait accuser à tord de leur attentat et leur faire payer cela. La scanner se mit soudainement à émettre un petit bruit, différent du précédent, c'était la cargaison que nous cherchions depuis environ une dizaine de minutes.

Je fus soulagée de l'avoir enfin trouvée, notre tâche arrivait bientôt à son terme et ce n'était vraiment pas plus mal. En fait, ce fut à cause de soulagement que j'appelai Marnid un peu plus bruyamment que je ne l'aurais voulu. Ce dernier sursauta en entendant ma voix puis approcha, visiblement énervé, en me faisant bien comprendre que j'aurais sans doute dû me taire ou tout du moins parler beaucoup moins fort. Je commençai à bredouiller quelques maigres excuses mais le jeune originaire d'Emerald Cove me stoppa et commença à ouvrir la caisse métallique. En même temps, je n'avais absolument pas l'habitude de ce genre d'opération, à l'inverse de Marnid apparemment. Le souvenir de ce dernier se perdant dans les couloirs me revint alors à l'esprit. Il semblait pourtant habitué à ce genre d'opérations de contrebande mais pourtant il était incapable de se repérer dans une station spatiale. Je me demandais bien quel genre de travail il pouvait bien effectuer pour ''l'organisation'' d'Ullerup. Enfin, excepté les enlèvements bien entendu.

Une main se posa soudainement sur mon épaule, me faisant littéralement sursauter de peur. Je reconnus alors la tête de Marnid qui semblait véritablement surpris par ma réaction. Il fallait avouer que j'étais sur les nerfs depuis que j'avais pénétré ce hangar et, perdue dans mes pensées, j'en avais totalement oublié que l'on devait extraire la cargaison au plus vite. Ce fut donc sans même prêté attention aux excuses de mon coéquipier que je me mis au travail aussi rapidement que possible. En voyant que notre cargaison prenait la forme de sachets plastifiés blanc et opaques, je n'eus rapidement plus aucun doute sur la nature de cette dernière. Quoi qu'il en était, il fallait se dépêcher de tout mettre dans le sac marin que nous avions apporté avec nous et, voyant que je me débrouillais plutôt bien sans aide, Marnid me laissa faire, préférant surveiller les alentours pour que personne ne puisse nous surprendre. J'avais presque vidé le double fond de la caisse métallique lorsque Marnid me tira en arrière, je voulus protester mais sa main se cala sur ma bouche, rendant mes paroles totalement inaudibles. Cette position, plus qu’inconfortable, me rappela des souvenirs plutôt douloureux de mon emploi précédent. Enfin, si on pouvait parler d'emploi. Le jeune criminel finit par relâcher sa prise en sentant ma respiration haletante et paniquée et, tandis qu'il tentait de me calmer, je pu discerner une voix provenant du couloir, une voix se faisant de plus en plus forte.

- [...] petit, viens on va retrouver, la voix se stoppa soudainement pour reprendre quelques secondes plus tard, il y a quelqu'un ?!

L'inconnu avait sans doute remarqué la porte ouverte et la lumière de ce hangar qui devait lui sembler totalement vide et donc fortement suspect. J'entendis alors Marnid jurer tandis que des bruits de pas commençaient à se faire entendre et semblaient se rapprocher de plus en plus. Le juron du jeune homme fut rapidement suivit du bruit que faisait la culasse d'une arme lorsqu'on l'armait. En fait je ne reconnus pas tout de suite ce bruit pourtant si particulier et lorsque je compris, le jeune criminel s'était déjà levé et avançait loin de notre cachette précaire.

- Désolé monsieur, je suis à la recherche d'une cargaison particulière peut être pourriez vous m'aider ?


Il s'en suivit une rapide discutions mais, apparemment, la tentative de diversion du criminel ne parut par marcher puisque le ton de l'inconnu semblait de plus en plus suspicieux. Il avait sûrement dû voir le sac marin et les paquets de plastiques posés à coté de la caisse que nous vidions quelques secondes auparavant. Instinctivement, je sortis mon arme et me préparais à faire feu. Il devait s'agir d'un officier de sécurité passant par là lors d'une de ses rondes. Je n'allais cependant pas le laisser se mettre en travers de ma vengeance et je crus sentir que Marnid avait du mal à gérer la situation avec ce dernier. Je sortis donc de ma cachette en exécutant une rapide roulade sur la gauche puis je levai mon arme dans la direction approximative de l'agent de sécurité. Toutefois, je ne m'étais jamais servie d'une arme pour tuer jusque là et juste avant de presser la détente, je fermai les yeux. Je sentis le recul de l'arme et, avant que je puisse rouvrir les yeux, j'entendis un second coup de feu. Justement, mes yeux, je ne voulais pas réellement les rouvrir, j'avais comme un très mauvais pressentiment à ce sujet mais j'y fus forcé par une sorte de fascination macabre, je voulais savoir ce que j'avais bien pu faire.

La première chose que je vis, ce fut le cadavre de l'agent de sécurité, du sang dégoulinant de son front où je pouvais apercevoir un trous qui faisait presque propre. J'eus au moins la satisfaction de savoir qu'il n'avait pas véritablement souffert. Malgré la fascination étrange que je ressentais pour ce cadavre, ma première victime, je me forçai à tourner les yeux vers Marnid. Ce dernier était totalement immobile et tenait son arme à deux mains, le canon pointant droit devant lui. Pendant un instant je me demandai pourquoi il tenait son arme ainsi et surtout pourquoi il l'avait sortie puisque j'avais abattu l'agent de sécurité. Il devait sûrement s'agir d'un réflexe, mon tir l'ayant surpris il avait dégainé son arme par automatisme. Cependant, à partir de ce moment là, je devais savoir que quelque chose clochait mais je ne sus jamais si je m'en étais déjà rendu compte et que je ne voulais pas me l'avouer ou si, tout simplement, je l'ignorais encore. Toutefois, la réalité ne tarda pas à me rappeler à elle.

En effet j'entendis alors des toussotements sourds, il y avait quelqu'un d'autre dans ce hangar. Je ne sais pas pourquoi je tournai la tête dans la direction de ces bruits sourds, je n'aurais jamais dû le faire. Je vis alors ce que j'avais réellement fait car un peu derrière le corps de l'agent de sécurité en gisait un autre, un corps beaucoup plus petit, beaucoup plus frêle et agité de violentes convulsions. Marnid regardait précisément dans cette direction. Je restai ainsi immobile pendant quelques secondes, secondes qui me parurent des heures, c'était comme si le temps s'était arrêté devant ce macabre spectacle. Je finis toutefois par avancer vers ce frêle petit corps toujours agité de spasmes, qui étaient par ailleurs de plus en plus violents. Il s'agissait d'un gamin, un pauvre gamin qui ne devait pas avoir plus de douze ans et qui s'était retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. La balle, ma balle, avait pénétré son thorax au niveau des poumons, perçant un trou béant baignant dans le sang qui ne cessait de sortir de cette blessure. A chaque que le jeune enfant essayait de respirer, du sang sortait de sa blessure et des spasmes secouaient son frêle petit corps. Il finit tout de même par se rendre compte de ma présence et tenta alors de me dire quelque chose mais ses paroles furent avalées par ses spasmes et du sang gicla de sa blessure. J'étais là, à ses cotés, incapable de faire quoi que ce soit et pétrifiée de peur et de honte.

- IVANA QU'EST-CE QUE TU AS FOUTU !


Marnid était sortit de sa léthargie et bouillonnait littéralement de rage. Je ne l'avais pas entendu s'approcher et je fus tout aussi incapable de lui répondre. J'étais totalement immobile, figée devant cette sinistre scène.

- Je maîtrisais parfaitement la situation ! Pourquoi tu as tiré sur ce gamin ?! Pourquoi ?!

Je ne pouvais lui répondre, ou, plutôt, je ne voulais pas. Je n'arrivais pas à lui dire que la peur m'avait fait agir inconsidérément et qu'elle m'avait fait fermer les yeux avant de presser la détente de mon arme de poing. Je n'arrivais même pas à me l'avouer. Qu'est-ce que ce gamin faisait ici, à cet étage ? On ne gérait pourtant aucun passager ici, cela se faisait dans les étages supérieurs. Les yeux de l'enfant continuaient de nous fixer avec un air d'incompréhension totale. Je me rappelai soudainement mon rêve à l'hôpital, où je revoyais mon père adoptif en train de m'annoncer la mort de mon père. J'avais alors exactement le même regard. En écho à ces pensées et à ces souvenirs des larmes commencèrent à couler sur mes joues tandis que, reprenant mes esprits, je me retournais enfin vers Marnid. Ce dernier, d'abord bouillonnant de rage, parut se calmer en voyant mon visage et les larmes qui coulaient de mes yeux. Il se rapprocha de moi et posa sa main sur mon épaule tout en m'écartant du corps de l'enfant toujours agité de violents spasmes.

Le jeune criminel tenta alors de me calmer et, à bout de patience en voyant que cela ne produisait aucun effet sur moi, il finit par opter pour une autre méthode. La-dite méthode était, je devais bien l'avouer, bien plus directe puisque Marnid me secoua plus ou moins violemment jusqu'au moment où je me mis à réagir à ses paroles. Ces dernières me réconfortèrent quelque peu et il avait raison en disant que je devais m'arrêter de m’apitoyer sur le sort de ce gamin. Il allait mourir de toute façon, il devait mourir pour que je puisse accomplir ma tâche. Je pouvais au moins me dire qu'il allait perdre pour une cause juste, pour que je puisse punir les véritables coupables de l'attentat qui avait été commis quelques mois auparavant, sur cette même station. De plus, si je voulais accomplir ma vengeance, il ne fallait pas que je m'apitoie sir le sort de quelques victimes collatérales, les enjeux étaient bien trop importants.

Une fois que j'eus reprit tous mes esprits, Marnid m'ordonna de finir de m'emparer de la cargaison pendant que, lui, allait s'occuper du cadavre de l'agent de sécurité et du jeune adolescent mortellement blessé. Je ne pris même pas le temps de lui demander ce qu'il comptait faire, le temps nous était compté et j'en avais déjà assez perdu dans cette stupide sensiblerie. Je mis quelques minutes à ranger tous les paquets plastifiés dans le sac marin pendant que Marnid déplaçait le cadavre de l'agent de sécurité. Pendant ce temps je tentai tant bien que mal d'oublier les récents événements mais les toussotements incessants de l'enfant blessé ne m'y aidait pas. Cependant, le jeune criminel qui m'accompagnait ne tarda pas à m'y aider en pointant son arme sur l'adolescent avant d'abréger ses souffrances d'un simple tir dans le crâne. Le jeune homme se tourna ensuite vers moi en rangeant son arme sous sa veste.

- Tu ne saurais pas où on peut trouver un sas ?


En guise de réponse, je lui montrai approximativement, une zone au fond du hangar où devait se trouver un sas d'arrimage. Il y traîna alors le cadavre de l'adolescent, laissant une longue trace pourpre derrière lui. Je mis du temps à comprendre ce que voulait faire mon coéquipier, mes stupides sentiments de culpabilité remontant à la surface bien malgré moi. Afin de me concentrer sur autre chose j'aidai Marnid à traîner le second cadavre en direction du sas. Une fois les deux corps dans ce dernier, le jeune criminel verrouilla la porte et commença la dépressurisation et l'instant d'après, les deux cadavres s'envolèrent dans le vide de l'espace. Je vis alors le regard vide de l'adolescent me fixer pendant un long moment tandis que son corps était attiré par la force de gravité de New Jerusalem. Je ne pu me détacher de ce regard que lorsque Marnid me tira en arrière pour me forcer à reprendre mes esprits. Cependant, malgré toute ma volonté, je n'arrivais pas à chasser ce sentiment de culpabilité, je m'étais peut être trompée, peut être aurais-je due passer à autre chose au lieu de chercher à me venger.

Je n'eus pas le temps de répondre à cette question, Marnid m'ordonnant de m'emparer du sac et de filer d'ici, ce que je fis sans discuter. Ainsi le jeune homme d'Emerald Cove attendit que je refermai la caisse métallique pour ensuite m'emparer du sac et sortir du hangar pour débrancher son ordinateur et sortir à son tour, aussi discrètement que possible. Une fois qu'il eut pénétré en ces couloirs gris métallisés et ternes, il arracha le pass magnétique et regarda les lumières s'éteindre et la porte se fermer, lentement. Pendant je surveillais le couloir, ne voulant pas qu'un quelconque agent de sécurité ne puisse venir, à nouveau, nous surprendre. Mon coéquipier resta ainsi pendant quelques secondes, sans dire un mot avant de me faire signe de le guider au sein de ce dédale de couloir. Nous marchâmes longtemps, non pas car je n'arrivais pas à me repérer, mais parce que mes pensées étaient focalisées sur autre chose que cette opération ou la volonté de quitter cette station. Je pensais sans arrêts à ce gamin, blessé accidentellement, je revoyais son regard vide lorsque son corps plongé dans le noir de l'espace s'éloignait de la station, attiré par la gravité de la planète au-dessous de nous.

Il nous donc fallut un peu plus de temps pour rejoindre le précaire poste de contrôle qu'à l'aller. Cependant, nous finîmes par y arriver et je fus surprise d'entendre la voix de l'agent de sécurité, je ne m'étais même pas rendu compte que nous y étions déjà arrivé. L'agent se contenta de nous palper rapidement, avec encore moins de précautions que la dernière fois. Je devinais à son air encore plus fatigué qu'à notre première rencontre, que la fin de son service devait être proche, ce qui jouait en notre faveur. Toutefois, je savais que les contrôles à la sortie de l'ascenseur orbital seraient bien plus stricts. Cependant nous avions encore un atout dans notre manche et il n'était, de toute façon, pas question de se faire coincés alors que nous approchions de la fin de cette opération. Malheureusement, je ne trouvais aucun soulagement à faire cette constations pourtant réconfortante, je ne faisais que revoir la tête de ce gamin que je venais de tuer. Enfin, je ne l'avais pas réellement tué, techniquement je n'avais fait que le blesser et Marnid l'avait achevé. Je me disais que cette action était un acte de bonté, sa blessure l'aurait fait souffrir abominablement pendant des heures avant de le tuer et l'achever n'était que faire preuve de miséricorde. Ces pensées ne me convainquait toutefois pas totalement, je ne cessais de me sentir coupable pour cet acte même si je pensais savoir au fond de moi qu'il était justifié.

Le garde ne mit que quelques secondes à nous fouiller Marnid et moi et, cette fois, il ne trouva rien de suspect étant donné que j'avais bien pris garde de camoufler mon arme aussi bien que je le pouvais. Il nous expliqua ensuite brièvement la démarche à suivre, à savoir prendre l'ascenseur orbital et rendre le pass magnétique au poste de contrôle situé à la sortie de ce dernier, après que nous ayons fait croire que nous n'avions pas trouvé la cargaison que nous recherchions. Je trouvais d'ailleurs que cette stratégie était plutôt bien pensée, l'assurance venant rembourser une partie de la cargaison perdue tandis que la marchandise illégale extraite couvrait déjà largement les pertes occasionnées. L'officier de sécurité finit par nous laisser partir vers l'ascenseur orbital situé un peu plus loin. Il ne nous restait plus beaucoup de chemin à parcourir avant de quitter la station et Marnid sembla s'en apercevoir puisqu'il prit la tête et accéléra le pas.

Il arriva donc dans l'énorme ascenseur bien avant moi et m'attendit avec un air d'impatience non cachée. J'étais toutefois tellement préoccupée que je ne pris même pas le temps de m'excuser de mon pas lent, presque récalcitrant, une chose que le jeune criminel remarqua bien vite moi qui était si prompte à toujours vouloir bien faire. Cependant, il ne dit rien, il se contenta de passer son pass magnétique sur le lecteur du wagonnet, ce qui eut pour effet d'en fermer les portes et de démarrer la longue descente vers la surface. J'étais toujours aussi pensive lorsque le wagonnet démarra la-dite descente, ce qui m'aurait valu une belle chute si Marnid n'avait pas eut le bon réflexe de me rattraper. Une telle étourderie ne me ressemblait pas et c'est avec un air gêné que je m'emparai d'une des poignées tombant du plafond afin de ne pas réitérer cette erreur grossière. Le wagonnet continua ensuite sa descente et mon coéquipier ne me lâcha pas une seule fois du regard pendant le reste de la traversée. Cependant, bien qu'il resta silencieux pendant quelques instants, il finit par me parler tandis que je baissais la tête devant son regard que je percevais comme accusateur.

- Ivana, écoutes moi bien. Cesse un peu de te faire du mouron, tu as fait ce qu'il fallait dans ce hangar, sans toi je ne serais peut être plus là pour te parler.


Je relevai doucement la tête suite aux paroles du jeune homme mais je ne pris pas la peine de lui répondre. Il avait clairement affirmé le contraire dans le hangar et ce n'était pas ses remords de dernière minutes qui allait me rassurer.

- Il faut te dire que ce gosse est mort pour une cause juste. Il marqua une pause comme si il attendait ma réponse mais voyant qu'elle ne venait pas, il reprit la parole, je sais pourquoi tu nous aides, tu veux punir les terroristes qui t'ont piégée. C'est un noble objectif mais si tu te laisses avoir par des sensibleries ou d'autres saloperies du genre tu n'y arriveras jamais, crois en mon expérience.

Je n'avais qu'une envie c'était de croire les paroles de Marnid mais quelque chose m'en empêchais. Je ne savais rien de sa propre expérience qui au vue de certains événements ne semblait pas si développée que cela dans certains domaines. C'était peut être cela qui m'empêchait de croire à ses paroles. Quoi qu'il en fut, cette fois ci, je décidai de lui répondre mais uniquement d'un simple signe de tête pour lui faire entendre que j'avais bien compris ce qu'il me disait. Je n'avais plus réellement la force de parler à ce sujet. Le reste de la descente se passa donc dans le calme le plus total, on entendait uniquement un légers bruits venant des aimants du wagonnets qui lui permettaient de glisser au-dessus du rail magnétique guidant la-dite descente. Les minutes qui suivirent se passèrent ainsi, sans le moindre changement. Ensuite, il me sembla que le wagonnet commençait à décélérer et Marnid dû en venir à la même conclusion puisque il exigea que je lui rende le sac marin que je portais depuis que nous étions sortis du hangar. Je le lui rendis sans protester, le poids du-dit sac commençant à se faire sentir.

Le wagonnet s'arrêta enfin et je lâchai la poignée que je serrais fermement depuis le début de la descente tandis que les portes commençaient à s'ouvrir. Il y avait trois ou quatre personnes qui attendaient à l'extérieur et ces dernières s'engagèrent une fois que Marnid et moi furent sortit du petit wagonnet Les portes se fermèrent quasiment immédiatement après et je me retournais pour voir le wagonnet gravir à nouveau l'énorme structure circulaire qu'était cet ascenseur orbital. Pendant ce temps, Marnid continua d'avancer droit devant lui, vers les dizaines de postes de contrôles de cette spatiogare grouillant d'activité. Nous nous trouvions en fait au centre d'une énorme salle circulaire, à proximité des portes menant au différents wagonnets montant et descendant sans interruption le long de leurs rails magnétiques. De plus, tout autours de nous, s'étendaient les postes de contrôles marquant la frontière entre la zone d'attente et d’accueil et celle d'embarquement pour le spatiodock situé en orbite. L'essentiel de la surface était couvertes de vitres transparentes nous laissant apercevoir l'extérieur, les appareils volants se préparant à décoller pour les autres villes de la colonies, l'immense parking extérieur et les lumières provenant de la ville de Samarie tout proche. Les rares murs de ce bâtiments étaient d'un blanc immaculé qui me rappelait étrangement celui ornant les murs du centre de soin où je me trouvais quelques semaines auparavant.

Je ne me lassais jamais de ce spectacle et j'aurais pu rester ainsi pendant encore plusieurs heures mais, malheureusement, Marnid m'attendait un peu plus loin et ce dernier semblait vraiment impatient de quitter ce lieu aussi vite que possible. Au moins, ce spectacle eut l'effet de me faire oublier les événements ayant eut lieu de ce satané hangar. Malheureusement cela ne fut que temporaire et je perdis bien vite le sourire que j'avais en rejoignant mon coéquipier. Ce dernier semblait d'ailleurs chercher quelque chose, il arpentait les postes de contrôles en épiant les agents qui y étaient postés. Au bout de quelques secondes de cet étrange manège, il finit par se décider alors que la sécurité commençait de plus en plus à s'intéresser à nous. Je vis alors Marnid attacher une liasse de crédits sur la poignée du sac avant de le tendre à l'agent de sécurité responsable du poste de contrôle. Ce dernier nous renvoya un sourire avant de s'emparer des billets et de nous rendre le sac en nous souhaitant bon voyage. Il me fallut un certain temps afin de me rendre compte qu'il s'agissait du même agent de sécurité qu'à l'aller, celui qu'on avait déjà soudoyé pour nous laisser entrer armés. Une fois bien avancés dans le hall d’accueil, Marnid lâcha un soupir de soulagement et me tendit le sac.

- Tient Ivana, garde le pour la nuit et rapporte le demain à Ullerup. Moi, ce soir, j'ai d'autres tâches à remplir.

Il termina sa phrase avec un sourire presque radieux – comme s'il était heureux d'accomplir ces fameuses autres taches – et me souhaita bonne chance avant de s'éloigner rapidement. Je me retrouvais donc seule, dans ce grand hall d’accueil avec un sac marin trop lourd et sûrement remplit de drogue. Il n'y avait donc, évidemment, aucune raison de paniquer. Il me fallut plusieurs dizaine de minutes pour atteindre le parking et mon véhicule, véhicule qui m'avait été gracieusement offert par mon nouvel employeur. En fait je n'y serais pas arrivée si un homme qui devait avoir dans la quarantaine ne m'avait pas aidée avec ce sac car, avant de le croiser, j'étais forcée de me reposer à chaque fois surtout à cause du poids du sac mais aussi car un léger sentiment de panique m'envahissait, ainsi entourée d'autant de monde. Au premier abord je m'étais méfiée de cet inconnu lorsqu'il m'avait adressé la parole, au point d'être prête à dégainer mon arme et à l'éliminer au moindre signe suspect. Toutefois, avec le recul, je me rendis compte que cela n'aurait pas été la meilleur chose à faire, tirer dans le hall d'une spatiogare emplit de monde. Cependant, l'homme me porta mon sac jusqu'à mon véhicule sans faire le moindre geste menaçant, se contentant de discuter de tout et de rien durant tout le voyage. Je pouvais d'ailleurs pas m'empêcher de me dire que son visage me rappelait quelque chose, il me semblait presque familier mais je n'arrivais pas à mettre un nom de dessus.

On finit par arriver devant ma voiture et, après que je l'eus déverrouillée, l'homme glissa le sac dans mon coffre. Je le remerciai rapidement en lui demandant si je pouvais faire quelque chose pour lui en échange mais il refusa poliment l'offre, se contentant de me souhaiter une bonne route avant de s'éloigner. Toutefois le sentiment que j'avais, celui de déjà connaître cet homme ne me quitta pas pour autant. Je décidai d'en faire abstraction tandis que je m'asseyais sur le siège conducteur de mon véhicule. Cependant, par prudence, je me permis de jeter un rapide coup d’œil dans le rétroviseur et je crus voir l'homme porter sa main à son oreille. Pendant un instant, il me sembla avoir à faire à une hallucination, je fermai alors les yeux avant de secouer la tête et lorsque je regardai à nouveau dans mon rétroviseur, l'homme avait disparu. Je m'en voulu un peu de faire preuve d'autant de méfiance envers un homme qui, visiblement, n'avait voulu que m'aider et je démarrai le moteur à hydrogène de ma petite voiture citadine. Cependant, avant de commencer à reculer, je sortis une boite de pilule de la boite à gant pour en avaler une. Il s'agissait de mon traitement, celui qui me permettait de pouvoir me déplacer sous une gravité normale sans fauteuil roulant. Une fois la boite remise là où je l'avais trouvée, je commençai la manœuvre et sortit rapidement de ce parking, laissant derrière moi les événements des dernières heures.

Malgré tout certains d'entre eux ne cessaient de me harceler et ce fut le bouquet à quelques kilomètres de l'astrogare. Tandis que je m'engageais prudemment dans un carrefour, un homme traversa précipitamment devant moi et alors que je freinais brutalement celui-ci me renvoya un regard apeuré qui m'était familier et soudainement je vis le visage de cet enfant que j'avais tué se superposer au visage de cet homme. Je me stoppai net sans vouloir redémarrer malgré les sévères coups de klaxon qui retentissaient derrière moi. Des larmes commencèrent alors à couler sur mes joues tandis que tout ce qui s'était passé dans ce hangar défilait à nouveau devant mes yeux et que les automobilistes situés derrière moi commençaient à s'échauffer.
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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Lun 28 Jan - 8:14

CHAPITRE QUATRIEME


11 juillet 2524, 2143 heures (calendrier militaire).
New Jerusalem, ville de Samarie, boite de nuit ''The Legacy''



Je me trouvais ici, rivée sur ce tabouret de bar depuis presque une heure maintenant, attendant que mon employeur, le propriétaire de ce lieu, veuille bien me recevoir dans le carré VIP qui lui était donc naturellement réservé. Les stroboscopes ne cessaient de m'agresser les yeux tandis que la foule croissante me rendait de plus en plus mal à l'aise. Heureusement pour moi, le verre d'alcool situé devant moi, le deuxième de la soirée – ou le troisième je ne savais plus vraiment –, me permettait de diminuer ce sentiment de mal-être. J'en pris d'ailleurs une nouvelle gorgée avant de me tourner vers Marnid qui attendait avec moi que notre employeur veuille bien me recevoir. Ce dernier observait patiemment la foule en sirotant le même verre depuis notre arrivée ici. Personnellement je haïssais ce genre d'endroit, il y avait bien trop de monde pour que je m'y sente réellement à l'aise. En écho à ces pensées, je reportais mon verre à ma bouche pour, à mon grand dam, constater que ce dernier était vide. Je fis alors signe au barman de me resservir la même chose – une vodka en provenance directe de Capella – ma voix étant bien trop faible pour se faire entendre avec cette musique assommante et assourdissante qui me vrillait les tympans. Il y avait un certain avantage à travailler pour cet Ullerup, nos consommations étaient offertes par la maison, car ce n'est pas avec ce que j'avais sur mon compte que j'aurais pu me payer ce genre de boisson. Marnid le remarqua et se retourna vers moi avant de rapprocher sa bouche de mon oreille pour que je puisse entendre ses paroles malgré le vacarme ambiant.

- Ivana il faudrait peut être que tu t'arrêtes ici, tu sais tout comme moi que l'alcool ne te réussit pas.

Le jeune homme avait raison, en un sens, ma condition physique particulière étant loin de me donner une grande résistance aux effets néfastes de l'alcool. Cependant il s'agissait pour moi de la seule façon de supporter ce genre d'endroit oppressant et je fis fi de sa remarque. Mon verre ne tarda donc pas à se remplir de nouveau du fameux nectar originaire de la planète natale de ma mère, Capella. J'en repris une gorgée tandis que mon coéquipier me lançait regard d'exaspération, le énième depuis le début de cette soirée. Toutefois il ne tarda pas à se ré-isoler dans son coin, observant la foule qui l'entourant, tandis que moi, je sirotais mon verre, perdue dans mes pensées. Je repensais à mon père adoptif, que je devais rencontrer une semaine auparavant après avoir passé les dernières années à l'éviter le plus possible. Ce dernier était mort, assassiné dans sa cellule avant même que je puisse le rencontrer. Je ne savais cependant pas pourquoi quelqu'un avait prit autant de risque pour assassiner un simple capitaine de cargo enfermé dans une cellule de haute-sécurité. Cependant cela m'avait prouvé la bonne foi de mon nouvel employeur qui, depuis lors, avait accéléré son enquête pour coincer les coupables de ce meurtre qui, vraisemblablement, étaient les mêmes qui m'avaient fait accusé de leur odieux attentat sur le spatiodock de Samarie.

Ces événements m'avaient rappelé ce pourquoi je me battais en m'en avait aussi donné une nouvelle, venger la mort de mon père. J'avais beau l'avoir renié dans le passé, je regrettais à présent cette décision, je n'eus ainsi jamais l'occasion de lui dire au revoir avant qu'il ne quitte notre monde. Au moins m'avait il laissé un dernier cadeau, il avait renforcé ma détermination à châtier ces odieux terroristes. Une détermination qui avait été sérieusement ébranlée après que j'eus tirée sur ce gamin sur le spatioport orbital. Cependant, lorsque Ullerup m'avait annoncé la mort de mon père, cette tristesse s'était transformée en rage et j'avais alors saisi tout le sens des paroles que m'avait adressé Marnid sur la station après ce tragique accident. Au moins ce gamin était mort pour une cause juste, pour que je puisse débarrasser l'humanité des salops de criminels que je pourchassais.

Je repris mon verre et avalai une nouvelle gorgée et je sentis la chaleur procuré par l'alcool réchauffer petit à petit tout mon appareil digestif. Je reportai mon attention sur le jeune criminel assis sur le tabouret attenant. Ce dernier s'était désintéressé de la foule pour porter son regard sur moi. Son visage tout entier exprimait la déception et l'exaspération et je sentais venir la remarque moralisatrice. Je m'emparai donc de mon verre, un peu plus violemment que je ne l'aurais voulu puisqu'une partie de son contenu finit sur le bar, afin d'en reprendre une grande gorgée. L'ai d'exaspération de Marnid se mua alors en un regard de profond mépris. J'eus alors un instant de lucidité durant lequel je me demandai pourquoi j'avais bien pu faire cela. Je ne pus, évidemment, en tirer qu'une unique conclusion, j'avais dû boire plus que de raison. En même temps cet Ullerup n'avait qu'à pas me faire poireauter aussi longtemps.

- Ivana ça fait trente minutes que nous sommes là et tu commences déjà à faire des conneries, le jeune criminel criait presque pour se faire entendre par-dessus l'assourdissante musique. Il finit cependant par en avoir marre et il se rapprocha de mon oreille pour ponctuer sa phrase, tu es vraiment insortable.

Ces derniers mots firent leur effet puisque le sourire qui barrait jusque là mon visage s'évanouit presque instantanément tandis qu'un certain sentiment de honte commençait alors à s'emparer de moi. Je fis signe à Marnid que je m'excusais pour ensuite demander au barman de remplir à nouveau mon verre maintenant vide. Malgré la musique j'entendis clairement le soupir du jeune homme et, lorsque je me retournai, je le vis faire signe au tenancier d'oublier ma commande. Ce dernier haussa alors les épaules et repartit s'intéresser à ses autres clients. J'en voulus fortement à Marnid d'avoir fait cela, pendant un moment seulement, car je compris bien rapidement qu'il avait ce qu'il fallait.

- Maintenant, je compte bien arracher l'alcoolique notoire que tu es à son tabouret et pour cela, le jeune colon d'Emerald Cove marqua alors une courte pause, en t'invitant à danser, finit-il par lâcher à bout de souffle à force de crier pour se faire entendre.

En écho à ces paroles, Marnid se leva et me tandis sa main. Je restai ainsi, totalement immobile pendant un court laps de temps, sa proposition me prenant légèrement au dépourvu. Il avait perdu son regard exaspéré et moralisateur, il affichait uniquement un petit sourire tout en me fixant droit dans les yeux. Ce changement d'attitude me laissait perplexe, il me faisait penser à une sorte de piège concocté pour pouvoir se moquer moi d'une quelconque manière et ce fut cette raison – cette pensée pour être plus précise – qui me fit hésiter aussi longuement. Je n'eus toutefois pas le temps de répondre puisque mon coéquipier me leva de force en me tirant le bras. Marnid n'eut aucun mal à me soulever, j'étais loin d'être suffisamment forte, ou même en état, de lui opposer une réelle résistance. Toutefois, pendant ce court laps de temps, j'en profitai pour jeter un coup d’œil aux individus se déhanchant – souvent maladroitement – sur la piste de danse. Ce petit impertinent voulait sincèrement que je me ridiculise de la sorte ?

Visiblement, c'était le cas puisque Marnid, après m'avoir traîné bon gré mal gré vers la piste, se mit à danser devant moi. Il réalisa cependant bien vite que je ne l'imitais pas le moins du monde et il s'arrêta quelques secondes à peine après avoir commencé. Il ne cessa ensuite de m'encourager tandis que je ne lui répondais que par de simples platitudes. Il finit par abandonner la partie, disparaissant de la foule sans que je puisse ne serait-ce que le suivre des yeux. Il me fallut un certain temps pour reprendre totalement mes esprits et me diriger, à nouveau, vers le bar et mon verre qui devait toujours m'attendre ou, du moins, l'espérais-je. Malheureusement, sur le chemin du retour – si je pouvais m'exprimer ainsi – je m'étais perdue dans mes pensées et ne faisais plus vraiment attention à ce qui se passait autours de moi. Non pas que cela aurait changé quelque chose, on y voyait pas à trois mètres avec la fumée blanche et opaque qui avait envahit la piste de danse quelques secondes auparavant. Je ne vis donc pas l'individu relativement imposant qui se trouvait sur mon chemin, ou plutôt, que je me trouvais sur le chemin du-dit individu. En tout cas c'est ce que ce dernier prétendit après que notre collision eut renverser les quelques verres, chèrement payés, qu'il tenait à la main. L'homme vociféra ainsi pendant quelques secondes, le temps que je mis pour marmonner quelques excuses avant de tenter de m'éloigner, tout aussi rapidement, pour rejoindre mon verre.

Cependant, l'inconnu ne voulut pas en rester là et il agrippa l'épaule, me forçant à me stopper ici et, par la suite, continua de me jeter moult noms d'oiseaux à la figure. Visiblement mes excuses, certes prononcées sans grand enthousiasme, n'avaient pas réussies à la calmer. L'homme ne cessa ensuite de gesticuler dans tous les sens sans pour autant cesser de m'insulter. Il finit par conséquent par se faire remarquer à tel point qu'un cercle de curieux se forma rapidement autours de nous. Cependant, voyant que son éloquence toute relative ne le mènerait à rien, il finit par y préférer la force en commençant par avancer vers moi avec un regard qui en disait long sur ses intentions. Je fus donc, bien évidemment, forcée de reculer et ma main droite saisit rapidement la poignée de mon pistolet coincé au niveau de ma ceinture. Je le sortis précautionneusement de sa précaire cachette tout en continuant mon repli face à l'avancé de l'inconnu qui arborait maintenant une sorte de sourire sadique, ce qui, associé à son regard, était loin de me mettre en confiance. Ma main se rabattit rapidement vers l'avant et mon poignet se colla à mes hanches tandis que le canon de l'arme que je tenais pointait précisément en direction de l'abdomen de l'inconnu. Ce dernier avançait de plus en plus vite dans ma direction avec l'intention certain de régler la situation présente avec ses poings, ce qui me plaisait guère. Mon doigt heurta alors la queue de détente jusqu'au point dur de cette dernière, au moment où toute pression supplémentaire – même involontaire – pouvait faire partir le coup fatal.

Ce alors à ce moment précis que je revis le regard vide du gamin dérivant dans l'espace environnant New Jerusalem. Cette vision me paralysa littéralement, m'empêchant d’appliquer la pression supplémentaire sur la queue de détente nécessaire pour mettre fin à la menace de l'imposant inconnu. Ainsi, je me stoppai net devant ce dernier et je ne sus que plus tard pourquoi il ne me mis pas directement au sol à coups de poing. A ce moment, je ne voyais, je ne pensais, plus qu'à une seule et unique chose : à ce pauvre gosse dérivant l'espace, seul et abandonné de tous. Je pus alors m'empêcher de penser à ses parents, qui en plus d'avoir perdu un être cher devaient subir le terrible fait de ne jamais savoir véritablement ce qu'il lui était arrivé car son frêle corps avait déjà dû disparaître dans l'atmosphère de la colonie. Enfin, ils en avait eut une d'explication, la position officielle des forces de l'ordre sur cet affaire étant qu'un des agents de sécurité de la station avait décidé d'enlever le gamin pour d'obscures raisons. Évidemment, Ullerup avait grandement aidé les forces de sécurité à adopter cette position ''officielle'' par des moyens plus ou moins légaux. Cependant cette explication ne devait pas réellement les satisfaire et à présent ils s'étaient sûrement fait à l'idée que plus jamais ils ne reverraient leur fils. Je ne pouvais donc m'empêcher de ressentir culpabilité et honte en écho à ces simples pensées. J'aurais pu rester ainsi pendant des heures, à me lamenter stupidement sur mon sort si une voix ne m'avait pas tiré de mon état végétatif.

- Tout va bien mademoiselle Dostya ?

Je secouais ma tête de gauche à droite en entendant ces mots, non pas que cela soit réellement nécessaire pour me remettre les idées en place, il s'agissait plus d'un tic nerveux. Je mis d'ailleurs un certain temps à reconnaître mon interlocuteur. Il s'agissait de Brutus, l'homme responsable de la sécurité de mon estimé employeur. Je me doutais bien que ce nom n'était point le siens, ou, alors c'était que ses parents avaient un sens de l'humour vraiment particulier, mais c'était le seul que je lui connaissais. Ce dernier, voyant que je ne lui répondais pas, réitéra alors sa question.

- C'est bon, c'est bon, répondis-je rapidement d'un souffle court, jetez moi cette ordure alcoolique dehors, je marquai alors une brève pause en hésitant sur la formule précise à employer, en y mettant les formes, cela va de soit.

Je me sentais emplit d'une rage qui m'était que peu familière – comme le signalais le sourire carnassier qui barrait à présent mon visage – mais j'en comprenais toutefois parfaitement la raison. Cet homme, cette ordure comme je me plaisais à le qualifier, m'avait forcé à revivre des événements douloureux et pour cela, je comptais bien le faire payer. Enfin, ce rôle allait échoir aux deux hommes musculeux qui le ceinturait et pas à moi personnellement, mais c'était tout comme. Je vis alors ce cher Brutus faire un geste rapide aux deux vigiles qui répondirent d'un simple sourire et, pour moi, ce sourire voulait tout dire. L'ordure qui, quelques minutes auparavant, pensait avoir le dessus, allait passer un sale quart d'heure et j'en étais heureuse. J'imaginais clairement les violences qu'allaient subir cet homme et mon sourire s'élargissait en conséquences. Je me rendis alors compte que je tenais toujours mon pistolet de la même façon que quelques minutes auparavant. Afin d'éviter de me faire remarquer outre mesure, je rangeai celui-ci à la place qui était la sienne tout en remettant la sécurité d'un simple coup de doigt. Les badauds commençaient à se disperser et à retourner à leurs activités précédente tandis que l'inconnu continuait de vociférer à mon attention et à celle des vigiles sans grand résultat, nul doute qu'il savait ce qui l'attendait. Brutus coupa ensuite court à mes pensées en me prenant à part pour me parler.

- Mademoiselle j'allais vous informer, avant que ce trouble-fête ne fasse irruption, que monsieur Ullerup désirait vous parler. Vous savez où le trouver je suppose.

Je lui répondis d'un simple hochement de tête affirmatif tout en lui demandant d'annoncer à notre employeur commun que je n'allais pas tarder à le rejoindre. En effet, j'avais une petite chose à faire auparavant. Je disparus ensuite dans la foule et bien que cette dernière me stressa quelque peu par sa promiscuité, je fis contre mauvaise fortune bon cœur en me disant que cette dernière me procurait une relative sécurité par le relatif anonymat qu'elle m'offrait. Je finis par atteindre les toilettes pour dames et je m'aspergeai ensuite d'eau fraîche sur le visage. Mon patron n'aurait sûrement pas apprécié de me voir apparaître devant lui à moitié ivre et tandis que je retrouvais mes esprits des doutes commencèrent à m'assaillir. Je repensais sans arrêt à la réaction, démesurée je l'admettais à présent, face à cet inconnu qui m'avait agressé. Cette rage que j'avais ressentie n'était sûrement pas seulement dû au fait d'avoir revécu ces souvenirs, certes douloureux, mais que j'avais apprit depuis lors à maîtriser. Non, il devait y avoir autre chose et ce fut à ce moment là que les paroles de Marnid, en début de soirée, le revinrent à l'esprit. Je lâchais un maigre soupir tout en fermant le robinet. Il faudrait peut être que je cesse de boire autant tous les soirs, quand cela ne me faisait pas divaguer, je réagissais d'une façon plus que disproportionnée. Ainsi, j'enterrai le maigre sentiment de culpabilité à l'égard de l'inconnu qui devait maintenant se faire tabasser dans un quelconque coin de rue.

Je sortis des toilettes avec un air beaucoup plus serein que celui que j'affichais lorsque j'y étais entrée. Il me fallait à présent rencontrer mon patron et discuter, plus que sérieusement, avec lui des termes de notre arrangement. En effet son enquête sur les terroristes responsables de ma situation passé n'avait – pour l'instant en tout cas – pas produit de réels résultats et je commençais à en avoir plus qu'assez de jouer les larbins de seconde zone. Ainsi, ce fut avec ces pensées, que je m'approchais des deux colosses gardant l'entrée du box VIP de mon employeur. Ces derniers s'écartèrent bien calmement de mon passage en me saluant d'un bref signe de la tête, salut que je leur rendis bien volontiers. James Ullerup était assis sur un confortable canapé, juste devant moi, avec un verre à la main et deux strip-teaseuses – ou prostituées je ne savais pas vraiment quel titre leur donner – à ses cotés. Il semblait en pleine discutions avec les quelques personnes qui partageaient son box, ses associés dans quelque entreprise louche assurément. Il mit ainsi un certain temps à se rendre compte de ma présence, temps durant lequel je ne bougeai pas d'un iota.

- Ivana ! Heureux de te revoir enfin !

Le sourire qui barrait le visage du mafieux semblait sincère mais je restais tout de même sur mes gardes, après tout, lors de notre première rencontre je le prenais pour un homme respectable pas pour un mafieux couchant à droite et à gauche tout en dirigeant un des plus grands empires criminel de Samarie. Ainsi, ce fut avec le même sourire de façade que je lui répondis.

- Tout le plaisir est pour moi, monsieur.

L'homme en face de moi était toutefois un concentré d'égotisme et parut ne pas apprécier ce sourire de façade et prit donc, apparemment, ma réaction pour une insulte. Je compris cela en voyant le regard qu'il me lançait et le long silence qui suivit ma réplique. Il n'y eut personne pour briser ce silence gênant et personne ne s'y risquerait sans avoir préalablement reçut un signe tacite du maître des lieux. Ainsi passèrent les minutes qui suivirent dans un silence gênant, oppressant et tandis que ce dernier perdurait mon sourire s'effaçait de plus en plus alors que je me maudissais intérieurement pour ma gaucherie. Une fois qu'Ullerup m'estima suffisamment humilié, il reprit son sourire de façade habituel avant de faire signe à ses deux accompagnatrices de déguerpir aussi rapidement qu'elle le pouvait. Bien évidemment, ces dernières s'exécutèrent sans demander leur reste.

- Messieurs, je vais devoir vous laisser pendant un moment, Ivana devant s'entretenir avec moi à propos d'un sujet bien particulier. Le mafieux parut ensuite réfléchir pendant un bref instant. Concernant l'affaire dont nous discutions précédemment, considérez-là comme réglée.

Les associés d'Ullerup opinèrent du chef suite à cette remarque et ce dernier attendit patiemment que tous s'exécutent avant de m'inviter à le suivre. Lorsque nous quittâmes le petit groupe, les membres de ce dernier reprirent, ou entamèrent, je n'en savais que trop rien, une discussion qui – si mes oreilles ne m'avaient pas trompé – portait sur un certain Mizrahi. Il me fallut un certain temps pour y reconnaître le nom du gouverneur de cette colonie. Ma curiosité fut évidemment piquée à vif mais je ne pus en entendre plus, Ullerup s'engageant dans un étroit escalier montant vers ce qui semblait être un petit bureau aux vitres teintées. Je le suivis de près lorsque celui-ci entra dans ce dernier avant d'en fermer la porte derrière moi. J'eus soudainement le plaisir de ne plus entendre cette musique assourdissante et agressive ce qui, bien évidemment, me fit comprendre que ce bureau était insonorisé, bien qu'Ullerup cru judicieux de me le préciser juste après avoir fermé la porte. Je pris alors pleinement conscience de la paranoïa de mon employeur en constatant que ce bureau était visiblement hautement sécurisé, on ne pouvait rien entendre ni rien voir de ce qu'il se passait à l'intérieur. Il s'agissait vraiment d'une paranoïa poussée à l'extrême, ce n'était pas comme si il devait se protéger de l'ONI non plus.

Mon employeur avança alors lentement, presque prudemment, vers le fond de la pièce où se tenait un imposant fauteuil de cuir juxtaposant un bureau métallique. Il m'invita ensuite à m'asseoir sur une chaise qui, elle, était plus que banale. Il s'agissait là d'un moyen pour lui de s'imposer, comme il l'avait déjà fait précédemment, en présence de ses associés. Ensuite, il s'empara de l'unique bouteille trônant sur son bureau, une bouteille de whisky en provenance directe de la Terre visiblement, puis de deux verres qu'il remplit un à un avant de me tendre l'un d'entre eux. Je m'en emparai rapidement et en pris une gorgée avant de me rappeler les pensées précédant ma rencontre avant cet important mafieux. Une rapide expression de dégoût passa alors sur mon visage tandis que je reposais le verre sur le bureau métallique devant moi. Ullerup, lui, était occupé à allumé une de ses cigarettes, il n'en vit donc rien.

- Ivana, accepte mes excuses pour tout à l'heure, la voix de mon employeur était à peine audible, faute sans doute à la cigarette qu'il tentait toujours et désespérément d'allumer. Toutefois sache que ta réponse pouvait être interprétée comme un manque de respect, il termina sa phrase en expirant la fumée de la première bouffée qu'il prenait de sa cigarette récemment allumée. Tu sais je t'aime comme un membre de ma famille, tu es la fille adoptive de feu l'un de mes meilleurs amis mais je ne tolérerais plus ce genre de réaction de ta part en présence de mes collaborateurs.

Ullerup me demanda ensuite si j'avais bien compris son avertissement, ou sa menace plutôt car c'était clairement le but qu'il visait avec cette réplique. Je me trouvais donc bien forcée d’acquiescer, non pas que cela me dérangeais mais je n'avais pas véritablement le choix. Mon employeur s'autorisa alors un sourire en expirant la fumée de sa cigarette. Ses paroles avaient réveillé en moi des souvenirs relatifs à mon père adoptif, lui qui était mort quelques semaines auparavant sans que je puisse lui dire au revoir ou même lui pardonner. Je me rappelais parfaitement son regard, il avait toujours plus ou moins une lueur triste dans les yeux et cela à chaque fois qu’il me regardait. Un petit sourire nostalgique apparut alors sur mon visage mais disparu bien vite, dès qu'Ullerup reprit la parole pour être exacte.

- Alors Ivana, tout se passe bien ? L’appartement que je t'ai refilé te plaît ? Aucun problème ?

En réponse à cette question, je me contentai de le fixer avec un air d'incrédulité. Il ne m'avait certainement pas convoquée en privée pour me parler de ma vie et je me gênai pas pour le lui faire remarquer.

- Non, non, effectivement, ce dernier levait les mains en signe d’apaisement et, voyant que je ne comptais pas aller plus loin, il reprit une bouffée sur sa cigarette et une gorgée dans son verre avant de continuer. Toutefois rien ne nous empêche de céder aux affres de la discutions, comme les gens civilisée que nous sommes, avant de passer aux affaires. Tu n'es pas d'accord ?
- Si, si, tout à fait, ma main gauche s'empara du verre posé sur le bureau devant moi et le porta à mes lèvres. Toutefois, me rappelant ma résolution, quelques minutes auparavant, je ne bus rien et reposai le verre sur le bureau. Il n'y aucune raison d'aborder ce sujet, c'est tout, je vais bien et tout va bien.

Mon employeur ne me quitta pas un seul instant des yeux, même lorsque j'eus finis de parler. Il resta ainsi pendant de nombreuses secondes, un temps certes bref mais qui me parut beaucoup plus long sur le coups. Il finit par porter sa cigarette à sa bouche puis reprit une bouffée avant de reprendre la parole, en parlant doucement comme un père le ferait si il tentait d'aborder un sujet houleux avec l'un de ses enfants

- Malheureusement, ce n'est pas ce que je me suis laissé entendre ou, plutôt, ce n'est pas ce que Marnid m'a laissé entendre.

Mon regard manifesta clairement ma surprise mais Ullerup ne me lâcha pas un seul instant du regard, un regard presque inquisiteur qui me mettait légèrement mal à l'aise. Je mis du temps à répondre à mon employeur, de peur que la rage que je ressentais à l'égard de mon coéquipier – qui visiblement ne savait rien garder pour lui – n'influe sur les paroles que j'allais prononcer. Heureusement, Ullerup ne parut nullement s'en offenser et attendit patiemment.

- Non, je vous assure monsieur, tout va PARFAITEMENT bien, j'avais clairement insisté sur la fin de ma phrase afin de lui faire bien comprendre qu'il n'y avait aucune raison d'insister à ce sujet. Il est vrai que j'étais légèrement préoccupée depuis quelques temps mais je vais bien mieux depuis quelques temps, Ullerup dardait sur moi un regard étrange qui semblait signifier qu'il doutait sérieusement de mes paroles, je vous l'assure, lui répondis-je alors un dernier espoir de le convaincre.

Malheureusement, cela n'eut pas grand effet puisque son regard ne changea pas d'un iota et sans me quitter des yeux il prit, à nouveau, une bouffée sur sa cigarette avant de l'écraser dans le cendrier situé devant lui. Il reprit alors la parole, parlant de la mort de mon père adoptif et de l'accident à bord du spatiodock, ce qui eut pour effet de me plonger dans une certaine mélancolie, une certaine un tristesse. Un sentiment de faiblesse que j'eus tôt fait de chasser de mon esprit, après tout, comme venait de me le répéter Ullerup, il ne s'agissait que d'un accident, un accident qui aurait pu arriver à tout le monde. Je n'arrivais toutefois pas à relativiser la mort de mon père adoptif, je n'y trouvais aucune raison valable et cela ne parut pas échapper à mon employeur.

- Allons, tu arriveras peut être à me faire croire que tu as oublié ce regrettable incident avec le mioche mais ne me fait pas avaler que tu as oublié ton père, Ullerup attendait visiblement une réponse de ma part. Il se rendit toutefois bien vite compte que je n'avais rien à lui répondre. Il a, certes, commis quelques erreurs dans sa vie, mon employeur parut bien insister sur le mot ''erreur'' comme si il voulait lui donner un sens particulier. Cependant je ne voyais vraiment pas lequel, cela ne l'empêcha toutefois pas de continuer. Mais je suis sûr que tu tenais et que tu tiens encore à lui, beaucoup plus que tu ne veux bien l'admettre.
- Pourquoi insister sur ce sujet !? Si je vous dis que tout va bien dans le meilleur des mondes ! Répondis-je alors avec un ton beaucoup plus hargneux que je ne l'aurais voulu.

Visiblement mon interlocuteur ne s'attendait pas à une telle réaction de ma part et il resta, ainsi, bouche bée pendant quelques minutes. Ces quelques minutes furent d'ailleurs un calvaire pour moi car, malgré l'attention qu'il me portait, je craignais la réaction d'Ullerup. Je craignais réellement ce qu'il pouvait me faire subir pour un tel emportement et plus le temps passait et plus cette crainte s'amplifiait. Je finis par mettre cela sur ma paranoïa maladive qui se développait depuis quelques jours puisque mon employeur n'en fit, étonnamment d'ailleurs, rien. Il se contenta de refermer sa bouche, légèrement ouverte depuis lors, pour ensuite reprendre une gorgée dans son verre de whisky. Toutefois, cela ne fit que renforcer mon malaise, un malaise qui se faisait ressentir depuis quelques jours déjà mais qui atteignait là son paroxysme. Ainsi, peu à peu, ma rage disparaissait pour alimenter ce sentiment d'appréhension. La rage n'avait cependant pas totalement disparue lorsque mon employeur reprit la parole.

- Écoute Ivana, si j'insiste c'est qu'il y a une bonne raison, Ullerup marqua une rapide pause afin d'être sûr que j'avais toute son attention, je veux te confier une tâche, difficile, pour cela je veux savoir si tu es en bonne …

Ces paroles mirent du temps pour prendre tout leur sens dans mon cerveau mais elles en mirent beaucoup moins pour provoquer une réaction de ma part.

- NON, NON ET NON, hurlais-je bien fort en lui coupant la parole, la rage reprenant le dessus sur mes appréhensions. Vous m'utilisez à vos fins et je n'ai pas eu une seule fois un retour d'ascenseur ! Vous n'avez rien découvert sur ceux qui m'ont piégé stricto sensu, rien du tout, nada. Vous continuez toutefois, sans aucun scrupule, à vous servir de moi !

A peine eus-je finis cette longue tirade que je me levais d'un bond et avançais d'un pas rapide vers l'unique porte de l'étroit bureau. Mon employeur laissa ensuite échapper quelques maigres tentatives de me retenir, du moins, jusqu'à que ma main touche le pommeau de la poignée de la porte de son bureau. Ullerup me hurla alors dessus, d'une façon qui me laissa pantoise, immobile, devant cette porte. Ces paroles ressemblaient tellement à celles que mon père – adoptif – employait lorsqu'il s'apprêter à me faire un reproche. Il en était visiblement satisfait, du moins, c'est ce que je déduisis du sourire qu'il afficha peu de temps après. Il s'empara alors du verre de wkisky posé devant lui, prit une rapide gorgée avant de de se lever et de se diriger vers moi. Son mince sourire n'avait toujours pas disparu. Ma main se resserra alors sur la pommeau poignée de la porte et commença à la tourner.

- Ivana, je t'encourage vivement à ne pas faire cela, me dit-il d'un ton détaché et d'une voix tout aussi calme.
- Pourquoi ? Vous allez me descendre sinon ? Ou envoyer un de vos sbires le faire à votre place ? Répondis-je vivement, le souffle court et avec une hargne peu usuelle.

La colère voilait mon visage et mon regard était planté dans les yeux calmes du mafieux, attendant la réponse qui ne vint jamais. A contrario, celui-ci était parfaitement calme et me fixait comme un père qui attendait patiemment que son enfant revienne à la raison. Du moins, c'était l'impression que j'en avais et cela ne faisait qu’amplifier ma rage. Enfin, pour qui se prenait-il ? Il n'était pas mon père et jamais, au grand jamais, il ne le remplacerais.

- Veuillez cesser avec votre satanée attitude paternaliste, vous ne le remplacerais jamais ! A peine eus-je finis cette phrase que l'expression du mafieux se transforma. Son air déterminé devint alors l'expression même de son regard qui s'emplissait soudainement d'une réelle dureté.
- Bien, comme tu le souhaites Ivana, me répondit-il d'une voix toujours aussi calme mais beaucoup plus dure qu'auparavant.

La réponse d'Ullerup me déstabilisa et ma main desserra sa prise sur la poignée de la porte, la faisant remonter quelque peu. Ce détail ne sembla pas échapper au mafieux puisqu'il revint à la charge quasiment immédiatement avec le même ton, la même expression et le même regard déterminé.

- De plus, tu sais pertinemment que l'accomplissement de ta juste, il sembla particulièrement insister sur ce dernier mot, vengeance dépend totalement de mon bon vouloir. Il s'arrêta là et son regard descendit lentement vers ses pieds avant de remonter tout aussi lentement et de se fixer à nouveau dans mes yeux. Ullerup reprit alors la parole. Si j'avais vraiment voulu me servir de toi, je n'aurais jamais organisé cette entrevue avec ton père adoptif. Les paroles d'Ullerup commençaient réellement à me faire douter, je venais à peine d'envisager la possibilité d'être dans l'erreur lorsque le mafieux ajouta, ne te trompe pas d'ennemi Ivana, ce qui finit – presque – de me convaincre.

Étais-je vraiment stupide au point de me fourvoyer à ce point là ? Ullerup semblait le penser en tout cas, même si il ne le disait pas clairement, tandis que moi j'étais de plus en plus encline à croire qu'il avait raison. Je commençais véritablement à douter de moi. J'étais jeune, je ne disposais de l'expérience de cet homme qui, de plus, semblait sincère et persuadé de la justesse de ses mots. Il restait toutefois une lueur de méfiance en moi, une lueur juste assez forte pour alimenter les doutes que je portais sur mon jugement car tout le reste de mon être semblait vouloir croire l'homme debout devant moi. Cette partie de mon être semblait absolument vouloir donner foi aux paroles d'Ullerup. Je ne savais plus vraiment ce que je devais penser.

- Ivana, tu ne m'as pas laissé finir tout à l'heure, mon regard vide reprit vie tandis que j'entendais Ullerup prononcer les mots qui suivirent, la mission que je voulais te confier concerne justement la vengeance que tu souhaites tant mener à bien.

La surprise remplaça soudainement la colère qui empourprait mon visage quelques secondes auparavant. Je voulais demander à Ullerup de préciser sa pensée, je voulais m'excuser des paroles irréfléchies que j'avais prononcées auparavant, je voulais qu'il m'explique en quoi consistait sa mission et, par-dessus tout, je voulais lui dire que j'étais tout à fait prête à la remplir. Je le voulais profondément mais aucune parole ne sortit de ma bouche entrouverte. Cependant, le mafieux dû deviner mes pensées puisqu'il enchaîna quasiment immédiatement avec les paroles suivantes.

- Je sais que tu te rends compte de ton erreur à présent et je sais que, présentement, je ne pourrais t'empêcher d'accomplir cette mission maintenant que tu en connais la finalité. Le mafieux marqua alors une courte pause durant laquelle il soupira de soulagement lorsque ma main lâcha enfin la poignée de la porte de son bureau. Cependant, avant que je n'ajoute quoique ce soit, laisse moi t'expliquer quelques petites choses.

Je me demandais bien qu'elles étaient les choses dont Ullerup tenait tant à parler. Cependant, la honte ayant alors prit le pas sur la surprise et la rancœur, je ne pus m'opposer à la volonté de mon employeur, de peur d’accroître ce mal-être. Je me contentai donc d'acquiescer afin de permettre à Ullerup de commencer son explication. A cet instant – et même si j'ignorais totalement quel sujet il allait aborder – j'étais prête à presque tout entendre. Toutefois cela n'empêcha pas la surprise de se manifester à nouveau lorsque j'entendis ces mots sortir de la bouche du mafieux.

- Je sais qu'on ne dirait pas au premier abord, mais je suis quelqu'un de profondément idéaliste …

La surprise qui apparut soudainement sur mon visage, qui – décidément – ne pouvait s'empêcher de refléter mes émotions, parut déranger Ullerup à tel point qu'il se stoppa momentanément. Pendant un instant, j'eus peur de l'avoir froissé avec ma réaction aussi instinctive que naturelle mais, même si une lueur de colère passa dans son regard, il ne tarda pas à reprendre la parole et à continuer sa phrase là où il l'avait arrêtée.

- ... Cet idéalisme m'a parfois poussé à faire des choses dont je ne suis pas fier et à soutenir par erreur des groupements dont les actes me révulsent.

Je craignais franchement les paroles qui allaient suivre et des souvenirs liés à mon père adoptif me revinrent à l'esprit. En effet, je craignais qu'Ullerup ait pu – à l'instar de mon père – soutenir des groupes terroristes. Je me demandais alors quelles raisons avaient bien pu pousser mon père, ce capitaine de cargo respectés, à apporter son soutient à de tels groupements. Je ne m'étais jamais poser cette question auparavant, pas sous cet angle là en tout cas et cela me faisait encore plus regretter sa mort. Je n'aurais jamais la réponse à cette interrogation.

- Oui, le mafieux avait apparemment remarqué que je me sentais troublée par ses paroles, je parle bien de groupes rebelles Ivana. J'étais associé à ton père dans cette affaire, on travaillait ensemble et je savais tout de ses agissements. Le criminel marqua une courte pause pendant laquelle il me fixa intensément. C'est ainsi que j'ai appris à te connaître, il ne tarissait pas d'éloges à ton égard, il t'aimait vraiment Ivana.

Un sourire apparut soudainement sur mon visage lorsque les souvenirs de cette enfance heureuse – même si solitaire – me revinrent en mémoire. Ils effacèrent presque les amères réminiscences de ce que je prenais pour une trahison. Cependant cela ne dura pas et elles revinrent plus intensément que jamais. Je ne me trouverais pas dans cette situation précaire si il n'avait pas soutenu bêtement ces groupes terroristes. Il aurait pu au moins m'en parler. Toutefois, au fond, je n'arrivais plus à vraiment lui en vouloir, plus maintenant en tout cas.

- Je sais que tu lui en veux pour ça et c'est justement pour ça que je voulais aborder ce sujet avec toi.
- Précisez votre pensée s'il vous plaît, répondis-je avec un air réellement surpris.

Qu'est-ce qu'Ullerup pouvait bien sous-entendre par là ? Il voulait apparemment honorer sa part du contrat en me livrant les lâches qui m'avaient piégée et condamner à l'existence de hors-la-loi que je menais à présent. Je ne voyais vraiment pas ce que mon père venait faire là-dedans. En écho à ces pensées, l'incident qui coûta à la vie à ma mère me revint soudainement en mémoire.

- Ton père et moi travaillions pour l'United Rebel Front, on profitait de nos positions respectives pour fournir armes et provisions aux différentes cellules du Front. Cependant, comme je te l'ai dit tout à l'heure, ton père t'aimait réellement Ivana. Il s'était attaché à toi et ne voulait que ton bonheur.

Ullerup s'arrêta soudainement comme si ces paroles et celles qui allaient suivre lui coûtait réellement. Il se retourna alors et se dirigea lentement vers son bureau où trônait toujours son verre de whisky à moitié plein, verre qu'il finit d'une seule gorgée. Il s'accouda ensuite à son bureau pour reprendre la parole tandis que je n'avais toujours pas bougée d'un iota, impatiente d'entendre ce qu'allait me révéler le mafieux mais tout aussi apeurée d'entendre ces révélations.

- Je donne une bien piètre image de moi-même n'est-ce pas ? Il attendit pendant quelques instants une réponse qui ne vint jamais, j'étais presque totalement figée. Ton père Ivana, il voulait tout arrêter, pour toi et ton avenir.

L'aveu d'Ullerup me frappa littéralement en plein cœur et je me sentis vaciller. J'avais passé toutes les dernières années à alimenter une rancœur qui n'aurait jamais dû être et une culpabilité plus grande que jamais m'emplit soudainement. Comment n'avais-je pas pu comprendre plus tôt ? Pourquoi n'avait-il jamais tenté de me le dire ? Pourquoi ? Je me revoyais alors me débarrasser toutes les courriers, de toute sortes que ce soit, qui m'étaient adressées depuis sa prison et cela ne fit que renforcer ma culpabilité. La faute était entièrement mienne, je ne lui avais laissé aucune occasion de le faire. Il restait toutefois un détail qui me chiffonnait, qui me dérangeait franchement même. Comment mon père avait-il pu se faire arrêter si il avait cessé ses activités ? Je le fis remarquer à Ullerup qui s'approcha alors à pas lent de moi et posa sa main sur mon épaule avant de parler d'une petite voix pleine de culpabilité.

- C'est entièrement ma faute. Il lui restait encore une cargaison à livrer et ils ne voulait pas quitter l'URF en risquant de subir des représailles. Cependant, de leur coté, ces derniers ne pouvait se permettre d'avoir ne serait-ce que la possibilité d'une fuite d'information. Ullerup marqua une courte pause avant de reprendre. Ils m'ont alors demandé de le dénoncer aux autorités locales.

D'un geste rapide du bras droit je dégageais la main du mafieux de mon épaule pendant que mon autre main s'emparait du pistolet caché sous mes vêtements. Le canon de ce dernier se pointa alors sur le crâne de mon employeur, la sécurité retirée et une balle dans la chambre. L'arme était donc chargée, prête à tirer et, contrairement à la dernière fois où j'en avais fais usage, elle ne tremblait nullement. Toutefois Ullerup ne manifesta aucune surprise face à cette rapide réaction. Il ne bougea pas plus, il ne tenta aucunement de se retirer de ma ligne de tir ou de me désarmer.

- J'aurais dû vous descendre lors de notre première rencontre, fis d'un ton plus ou moins calme dans lequel, toutefois, la colère était facilement palpable.
- Tu crois peut être que je ne le voudrais pas ! Répondit-il avec air véritablement convaincant. J'ai trahis l'un de mes meilleurs amis mais avant de prendre une décision précipitée, s'il te plaît, écoute moi.

Je me surpris à éprouver de la pitié envers ce criminel, ce traître. Il était vrai qu'il avait soudainement l'air vraiment misérable et semblait vraiment regretter son action passée. L'arme que je tenais à bout de bras s'affaissa alors légèrement mais, reprenant rapidement mes esprits, je la relevai afin de faire comprendre à ce traître que je n'étais pas prête de céder. Cependant, à l'aide de mon autre main, je lui fis signe qu'il pouvait continuer de parler. Je voulais entendre ce qu'il comptait me dire, je voulais savoir quelle était son excuse. Je ne commettrais pas la même erreur que celle que j'avais faite avec mon père adoptif.

- Je te jure que je ne savais qu'il s'agissait de lui, on m'avait donner uniquement l'immatriculation du navire que je devais donner aux autorités. Je ne savais pas du tout qu'il s'agissait de ton père.

Ullerup était presque à bout de souffle, il avait prononcé sa phrase d'un seul trait presque comme si il avait peur. Je n'étais pas vraiment sûre de vouloir le croire, je trouvais que sa phrase sonnait mal. En fait, je n'avais aucune réelle raison de ne pas lui faire confiance, c'était simplement un pressentiment or c'était justement mon instinct qui m'avait trompé à propos de mon père. Je ne fis donc rien, je ne répondis rien, je ne baissai pas mon arme, attendant que le criminel continue son explication.

- L'URF m'a ensuite fait savoir qu'il s'agissait d'une erreur, qu'ils n'avaient jamais voulu trahir leur ancien associé. Ullerup marqua alors une pause, reprenant peu à peu l'aplomb qu'il avait avant de me révéler tous ces détails. Ils m'ont assuré que c'était un agent de l'ONI qui avait infiltré leur réseau et m'avait transmit de fausses informations, une fausse mission.

Je trouvais vraiment cela improbable. En effet, si l'ONI avait eut vent du trafic réalisé par mon père adoptif ils n'auraient jamais gaspillé des ressources ainsi, ils se seraient contentés de l'arrêter, purement et simplement. Son histoire ne tenait pas debout et je resserrai la prise sur la crosse de mon arme. Ullerup parut le remarquer et il s'empressa donc de reprendre la parole.

- Je sais, tu n'en crois pas un mot, fit-il en tendant ses deux mains devant lui. C'est aussi mon cas et c'est bien pour ça que j'ai cessé toute relation avec ces derniers.
- Pourquoi êtes-vous encore là ? Répondis-je sans desserrer la prise que j'avais sur mon arme. Cependant, devant le regard – légèrement – interloqué du mafieux, je reposai ma question, plus précisément cette fois. Ils ont éliminé mon père pour cette raison alors pourquoi pas vous ?
- Ton père n'avait pas les moyens dont je dispose et il s'avère beaucoup plus difficile de m'éliminer directement ou même indirectement d'ailleurs.

Je me rappelai alors la réflexion que j'avais eut en entrant dans ce bureau puis je repensais à la méfiance, à la paranoïa dont faisait parfois preuve mon employeur. Je m'étais d'ailleurs souvent demandé pourquoi il n'installait pas son organisation sur les colonies extérieures, bien moins surveillées que les autres. Je comprenais maintenant pourquoi comme je comprenais pourquoi il était presque toujours accompagné par un ou plusieurs gardes du corps. De plus, le vendre aux autorités était impossible étant donné qu'il leur graissait allègrement la patte. Je devais avouer que son histoire, vue sous ce nouveau jour, devenait alors beaucoup plus crédible. Je fis alors taire la petite voix dans ma tête qui tentait de me convaincre du contraire avant de baisser mon arme pour ensuite la ranger à nouveau sous mes vêtements, la sécurité réenclenchée. Ullerup me remercia et me fis savoir qu'il pensait que j'avais le bon choix.

Il avait reprit toute son assurance et tout son aplomb comme si tout cet épisode malencontreux n'avait jamais eut lieu. Il continua ensuite à me parler de mon père, en termes plutôt élogieux d'ailleurs. Il parsema son discours d'excuses à propos de son acte passé, ce qui finit par me convaincre de son sentiment de culpabilité et que j'avais bien fait de l'épargner. Cependant, je voulais qu'il revienne sur le sujet qui m'intéressait le plus, la mission qu'il voulait me confier, celle qui concernait ma vengeance et cela afin qu'il remplisse sa part du contrat, que je puisse recommencer ma vie dans de meilleures conditions. Je lui fis donc connaître mon souhait et ce dernier s'empressa d'y répondre en m'avouant qu'il avait finit par identifier l'un des commanditaires de l'attentat qui m'avait coûté mon emploi. Je compris alors toute la raison de cette introduction douloureuse sur mon père adoptif et mon passé puisqu'il s'agissait ni plus ni moins d'un agent de l'United Rebel Front.

- Vous vous en doutiez depuis le début n'est-ce pas ? Ullerup répondit par un simple hochement de tête affirmatif. Pourtant vous n'avez jamais mentionné de tels doutes jusqu'à maintenant.
- Comprend moi Ivana, je voulais en être sûr. Je ne voulais pas …
- Vous voulez m'utiliser contre eux n'est-ce pas ? Fis-je sans lui laisser la chance de continuer sa phrase. Vous voulez que je les élimine à la fois pour assurer votre sécurité et accomplir votre vengeance. Au fond vous avez cure de ce que je veux, dîtes moi si je me trompe.

Une certaine colère émanait du ton que j'employai pour prononcer ces derniers mots. J'avais la désagréable impression de m'être faite manipulée pour que je puisse servir ses intérêts. Je ne savais toutefois pas comment je devais réagir. Depuis que j'avais pénétrer dans ce bureau je ne cessais de passer par des phases émotionnelles intenses alternant entre compassion et rancœur. Cela ne faisait que renforcer cette désagréable impression de manipulation. Cependant, j'allais obtenir ce que je voulais par-dessus tout, ma vengeance alors il n'y avait pas vraiment de mal à cela. Je ne savais plus trop que penser.

- J'ai déjà pris ma vengeance, répondit-il en me interrompant mon introspection. Il affichait un sourire presque carnassier qui me donna de sérieux frissons de terreur mais ce dernier disparut bien vite et Ullerup continua alors sa phrase. Je l'ai prise assez récemment – certes – et tu y es pour beaucoup car je n'aurais jamais pu y parvenir sans toi. Il se stoppa, se rapprocha de moi et posa alors ses deux mains sur mes épaules. Je t'en remercie d'ailleurs et pour te répondre, oui, en un sens je me suis servis de toi mais je te promets que je ne pensais pas à mal.

J'avais réellement envie de le croire sur parole mais je craignais que ce soit là mon désir aiguë de vengeance à l'encontre de ceux qui m'avait piégée qui soit à l'origine de cette envie. De plus, cette petite voix qui me mettait en garde depuis quelques temps refit son apparition à ce moment précis. Je repensais aux mots employés par mon employeur et je me sentais comme mal à l'aise, ces derniers me donnant presque la chair de poule. Mon instinct me hurlait de m'enfuir aussi loin que possible de ce lieu, de cette ville, de cette planète mais ce dernier m'avait si souvent induite en erreur que je n'osais lui faire confiance. Je pris ainsi sur moi de faire confiance au mafieux afin que je puisse accomplir cette vengeance et recommencer à nouveau à vivre réellement.

En effet, les malheurs semblaient s'abattre, s'acharner, sur moi depuis cet incident sur le spatioport orbital, incident qui m'avait valu un long séjour en soins intensifs. Il avait d'abord ma rapide déchéance, mon arrivée dans ce réseau de crime organisé et ce gamin que j'avais tué à bord de ce satané spatiodock. J'espérais sincèrement que l'accomplissement de cette mission personnelle me permettrait de faire une croix sur tout cela, sur tous ces souvenirs douloureux. Je me demandai alors pourquoi je doutais d'Ullerup, après tout il avait été le seul à me tendre la main pour m'aider à en sortir. Je fis donc taire cette petite voix qui m'avait si souvent trompé pour demander au criminel tous les détails sur cette fameuse mission qui allait me permettre de reprendre ma vie là où je l'avais laissée.

- Pas si vite jeune demoiselle, il n'avait toujours pas retiré ses mains de mes épaules, vous n'irez pas seule Ivana, cela serait trop dangereux – autant pour moi que pour vous d'ailleurs – et je vais donc vous faire accompagner par quelques un des mes hommes. Je voulus le remercier mais il ne m'en laissa pas l'opportunité, reprenant immédiatement la parole avec un sourire qui semblait d'élargir de plus en plus. Cependant cela et le prêt de mon navire personnel pour ce voyage va me faire dépenser beaucoup, beaucoup, d'argent et de ressources tout aussi précieuses. Beaucoup plus que ce que tes petits boulots m'ont rapportés jusqu'à présent. J'ai une réputation à maintenir, comprends-tu ? Si je me montre aussi généreux avec l'une de mes employés, mon autorité risque d'en prendre un sacré coups et je ne peux laisser cela se produire. C'est dans ton intérêt d'ailleurs puisque c'est mon organisation qui t'aidera à frapper les collaborateurs de l'homme que je te livre sur un plateau d'argent, or, si je ne suis plus aux commandes, il marqua une courte pause, tu me suis ?

Cette nouvelle me frappa, je ne l'avais pas du tout vu sous cet angle et cela refroidis quelque peu mon envie d'accomplir cette mission. Cependant je me repris bien vite, la colère qui jaillit en moi en entendant les dernières paroles d'Ullerup y étant d'ailleurs pour beaucoup. Il me semblait pourtant m'être montrée suffisamment claire, je ne voulais pas accomplir d'autres sales boulots pour son compte, je voulais qu'il remplisse sa part du marché. Je me préparais à lui faire connaître le fond de ma pensée mais il ne m'en laissa pas le temps, il raffermit sa prise sur mes frêles épaules ce qui eut pour effet de me faire avaler la réplique acerbe que je me préparais à lui lancer puis, il continua sa longue tirade.

- Je sais, je sais. Tu ne veux plus m'aider tant que je ne t'aurais pas moi-même apporté un peu de soutient. Je le comprends parfaitement, son sourire n'avait toujours pas disparu et ne laissait présager rien de bon, ne t'inquiètes pas Ivana, je comptais te demander un service d'ordre beaucoup plus personnel. Son sourire disparu tandis que sa prise sur mes épaules se desserra soudainement. Il se rapprocha alors de moi, sa tête se rapprocha de mon oreille et il se contenta de susurrer le reste de sa phrase. Ce service ne devrait pas trop coûter vu la profession que tu exerçais avant que je te prenne sous mon aile.

Je ne compris pas tout de suite ce qu'il attendait de moi et je restai immobile tandis que ses mains, quittant mes épaules, descendaient lentement le long de mon dos, bien plus bas que ce à quoi je m'attendais. La réalité me frappa alors soudainement et je compris parfaitement ce qu'Ullerup attendait de moi. Cette révélation me révulsa pendant un bref instant mais il était déjà trop tard, le mafieux s'approchant lentement de son bureau sans pour autant me lâcher. De toute façon, il avait raison, j'avais fait déjà pire et ma vengeance valait bien un petit sacrifice personnel. Je n'opposai donc aucune résistance au mafieux qui m’allongea sur son bureau. Pendant un instant je crus y voir un dossier avec le logo d'un laboratoire pharmaceutique qui m'était familier, je n'en étais toutefois pas totalement sûre puisque je n'avais pas eut le temps de voir ce qui était inscrit sur le-dit dossier. En effet ce dernier tomba rapidement sur le sol du bureau insonorisé, comme tous les autres d'ailleurs
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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Mar 25 Juin - 6:57

CHAPITRE CINQUIEME

02 août 2524, 1708 heures (calendrier militaire).
Système Alpha Aurigae, Capella.


Mes yeux étaient rivés sur le paysage magnifique visible au-delà de la baie vitrée de ma chambre d'hôtel. Cette planète était vraiment superbe. Enfin, ce sentiment venait sûrement du dépaysement car les larges espaces vides et naturels n'étaient pas forcément légion sur New Jerusalem. Je repensais au voyage qui, la veille, m'avait fait atterrir sur cette colonie extérieure. Un long et ennuyant voyage puisque je n'avais strictement rien eut à faire. Ce sentiment ne m'avait jamais paru aussi fort, moi qui était habitué à la vie stellaire. Cependant, cette fois-ci, je n'avais vraiment eut aucune tâche à accomplir, aucune réparation – aussi minime soit-elle – n'était nécessaire. Heureusement que la cryogénie m'avait permis de stopper ce genre de pensée, du moins durant notre séjour dans le sous-espace. Un bon sommeil sans rêve, s'était tout ce dont j'avais besoin et – après ma sortie du cryopod – j'avais ressentit une impression de vitalité telle que je n'en avais pas eut depuis de nombreux mois à présent. Bien entendu ce sentiment disparu bien vite durant les heures qui nous fûmes pour atteindre l'un des spatioports orbitaux de la colonie. Bien évidemment nous dépensâmes encore quelques minutes afin que les autorités locales fouillent de fond en comble le yatch privé que nous avait confié Ullerup sans, bien sûr, rien y trouver. Il était vrai que leur recherche n'avait pas forcément était très minutieuse mais s'était compréhensible. Ils ne souhaitaient pas ennuyer des touristes en provenance des colonies intérieures, ces mêmes colonies dont dépendaient celles extérieures pour assurer leurs revenus.

Je ne pouvais les blâmer pour leur imprudence et – même dans l'hypothèse où ils n'en auraient nullement fait preuve –  ils n'auraient rien trouvé sur notre navire. Nous n'étions tout de même pas aussi stupides. En effet, nous allions acheter sur place tout le matériel nécessaire à notre opération auprès d'un contact local. C'est donc en se faisant passer pour des touristes fortunés des colonies intérieures que nous avions atterri sur cette planète et ce fut précisément pour cette raison que nous avions loué des chambres dans cet hôtel de luxe, à la périphérie de la capitale planétaire. Mes yeux cessèrent alors d'admirer le paysage s'étendant derrière la baie vitrée pour, à l'écho de ces pensées, se reporter sur l'intérieur de la-dite chambre. Il était vrai qu'elle était plutôt luxueuse, presque autant que l'appartement que m'avait fourni Ullerup, si ce n'était plus.

Une sonnerie désagréable retentit alors soudainement, empêchant mes pensées de cheminer plus loin. Elle récidiva quelques secondes plus tard, puis encore une nouvelle fois. Il me fallut un certain temps pour comprendre qu'il s'agissait de la sonnerie de la porte de ma chambre. Quelqu'un comptait visiblement me rendre visite. Calmée, mais néanmoins pas rassurée, je m'approchais de la porte tandis que la sonnerie retentissait une nouvelle fois, au grand dam de mes tympans. Mes doigts tapotèrent alors sur l'écran situé à coté de cette dernière afin que je puisse observer ce que la caméra de surveillance, située juste de l'autre coté, apercevait. Il ne me fallut ensuite que quelques secondes pour reconnaître Marnid et, rassurée, lui ouvrir la porte afin de le laisser entrer.

- Tu en as mis du temps pour m'ouvrir !
- Pardonne moi, je prenais les précautions d'usage. Je marquais une courte pause, fixant mon visiteur d'un regard noir. Tu sais celles dont tu ne cessais de me rabattre les oreilles durant le voyage. Tu vois de quoi je parle ?
- Tout à fait Ivana, ravi que tu m’aies écouté d'ailleurs, me répondit-il presque immédiatement sans visiblement prendre note de mon ton condescendant.

Je lâchais un soupir d'agacement en lui faisant signe de me suivre vers le séjour de la petite chambre d'hôtel. Il portait un étrange sac marin noir, qui nécessitait ses deux bras pour être portés. Une fois arrivés dans le-dit séjour, il posa son sac sur la table basse avant de se retourner vers moi. Quant à moi, je continuais de fixer cet étrange sac, en me demandant bien ce qu'il pouvait contenir. Il s'agissait sans doute d'une partie de l'équipement nécessaire à notre mission, un imposant équipement de surveillance peut être ? Je sentis alors un regard posé sur moi, étant donné qu'il n'y avait qu'une unique personne avec moi dans cette pièce, je quittais le sac des yeux pour reporter mon regard sur Marnid qui, lui, continuait de me fixer intensément.

- Tu auras rapidement la réponse à ta question …
- Quelle question, répondis-je rapidement d'une voix sèche et nonchalante.
- Ne fais pas l'innocente Ivana, tu te demandes ce que peut bien contenir ce sac, fit-il sans tenir compte de mon ton obséquieux. Et cesses de me parler ainsi …
- Je le ferais, dis-je en lui coupant la parole pour ensuite marquer une rapide pause afin d'insister sur la phrase qui allait suivre, si tu te décidais enfin à me faire véritablement confiance. Ullerup m'a …
- Qu'est-ce qui te fait dire que je ne t'accorde pas ma confiance, me répondit-il sans me laisser le temps de finir.
- Ta façon de me materner, de me répéter sans discontinuer les mêmes sempiternels conseils comme si j'étais simple d'esprit et surtout, ta façon de me tenir à l'écart des nouvelles concernant l'avancée de notre opération. C'est de, de … L'un de tes coéquipiers là.

Je me stoppai cherchant le nom qui m'échappait. Je voyais clairement le visage de ce dernier mais son nom restait coincé au fond de ma gorge. Un sourire en coin apparut alors sur le visage de mon interlocuteur qui visiblement comptait bien me laisser me dépatouiller avec ma mémoire défaillante. Son sourire ne disparu pas alors que je tentais de décrire, avec plus ou moins de succès, l'individu dont il était question. Il finit cependant par me donner son nom, non sans m'avoir préalablement fait subir une petite humiliation en me laissant me dépêtrer avec ma mémoire.

- Oui , bref, fis-je en tentant de reprendre mon calme et mon aplomb, c'est de lui que j'ai appris que vous aviez localisé notre cible. Je pensais qu'on se connaissait assez pour se faire confiance et que c'est de toi que je recevrais cette nouvelle mais ce fut de quelqu'un que je connais à peine. Je marquais une pause rapide, fixant le jeune criminel issu des colonies extérieures droit dans les yeux. Quelle belle preuve de confiance, n'est-ce pas ?
- Je sais, je sais. Visiblement ma rhétorique avait fait son effet puisque le sourire de Marnid avait totalement disparu et il affichait à présent un regard désolé, presque triste. Cependant, une petite voix dans ma tête, ne cessait de me dire qu'il n'était pas totalement sincère. Mais comprends moi Ivana, Ullerup m'a parfaitement détaillé cette opération avant de me la confier et ...
- Détaillée jusqu'à quel point ? Demandais-je en lui coupant la parole, inquiète parce que notre employeur avait pu lui révéler.
- Je sais tout ou, tout du moins, je le crois. Il s'arrêta alors, comme pour chercher ses mots. Je sais en tout cas que cette opération a un intérêt tout particulier à tes yeux.

Mon cœur s'arrêta de battre quelques instants à la suite de cette phrase. Je me demandais bien jusqu'où les révélations d'Ullerup avaient bien pu aller. Est-ce que Marnid était vraiment au courant de tout ce qui concernait mon passé ? Je ne voulais pas, je ne pouvais pas, l’interroger pour avoir la réponse à cette question qui me taraudait l'esprit. Non, car je risquais alors de lui livrer des informations que j'aurais préférée savoir cachées, enterrées, au fin fond de ma mémoire. Je lâchais un petit soupir tout en me résiliant au fait que je n'obtiendrais jamais la réponse à cette question. Le jeune criminel perçut aisément ce rapide soupir et, par je ne sais quelle sorcellerie, parvint à en deviner le sens. Il affirma alors s'être mal expliqué, qu'il ne connaissait que ce qui était vital pour cette opération, tout ce qui était vital. Bien que cela me mit du baume au cœur, je ne pus m'empêcher de penser, par le biais de ma petite voix intérieure, qu'il devait mentir. Je finis cependant par la faire taire, Marnid n'avait aucune raison d'agir ainsi.

Il s'en suivit une longue conversation sur ce que Marnid avait apprit de moi. Il me parla rapidement de mon enfance à bord du cargo commandé par mon père adoptif, un cargo qui s'était avéré être – à mon insu – un transporteur emplit de rebelles qui collaboraient avec Ullerup et l'United Rebel Front. Il me parla aussi, avec un air attristé, de la mort de ma mère et de celle de mon père ainsi que des étranges corrélations avec l'incident qui m'avait coûté mon emploi. Il me révéla même quelques détails que j'ignorais à ce propos. Je dû d'ailleurs faire un immense effort pour ne pas lui faire paraître ma surprise à ce moment là. Marnid allait alors continuer sur un autre sujet mais il s'arrêta alors soudainement en jetant un œil sur sa montre.

- Désolé Ivana, je vais devoir écourter cette conversation.

Je ne pu cette fois cacher ma surprise face à la réplique du jeune criminel. Une surprise qui parut d'ailleurs l'amuser quelque peu. Il continua alors en commençant par s'excuser, en me disant qu'il avait totalement oublié de me parler de la raison de sa venue. Toujours aussi surprise, je le laissai continuer sa phrase, l'écoutant attentivement.

- En fait, je venais t'annoncer le début de notre opération. Nous partons nous occuper de notre cible et je venais te chercher.

Il continua sa phrase, me présentant brièvement le plan que lui et ses coéquipier avaient mis en place après leur journée de surveillance. Ils avaient fait vite et avaient été efficaces, je devais le reconnaître, je m'attendais pas du tout à passer à l'action aussi rapidement. Je pris alors pleinement conscience du contenu du sac marin posé dans mon salon, il ne s'agissait point de matériel de surveillance. J'en étais totalement sûre à présent.

- Bien ouvre la marche, je te suis, répondis-je à Marnid avec une joie non dissimulée lorsqu'il eut finit son exposé.

Enfin j'allais pouvoir prendre ma revanche sur ceux qui m'avaient piégé, j'allais leur rendre la monnaie de leur pièce. Il s'agissait là de la raison de ma joie, la joie que je parvenais à peine à dissimuler, ma longue quête allait prendre fin ici et maintenant. J'en étais persuadée. Marnid s'empara du sac et se dirigea vers la sortie de la spacieuse chambre d'hôtel avec moi sur ses talons. Une fois la porte fermée et verrouilla nous prîmes la direction de l'ascenseur magnétique qui allait nous mener au rez-de-chaussé de l'immense immeuble qui nous servait de camp de base pour cette mission. Le jeune criminel originaire d'Emerald Cove avançait d'un pas lent et décidé qui contrastait allègrement avec ma propre façon de marcher, typique d'une personne ayant passée la majeure partie de sa vie dans des environnements à faible gravité. Cependant ce n'étais pas la seule raison de ma démarche, j'étais pressée d'en finir, pressée de me venger, pressée de voir le visage tordu de douleur de ceux qui m'avaient infligés tant de souffrances en me faisant accuser d'un crime dont j'étais innocente. J'étais pressée de me venger des meurtriers de mon père adoptif, lui qui était partit sans que j'eus l'occasion de lui faire mes adieux.

Nous pénétrâmes alors dans la petite cabine d'ascenseur et Marnid pressa le bouton approprié. L'ascenseur commença alors sa longue descente sans un seul bruit. La cabine n'était d'ailleurs pas plus bruyante, aucun de nous deux n'osant prononcer un mot. Ainsi se passa cette descente de quelques minutes – deux ou trois tout au plus –, dans un silence presque total et ce dernier me pesait lourdement. Enfin, la cabine n'était pas véritablement silencieuse. Non, il y avait cette satanée musique d'ambiance, nulle, ennuyante et répétitive à souhait. Cette musique accroissait amplement mon sentiment de mal-être, à tel point que ma jambe commença à trembler. Pour mon plus grand malheur, elle se mit même en rythme avec cette satanée musique d'ambiance.

Une sonnerie stridente retentit alors et les portes de l'ascenseur s'écartèrent rapidement, s'ouvrant sur un couple assez peu pudique. Ces derniers s'embrassaient langoureusement et sans considération, aucune, pour le monde extérieur. Ils ne s'arrêtèrent que pour entrer dans l'ascenseur, sans même attendre que nous soyons sortis soit dit en passant. Ils étaient certes jeunes, à peine plus âges que moi, mais ce n'était en rien une excuse. Nous finîmes cependant par sortir, les portes de l'ascenseur se refermant immédiatement après que nous ayons posé nos pieds en dehors de la cabine. D'un pas rapide nous nous dirigeâmes vers la sortie de l'hôtel et ceci sans plus de cérémonie. Je finis par laisser Marnid me guider, ne sachant plus vraiment où aller. Ce dernier ne fit aucune remarque et se contenta de me guider vers une station de monorail à suspension magnétique, l'unique dispositif de transport en commun présent sur la planète.

Il nous fallut plusieurs minutes silencieuses d'attente pour enfin monter à bord d'une des rames. Le jeune homme originaire d'Emerald Cove n'avait toujours pas prononcé un seul mot, pas plus que moi d'ailleurs. Nous réussîmes à trouver deux sièges isolés dans un coin et tandis que nous nous asseyons, la rame démarra. Le silence, toujours aussi pesant, perdura. Toutefois j'évitais de m'en formaliser, je préférais me concentrer sur ma vengeance qui n'allait pas tarder. Les vingtaine de minutes qui suivirent furent donc en tout point semblables, passées assise dans le silence.

Toutefois c'est au bout de cette vingtaine de minutes que je vis Marnid se lever et se diriger vers les portes automatiques de la rame et descendre. J'étais toujours à ruminer mes pensées de vengeance et je ne réagis donc pas tout de suite. Il me fallut donc courir pour éviter que la rame ne reparte avant que je ne puisse descendre. Je le vis d'ailleurs sourire quand je le rejoignis, essoufflée par cet effort soudain. Il faut dire que ma particularité physique était loin de faire de moi une très bonne athlète. Je n'avais pas particulièrement fait attention au paysage lorsque j'étais dans le train à suspension magnétique et c'est à ce moment là que je me rendis compte qu'on avait totalement quitté la ville pour pénétrer dans la campagne qui l'entourait. La station se trouvait un peu en hauteur ce qui me laissait toute latitude pour observer le paysage alentours. Le ciel magnifiquement bleu, parsemé uniquement que quelques nuages blanc, ajoutait d'ailleurs à l'ambiance bucolique du lieu dans lequel des champs étaient visibles à perte de vue. On apercevait toutefois, ici et là, quelques usines diverses et probablement spécialisées dans l'industrie agroalimentaire.

Nous prîmes alors un des nombreux ascenseurs qui permettaient au passagers de rejoindre le plancher des vaches. Il nous fallut donc à peine quelques secondes pour nous retrouver en bordure d'un petit village contrastant fortement avec le reste du paysage. Ce dernier se trouvait quasiment au pied de la station de train surélevée et c'est pour ça que je ne l'avais pas aperçu avant. Une seule route goudronnée le traversait et elle devait mener vers la capitale que venions de quitter, serpentant entre les immenses champs qui nous entouraient.

Ce village était assez étrange, si on m'en avait parlé j'aurais imaginé un petit village tel qu'il en restait sur Terre avec de vieilles maisons en béton ou en briques. Bref identique à ceux que j'avais vu en photo dans mes manuels scolaires ou ailleurs – n'étant jamais allée sur Terre. Toutefois ce village était loin de ressembler à ce genre de construction. Il s'agissait plus d'un agglutinement de boites rectangulaires, toute parfaitement identiques, fabriquées dans un plastique polymère blanc. La seule variation entre les différentes constructions était leur hauteur, dépendante de combien de ces boites étaient empilées les unes sur les autres. D'ailleurs, en réalité, aucune n'était véritablement blanche, mais, possédait plutôt une apparence sale et délavée un tantinet repoussante. Pour être brève, j'étais contente de vivre dans mon bel appartement de New Jerusalem et pas dans ces habitations en préfabriqué qui devaient servir à loger les ouvriers travaillant dans les champs ou les usines aperçues plus tôt. En fait, plutôt qu'à un de ces villages du XXIe siècle, ce village ressemblait plus à un bidonville de la même époque mais fabriqués avec nos matériaux modernes. Je savais que ma mère – que je n'avais jamais connue – était originaire de cette planète et j'espérais sincèrement qu'elle n'avait pas eut à vivre dans ce genre de lieu.

Marnid suivit la route goudronnée et je le suivais de près regardant, choquée, la misère de ce petit village. Nous passâmes devant de nombreux chemins de terre, sûrement des routes annexes permettant de circuler dans le village et que personne n'avait pris le temps de goudronner. En même temps, ils ne devaient pas être vraiment utile pour transporter les marchandises exportées par la planète et n'avait don,c aucun intérêt économique. J'en venais presque à croire que cette planète était gouvernée par des entreprises plutôt que par l'UEG. En tout cas j'en étais sûr, aucun des propriétaires des immenses champs et usines alentours n'habitaient ici. En effet, les quelques habitants qu'on avait pu croiser ressemblaient plus à des ouvriers démunis qu'à autre chose.

Le jeune homme originaire d'Emerald Cove s'arrêta alors à proximité du bâtiment le plus imposant du village. Un amoncellement, tout en hauteur, de quatre de ces caisses en préfabriqué. Marnid entra tout en m'intimant l'ordre de le suivre, ce que je fis. Il se trouvait que ce bâtiment si imposant était l'unique bar du petit village. Je n'avais vu aucun magasin ou autre moyen de s'approvisionner durant notre petite marche et j'avais donc supposé, à tord, que le village était uniquement résidentiel et c'est ce qui expliquait ma brève stupeur en entrant.

Quoiqu'il en soit, seuls quatre hommes étaient présents à l'intérieur. Il ne me fallut que peu de temps pour reconnaître les membres de notre équipe, ceux qui nous avaient accompagnés à la surface de cette planète. Toutefois, parmi ces quatre visages, je ne parvins nullement à reconnaître celui qui m'avait précédemment prévenu que l'équipe avait repéré notre cible. Je mis cela sur un simple trou de mémoire. Ainsi, ce fut donc après mon petit moment d'arrêt que j'imitai Marnid pour les rejoindre et m'asseoir à leur table. L'intérieur était simpliste au possible, les murs étaient semblables à ceux de l'extérieur bien que beaucoup moins ragoûtants. L'atmosphère était pesante, cette impression étant renforcée par le silence ambiant, le manque de fenêtres, l'éclairage presque inexistant et la fumée dégagées des cigarettes des membres de l'équipe.

On salua mutuellement, rapidement, le temps que Marnid place son énorme sac marin directement sur la table. Il l'ouvrit rapidement dévoila un contenu qui ne me surpris pas, des magnums M6A, plusieurs pistolets-mitrailleurs M7 et quelques grenades. Il y avait de quoi causer de sacrés dommages dans ce sac. Le jeune homme regarda ensuite derrière lui et par curiosité, je l'imitai. Le barman était visiblement partit verrouiller la porte et après avoir adressé un rapide signe de tête à mon collègue, il partit s'isoler à l'étage. Marnid se retourna alors vers l'équipe et commença à leur distribuer les armes.

- Vous connaissez notre objectif, finit-il par leur dire alors qu'il tendait un pistolet-mitrailleur à l'un de nos compagnons. Monsieur Ullerup veut que celui-ci soit accomplit rapidement et sans bavure vous m'avez bien compris.

L'homme a qui il venait de tendre le pistolet-mitrailleur l'analysa rapidement avant de lui demander pourquoi ils n'étaient pas équipés de silencieux. Je devais avouer que la question était légitime, les tirs de ces armes risquaient d'attirer l'attention et ce n'est pas ce que j'aurais appelé une mission accomplie sans bavure.

- Justement, on veut faire passer un message clair à l'employeur de notre cible, répondit Marnid avec un regard légèrement courroucé par cet évident manque de confiance. Cet agent fait partit des membres de l'URF qui nous ont trahis et ces derniers doivent absolument comprendre que nous ne laisserons pas tomber !
- Oui mais lorsque les autorités découvriront son identité, l'ONI commencera une enquête poussée, finis-je par lâcher, curieuse à propos du plan adopté par le jeune criminel.

Ce dernier eut un petit sourire et me fit remarquer qu'il faudrait trouver le cadavre auparavant ou tout du moins pouvoir l'identifier. Il s'empara alors de deux des quelques grenades présentes dans le sac, il les fit alors rouler sur la table, dans ma direction. Je les rattrapais rapidement et je compris parfaitement ce qu'il voulait dire. Je tenais entre mes frêles doigts une paire de grenade thermite, probablement dérobées à l'UNSC. Ce type précis de grenade étaient principalement utilisée contre du matériel blindé pour littéralement le faire fondre. Il allait sans dire qu'un corps humain allait avoir du mal à tenir la comparaison.

Un petit sourire éclaira alors mon visage tandis que je rendais les grenade à Marnid. L'URF allait payer sa trahison et plus encore, ils allaient payer pour ce qu'ils avaient fait à mon père. Le jeune homme reprit alors sa distribution, du moins jusqu'à qu'on l'interrompe à nouveau.

- Je comprends ton plan Marnid mais comment va-t-on éviter que quelqu'un puisse entendre les coups de feu ? Demanda alors l'un des membres de l'équipe qui venait tout juste de recevoir son matériel.
- On ne veut pas l'éviter mon cher, le criminel marqua une rapide pause. D'ailleurs plus le meurtre sera bruyant et mieux ce sera. En effet, l'URF comprendra parfaitement le message et qu'on ira jusqu'au bout de notre action. Les autorités pencheront, quant à elles, plutôt pour un règlement de compte entre gang ou, entre tout autre organisation criminelle locale.

Je ne pouvais, au final, qu'embrasser l'opinion du jeune criminel. Je voulais faire comprendre à ces rebelles de pacotille qu'il avait fait une erreur en nous trahissant, Ullerup, mon, père adoptif et moi. Je ne voulais absolument pas que ces lâches puissent interpréter cette action autrement. En écho à ces réflexion Marnid me tendit alors mes armes, un M7 et un pistolet M6A. D'un geste rapide je vérifiais la sécurité sur la plus petite des deux avant de la cacher sous mes vêtements. A présent nous étions tous prêts à en découdre et le jeune criminel termina alors son rapide briefing.

- Bien notre cible devrait être à proximité d'une usine qui vient de fermer. Si nous ignorons pourquoi il serait logique de supposer qu'elle cherche à l'acheter pour une des nombreuses sociétés écrans de l'URF. Je vais être clair, une fois arrivés, on sort et on encercle la cible. Vous ne tirez que lorsque je vous en donnerais l'ordre et pas avant !

Les cinq membres de l'équipes, moi y compris, hochèrent la tête en signe d'approbation. Marnid continua ensuite de nous résumer son plan d'action puis nous fit comprendre que la réunion était terminée. Nous nous levâmes comme un seul homme et nous dirigeâmes vers l'arrière boutique, là où nous attendais le véhicule avec lequel les autres membres de l'équipe étaient arrivés. Le jeune criminel, qui marchait alors derrière moi, apposa alors sa main afin de me stopper à proximité du comptoir. Nos collègues virent alors que nous nous étions arrêtés et nous imitèrent. Marnid esquissa alors un rapide signe de la main pour leur faire comprendre qu'ils pouvaient continuer et nous attendre à l'extérieur.

- Ivana, reste bien à coté de moi. J'ai un mauvais pressentiment à propos de cette mission et Ullerup ne veut absolument pas qu'il puisse t'arriver quelque chose.

D'un rapide mouvement de l'épaule je dégageai la main de Marnid qui y était toujours apposée.

- Merci de ta considération mais je suis assez grande pour me protéger seule.

Le criminel laissa alors échapper un regard inquiet, qu'il ne tarda pas à réprimer et que j'étais bien en peine d’interpréter. Je repris donc ma marche en direction de nos compagnons d'arme et il ne tarda pas à m’emboîter le pas. Nous arrivâmes rapidement au véhicule, un large SUV blanc. Marnid s'assit alors à coté de moi, sur le siège du conducteur, une fois que tout le monde fut en place. Il mit rapidement le contact et s'engagea sur l'unique route goudronnée du petit village Capellien.

Il nous fallut presque une heure pour arriver en vue de l'usine désaffectée. Une heure qui fut totalement silencieuse, personne n'osant parler. Personnellement, le fait d'arriver au point culminant de ma quête vengeresse m’ôtait toute parole. Je voulais en finir et je voulais en finir le plus rapidement possible. L'URF et ses pions allaient payer cher leur trahison.

Marnid stoppa alors le véhicule à une distance raisonnable de l'usine et nous descendîmes du véhicules, nos pistolets-mitrailleurs au poing. Nous continuâmes alors notre progression en tentant de nous faire aussi discrets que possible. A mi-chemin, le jeune homme d'Emerald Cove leva la main en l'air et tous se stoppèrent. Je ne savais pas vraiment comment réagir et je les imitai donc. Je ne compris pas plus de choses par la suite, Marnid esquissa plusieurs signes de la main et nos collègues retirèrent la sécurité sur leurs armes avant de les armes d'un geste rapide. Ensuite, ils se séparèrent en deux groupes de deux et partirent chacun dans des directions opposées. Personnellement je trouvais que quelque chose n'allait pas, cela ressemblait de plus en plus à une manœuvre militaire qu'à autre chose.

Je voulus en suivre certains mais je vis Marnid et son regard agacée tenter, tant bien que mal d'ailleurs, de me faire comprendre que je devais le suivre. Il me fallut plusieurs secondes pour le comprendre mais une fois ceci fait, je lui emboîtai rapidement le pas. Il n'avait décidément pas abandonné son idée fixe qui consistait à me materner. Il nous fallut encore une ou deux minutes pour atteindre le grillage qui séparait le champ en jachère où nous nous trouvions de la large clairière située devant cette usine désaffectée.

Cet obstacle impromptu gênait notre progression et si je ne savais quoi faire, Marnid réagit rapidement. Il sortit une petite pince de la poche de son pantalon et nous ouvrit un passage à peu près praticable. Il nous fallut cependant pour pénétrer dans ladite carrière et, au passage, le haut de ma chemise s'accrocha au grillage. Je fus obligée de forcer pour réussir à passer, arrachant par la même une partie de mon vêtement. Le sourire narquois de Marnid pour seule récompense une fois cet obstacle passé.

Nous avançâmes encore un peu, jusqu'à arriver à proximité d'un petit muret. Ainsi caché nous pûmes observer sans mal ce qui se passait devant nous. Marnid fut le premier à le faire et rapidement il m'invita à l'imiter. Ce que je vis emplit mon cœur de joie, la joie de voir ma vengeance si proche, à portée de main même.

Je levai alors le canon de mon M7 et tentai avec difficulté d'aligner le réticule de visée sur l'une des quelques silhouettes se dessinant sur l'horizon. Quand, soudainement, une force étrangère vint faire baisser le canon du pistolet-mitrailleur. Mon regard était donc emplit d'une colère noire lorsqu'il se tourna vers Marnid. Je voulus parler mais ce dernier apposa son index droit sur ma bouche, me prenant par surprise et me faisant ravaler mes paroles acerbes.

- Je n'ai pas encore donné mon ordre, me chuchota-t-il d'une voix dans laquelle son énervement était parfaitement palpable.

Malgré mon envie d'en finir rapidement, je me pliai aux ordres du jeune criminel. Je ne tenais absolument pas à me l'aliéner, j'avais déjà suffisamment d'ennemis ainsi. Je n'avais plus qu'à attendre maintenant et la frustration que je ressentais à cette simple idée était parfaitement visible. En effet, mes mains tremblaient, mon visage exprimait ma colère d'être ainsi réduite à ne rien faire  et je parvenais que difficilement à rester en place.

Toutefois ces longues minutes d'attente me permirent d'observer plus avant ceux qui allaient, bientôt, devoir récolter les fruits de leur odieuse trahison. Il devait y avoir quatre ou cinq personnes visiblement occupées à discuter, leurs deux véhicules garés non loin. Au vu de leur posture trois de ces silhouettes devaient être armées cependant je ne pouvais en être sûre à cause de la distance. Elles étaient d'ailleurs situées en plein cœur d'une zone totalement découverte, une sorte de grande cour totalement pavée. Le muret derrière lequel nous nous cachions marquait d'ailleurs la séparation entre cet espace encore relativement entretenu et la zone, totalement laissée à l'abandon, où les herbes hautes et folles prédominaient. Là où Marnid et moi nous cachions en somme.

Soudainement, ce dernier se leva et avança en direction de nos cibles, l'arme au poing. Je mis un certain à comprendre que je devais le suivre. D'ailleurs, même quand je le sus, j'hésitai à m'engager dans ce terrain totalement découvert, à la merci de nos cibles qui étaient probablement armées. Toutefois je finis par me rendre compte que je n'avais guère le choix et ce fut donc à contrecœur que je m'engageai à sa suite, avec un peu de retard.

Je vis alors nos compagnons d'arme faire de même, sortant de leurs cachettes respectives. Les silhouettes ne s'étaient apparemment toujours pas rendues compte et continuaient donc leur discutions. Elles étaient toutefois totalement encerclées, leur seule porte de sortie était l'usine. Enfin s'ils courraient assez vite pour l'atteindre évidemment. Nous nous mimes rapidement en position, nos collègues arrivant sur notre gauche se postant derrière les véhicules de nos cibles tandis que nous même et nos camarades sur notre droite restèrent debout, leurs armes pointées sur les silhouettes qui continuaient de discuter. Marnid, agacé par cette indifférence, leva son pistolet-mitrailleur en l'air et s'apprêta à tirer pour leur signifier notre présence iL fut toutefois interrompu.

- Eh bien, je vous attendais plus tôt, dit l'une des silhouettes en se tournant vers nous.

Aussitôt ses compagnons l'imitèrent et je pu constater que mon intuition précédente était juste, trois d'entre eux portaient des fusils d'assaut MA3 qu'ils pointèrent approximativement dans notre direction. Les deux autres n'étaient pas armés et, si l'un semblait relativement apeuré, l'autre était parfaitement calme. Il s'agissait de celui-là même qui nous avait adressé la parole avec un aplomb certain. Son regard reflétait d'ailleurs toujours cet aplomb et cela ne faisait qu’accroître mon envie de le descendre ici et maintenant.

- Désolé de vous décevoir mais j'ai dépensé plus de ressources à faire surveiller les autorités locales qu'à espionner votre bande de joyeux lurons, l'homme marqua ensuite une courte pause détournant son regard de Marnid pour m'observer avec attention avant de reprendre. Mais n'en restons pas moins poli, bonsoir Ivana, comment vas-tu ?

Ma prise sur mon arme se resserra violemment. Je dû d'ailleurs faire un effort presque surhumain pour me contrôler et ne pas  transpercer son corps de mes balles. Marnid et moi essangeâmes un regard inquiet, quoique celui qu'il m'adressait l'était bien plus que le mien. Je me retournai alors brusquement vers l'inconnu pour lui demander, sur un ton tout aussi brusque, d'où il pensait ainsi me connaître.

- Voyons mon visage ne te dit rien, l'homme esquissa un sourire qui aurait pu être chaleureux mais qui, dans cette situation, ne faisait qu’accroître mon malaise.

Il était vrai que, dans un certain sens, son visage me rappelait quelque chose. J'aurais juré l'avoir déjà vu quelque part mais je ne parvenais pas à me souvenir où. Il y devait il y a voir quelques détails qui m'échappait, on avait dû oublier de me prévenir de quelque chose, de m’informer de quelques informations car, là, je me sentais totalement perdue.

- Ne l'écoute pas Ivana, il cherche à t'embrouiller, me murmura Marnid. Essaye de respirer et applique mes ordres à la lettre et tout se passera bien, finit-il par ajouter.

Je regardai le jeune criminel avec un regard exprimant toute mon incompréhension avant d'acquiescer d'un bref signe de tête. Je reportais alors toute mon attention sur cet inconnu au visage familier tout en faisant mon possible pour cacher ma détresse.

- Puisque c'est vous qui semblez commander, fit ce dernier en s'adressant à Marnid. Je peux vous demander une faveur ?

Le jeune homme originaire d'Emerald Cove fit un rapide geste de la tête pour inviter l'homme à parler. Ce dernier ne parut pas s'en brusquer répondant poliment avec toujours le même aplomb. Il nous fit savoir que l'homme, qui se cachait derrière lui et ses gardes du corps, n'était qu'un simple civil qui n'avait rien à voir dans cette querelle.

- Cet homme pourrait donc nous quitter et ainsi ne pas risquer sa vie ? Demanda alors l'inconnu.

Marnid regarda attentivement le civil apeuré qui se cachait derrière les membres de l'United Rebel Front. Il fit ensuite un petit signe de tête pour lui dire de dégager vers les véhicules. Ce dernier ne se fit pas prier et s'y dirigea d'abord en marchant puis en courant aussi rapidement qu'il le pouvait. Sa main finit par atteindre la poignée d'une porte d'un des véhicules quand une violente détonation se fit entendre. Mon regard se retourna vers Marnid qui pointait à présent le canon fumant de son pistolet-mitrailleur vers l'inconnu. Les gardes du corps de ce dernier levèrent alors précipitamment leurs fusils MA3 qu'ils pointèrent sur la poitrine du tueur.

- Désolé, j'ai des ordres, aucun témoin, leur lança le jeune criminel avec un sourire narquois tandis que le cadavre du civil répandait son sang sur le sol autour de lui.
- Quel dommage, dit l'inconnu avec un air qui paraissait certes navré mais nullement triste. Moi qui espérait qu'on pourrait discuter comme des individus civilisés. Enfin je suppose que l'éducation d'un simple fils de pêcheur ne peut être parfaite sur ce point.

La pique du rebelle eut son effet puisque Marnid réprima à grande peine son envie de presser la détente. Quant à moi je ne comprenais toujours pas pourquoi on ne les descendait pas ici et maintenant. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi on devait se livrer à tout ce cérémoniel inutile puisque la fin allait, inévitablement, être la même.

- Il est toujours possible de discuter, vous pouvez par exemple nous donner vos codes, les emplacements de vos planques, bref, vous pouvez nous donner une pléthore d'informations utiles, lâcha alors Marnid avec un sourire railleur qui masquait à présent difficilement son envie d'en finir.
- Vous me flattez en pensant que je pourrais avoir accès à de telles informations, répondit l'homme en restant parfaitement calme. En fait j'aurais préféré parler de la charmante jeune femme qui vous accompagne, fit-il en me regardant fixement comme s'il attendait quelque chose de moi.

Étrangement Marnid parut plus dérangé par cette phrase étrange que surpris. On me cachait définitivement quelque chose. Toutefois le criminel ne lâcha pas le morceau et continua à se montrer de plus en plus insistant et menaçant pour obtenir quelques informations que ce soit de la part de sa future victime. Soudain je me rappelai où j'avais aperçu ce visage pour la dernière fois, c'était peu de temps après la mission que j'avais accomplie pour Ullerup sur le spatioport de Samarie, juste après le meurtre de ce jeune enfant donc le visage hantait toujours mes rêves. L'inconnu était là-bas à ce moment là, il m'avait même aidé à porter mon sac jusqu'à mon véhicule en me parlant de sujet lambda, ma prise sur mon arme se resserra violemment, jusqu'à faire blanchir les extrémités de mes mains.

Je me rappelais à présent de son visage presque jovial et respirant la confiance en soit. Je me souvenais de ses cheveux grisonnants et coupés courts. Je revoyais ses rides d'expression et son corps athlétique de quarantenaire bien entretenu. Cet enfant de salaud m'espionnait depuis le début !

- Ah je crois que la mémoire revient à votre compagne, fit celui vers qui toutes mes pensées étaient tournées.
- Ce n'est … Quoi ?! Répondit Marnid avec un air surpris et une légère inquiétude dans la voix.

Un sourire discret éclaira alors le visage de cet espion de pacotille à la solde de l'URF pendant que le regard paniqué de Marnid se fixait sur moi. Le canon de mon arme se pointa alors brusquement vers le crâne de l'homme et ses gardes réagirent rapidement en pointant les leurs sur moi. Je fus uniquement sauvée par un geste de ce quarantenaire qui leur intima de retenir leurs tirs.

- Depuis quand vous m'espionnez ordure rebelle ?! Criais-je en direction de celui qui ne m'était plus aussi inconnu.

Je n'obtins aucune réponse de sa part, ce qui accentua encore ma colère. Il n'avait rien de pire que de se faire snober ainsi. J'adressais un rapide regard à Marnid qui paraissait bizarrement soulagé, il me répondit d'un simple non de la tête. Je n'avais toujours pas l'autorisation de mettre fin à ce face-à-face aussi grotesque qu'inutile.

- Toi qui voulait tant parler ordure, tu vas le faire maintenant ! Tu m'espionnes depuis combien de temps ? Pourquoi vous m'avez piégé ?

Afin d'accentuer le poids de mes paroles je voulus tirer une rapide rafale à ses pieds. Toutefois le rebelle me prit de cours et pris la parole avant que je puisse presser la détente de mon arme.

- Ça doit faire environ une vingtaine d'années, enfin, on ne peut pas vraiment parler d'espionnage, répondit-il sans une once d'inquiétude dans sa voix et cela malgré la situation actuelle. Sinon je me rappelle pas t'avoir piégé une seule fois et bien que ma mémoire me joue parfois des tours, je suis sûr que si c'était le cas je m'en souviendrais.

Marnid souleva alors son arme avec l'intention équivoque de lui tirer dessus, je l'en empêchai d'un rapide geste, rabaissant le canon de son arme vers le sol. Je pris d'ailleurs le jeune criminel totalement de cours puisqu'il n'opposa aucune résistance. Je me souvenais maintenant parfaitement d'où j'avais vu ce visage pour la première fois. J'avais pris mon temps mais il faut dire qu'on avait généralement du mal à se rappeler de nos premières années, en l’occurrence, j'avais eu du mal à me rappeler de ma vie telle qu'elle était avant mes quatre ans.

- Papa ? Un sourire, qui paraissait sincère, du rebelle accueillit alors cette phrase monosyllabique.

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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Sam 29 Mar - 12:58

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MessageSujet: Re: Que le canon tonne à l'arrière ...   Aujourd'hui à 0:16

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